Broderie en temps de crises : identité et résistance
Cette journée d’étude propose d’interroger la broderie comme pratique à la fois artistique, sociale et politique, à travers des contextes historiques et contemporains variés.
Depuis longtemps la broderie a été associée aux sphères domestiques
et au féminin. Relevant des catégories d’« art populaire » ou d’«
artisanat », elle a longtemps été perçue comme décorative et utilitaire,
ce qui l’a de fait reléguée aux marges de l’Art.
Cependant, dans un monde contemporain marqué par des crises
multiples — politiques, sociales, économiques, écologiques, sanitaires —
son statut change, et ce grâce à des artistes, artisanes et artisans
engagés prenant pas dans les actions de visibilisation, de contestation
et de reconstruction identitaire. La broderie devient l’un des médiums
puissants de transmission de mémoires, de résistance et d’affirmation de
subjectivités minorées (Chapelain, 2025, LaDuke, 1983). Qu’elle soit
associée aux supports matériels traditionnels (chemises, coiffes,
tabliers, serviettes, mouchoirs, gants, etc.) ou qu’elle se présente
comme une création artistique contemporaine, son geste permet de
retranscrire en écriture alternative des récits de guerre, d’exil, de
deuil, de lutte et de résilience. Le cas de la vyshyvanka (broderie)
ukrainienne démontre avec puissance comment celle-ci devient un outil
politique et un geste symbolique de survie identitaire (Gorski, 2021,
Greet, 2024). Elle peut aussi devenir une forme d’activisme discret ou
explicite, féministe ou écologique, questionnant les normes sociales,
les rapports de pouvoir et les récits dominants (Parker, 1984, Bernard,
2018).
La Journée d’étude sera accompagnée d’une exposition d’œuvres d’art contemporain, qui se tiendra à la MACI du 6 au 29 mai 2026.
L’objectif de cette exposition est de prolonger les échanges entre les
intervenants de la Journée d’étude à travers des œuvres mobilisant les
techniques de la broderie artisanale ou intuitive comme mode
d’expression engagée. Elle permettra de poursuivre les réflexions sur
une période plus longue et de toucher un public plus large. Dans
l’espace d’exposition du deuxième étage de la MACI se côtoieront des
œuvres d’artistes issues de la diaspora ukrainienne, ainsi que
d’artistes polonaises, canadiennes et françaises, qui réinventent le
geste de la broderie au sein d’écritures alternatives de l’histoire des
conflits et des résistances. L’exposition mettra également à l’honneur
plusieurs pièces de broderie traditionnelle, telles que des rushnyky
ukrainiens du XXe siècle ou des gants brodés par des artisanes
grenobloises.
De 09:00 à 15:00
