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Collège Pablo Picasso - Atelier d'écriture de science-fiction

Publié par Li Cam, le 21 février 2017   3.2k

19 janvier 2017 – première intervention :

À 47 ans, me revoici sur le chemin de l’école. Je me rends au collège Pablo Picasso à Échirolles pour y animer un atelier d’écriture de science-fiction.

Ce projet original et audacieux est né au CCSTI – La Casemate, à Grenoble, lors d’une conférence que je donnais en compagnie d’autres auteurs pour le lancement de BOXing dolls, le dernier opus de la collection Petite Bulle d’Univers.

C’est sur la terrasse ensoleillée de la Casemate que j’ai fait la connaissance de Françoise Le Moal, professeure de mathématiques, passionnée de science-fiction. Dans mon souvenir, nous avons évoqué la place privilégiée de la science-fiction, carrefour entre la littérature et les sciences, dans les choix culturels de la Jeunesse. Et au fil de la conversation, l’idée d’un atelier d’écriture transdisciplinaire a germé.

6 mois plus tard, je franchis la grille du collège à l’aube. Je suis un peu stressée, j’ai l’habitude d’animer des ateliers d’écriture, mais c’est la première fois que j’interviens auprès d’un public si jeune. À l’accueil trône un grand panneau sur lequel on peut lire en lettres capitales : « ÉGALITÉ HOMME/FEMME » et où sont affichés des illustrations ou des textes produits par les élèves. Face à ce signe ostensible des questions qui traversent notre époque, je me rappelle que c’est en partie grâce à l’école que l’on devient adulte.

Et je me souviens de mes années de collège.

Je me rends compte qu’il m’arrive souvent d’oublier que je viens d’un milieu ouvrier, défavorisé. J’étais scolarisé dans un collège dit « difficile », le collège Gabriel Rosset à Lyon. C’est aujourd’hui un collège qui souffre d’une très mauvaise réputation, « où personne ne veut aller ». À mon époque, il avait déjà cette aura particulière : « T’es à Gabriel Rosset ? oh la la ! ». Passer par Gabriel Rosset ne m’a pas empêché de faire des études très longues, d’avoir une carrière professionnelle bien remplie et de devenir écrivaine. Parfois, souvent même, quand j’entends parler des banlieues, j’ai l’impression d’être une miraculée, je sais que c’est faux. Au collège, j’avais de très bon résultats qui m’ont permis d’entrer dans un lycée « select », mais je n’étais pas différente de mes camarades de classe, nous avions la même culture. Au lycée, je me suis retrouvée au milieu des fils de dentistes et des filles d’avocats, et étonnement, je ne me suis pas sentie déplacée. Notre culture constitue notre identité, elle s’accumule par couches, par strates, ainsi sans trahir d’où l’on vient, il est possible de s’intégrer dans un autre milieu, il suffit d’être ouvert aux autres.

Et j’étais, et je suis toujours, d’une insatiable curiosité.

Il est 08:05, je me tiens devant la classe, en compagnie de Cécile Giai-Via, professeure de Français et Peggy Menesson, professeure de sciences physiques.

Les élèves de 3ème du collège Pablo Picasso débordent de vie. En préparation de cette première séance, ils ont été visiter les trois expositions « Monstrueux, vous trouvez ça normal ? » dont celle de la Casemate abordant les robots et l’intelligence artificielle.

Quand nous commençons à réfléchir à ce que nous allons écrire, les jeunes n’ont aucune difficulté à imaginer un futur où ils auraient pour meilleur ami un robot ou une intelligence artificielle.

« S’il faisait tout à ma place, je serais un handicapé de la vie. »

« Il pourrait devenir Président de la République »

« Il me ressemblerait trop, je ne saurais plus comment me faire des amis »

« Ce serait un esclave, il pourrait se rebeller, comme dans I Robot. »

Les idées fusent.

À suivre ici