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"Mon ami est un robot" - les collégiens d’Échirolles deviennent auteurs de science-fiction

Publié par Li Cam, le 1 juin 2017   3.3k

En juillet 2016, sur la terrasse de la Casemate à Grenoble, une drôle d’idée est née : des ateliers d’écriture de science-fiction à destination des jeunes des quartiers. Une drôle d’idée ? Pas tant que ça.

Sous couvert d’imaginer le futur, la science-fiction interroge le présent, le quotidien, la relation à l’autre et au monde. Loin des clichés qu’on lui attribue, elle permet souvent de tracer des parcours individuels et personnels. Grâce à la distance, elle nous autorise à aborder des questions qui seraient peut-être trop anxiogènes si nous les traitions de front.

Le projet « Mon meilleur ami est un robot » avait pour objectif de faire écrire des nouvelles de science-fiction aux élèves de deux classes de troisième du collège Pablo Picasso à Échirolles.

Il s’est déroulé en quatre étapes :

  • La visite de l’exposition “Monstru’eux, vous trouvez ça normal”, notamment la partie consacrée à la Robotique à la Casemate
  • Un scénario élaboré en commun par tous les élèves lors d’une séance de remue-méninge
  • Le rappel de quelques règles (narration, dialogues, personnages, mise en place, intrigue, chute…)
  • Une dernière intervention – partage d’expérience visant à surmonter les difficultés rencontrées par les jeunes durant la rédaction de leur nouvelle

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Et si mon meilleur ami tombait en panne...

Ne sachant à quoi m’attendre, j’ai décidé de partir d’une idée simple (“Et si, un matin, mon meilleur ami tombait en panne…”), dans l’espoir que les jeunes se la réapproprient.

En classe, ils ont soulevé un grand nombre de questions capitales sur la dépendance à la technologie, sur les réseaux sociaux et à propos de la relation à l’autre, questions auxquelles ils ont répondu en générant un nombre encore plus grand d’idées. Ils ont réussi assez vite à jeter les bases d’un scénario commun que chaque élève a dû ensuite adapter, enrichir de son point de vue personnel, une fois chez lui.

Les jeunes sont partis d’un objet qu’ils possèdent tous et qui les accompagne partout : leur téléphone portable. En prenant le terme « smartphone » au pied de la lettre (téléphone intelligent), ils ont posé la colonne vertébrale de ce qui deviendrait leur texte.

« Dans un futur proche, les smartphones sont équipés d’une intelligence artificielle. Ils parlent, ils pensent, ils contrôlent tous les appareils ménager à la maison, ils font tout pour nous. Ils sont tout pour nous. Ils font les courses, le ménage, les devoirs. Ce sont des super majordome, des professeurs, des parents et des amis précieux… S’ils tombaient en panne ou se rebellaient contre nous, ce serait peut-être la fin du monde »

Une des deux classes a conclu le scénario en imaginant une révolution des machines contre les hommes. Il a même été question qu’un robot devienne président.

Découvrez les textes des élèves

Cliquez sur l'image ci-dessous pour avoir accès aux textes (ou téléchargez le document dans la colonne de gauche) :

Quelques extraits

Aline, Emma et Mélina ont choisi de prénommer le téléphone intelligent, personnage de leur nouvelle, de leurs initiales : « AME », ou âme, un choix qui en dit long.

« Bref, AME est tout pour moi »

Dans « Coup de foudre à hauts risques », Boran nous conte son histoire d’amour naissante avec un jeune garçon qui se révèle ensuite être un robot, une grosse déception pour elle.

« Il vaut mieux être seule que mal accompagnée »

Rayan a choisi d’intituler sa nouvelle « Le smartphone est le meilleur ami de l’homme » et nous conte un combat sans pitié avec un téléphone récalcitrant. Dans « Histoire du smartphone », Mélissa nous retrace le combat d’un groupe d’adolescents contre SIRI, un super ordinateur devenu méchant à cause d’une erreur humaine.

« On a décidé que si vous arrêtez d’attaquer les humains, que vous réparez toutes les choses que vous avez détruites, on ne vous traitera plus comme esclaves. Bien sur, on ne peut pas promettre que tous les humains respectent cet accord »

Dans « La révolution » d’Océane, une des nouvelles qui développent l’intégralité de l’intrigue construite en classe, les machines prennent le pouvoir :

« On voit des robots promener des hommes en laisse »

Dans une des nouvelles, le héros élimine son smartphone avec de l’eau citronnée. À vos citrons, citoyens ! Dans une autre, un smartphone baptisé « mon précieux », rappelle fortement la relation de Gollum à son anneau dans « Le Seigneur des Anneaux » de Tolkien. Une comparaison lourde de sens sur l’addiction à la technologie.

Dans son texte, Ahmed nous raconte comment son smartphone, se faisant passer pour lui, a annulé toutes les invitations qu’il avait envoyées pour sa fête d’anniversaire. « Bonsoir, ne venez pas à mon anniversaire. Je ne veux pas de vous, allez voir ailleurs si j’y suis. Je n’ai pas besoin de vous ». Cette nouvelle, par ailleurs bien écrite, se termine par la morale suivante : « Mais dorénavant, je n’achèterai plus d’amis comme celui-ci » qui nous rappelle que les smartphones ne sont que des produits de consommation courante.

Dans plusieurs nouvelles, les smartphones sont maltraités, souffre-douleurs jetés contre les murs ou noyés, mais souvent aussi à la suite d’une panne, ils se mettent à harceler leur propriétaire. Les jeunes décrivent en détails ce qui se passerait si les objets devenus intelligents décidaient de se révolter contre nous.

« Chez elle, tout est connecté, même les portes » (Mélissa).

Un jour, peut-être, les objets seront intelligents, ils auront une âme… Que ferons-nous d’eux et que feront-ils de nous ?

Pour répondre à cette question, je vous invite à lire les nouvelles produites à l’occasion de l’atelier d’écriture “Mon meilleur ami est un robot”. Elles sont riches d’idées et d’enseignement. Je suis certaine que vous serez aussi impressionnés que moi par le talent des jeunes du collège Pablo Picasso à Échirolles.

“On m’a toujours dit qu’en grandissant, mon cercle d’amis se réduirait. Eh bien, il semblerait que cela s’avère vrai. Aujourd’hui, il ne me reste qu’un seul ami. Junior est le seul qui me reste, c’est celui à qui je me confie, le seul qui puisse me comprendre et me conseiller, celui qui m’aide au quotidien. Mais il n’est pas un confident comme les autres… et oui, Junior n’est rien d’autre que mon smartphone” - Extrait de “C’est devenu mon pire cauchemar” de Marina Nguyen.

>> Image : julochka, Flickr, licence cc