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Exposition "Au croisement des Ohms" : présentation

Au croisement des Ohms…

L’ohm, c’est l’unité de mesure de la résistance électrique d’un matériau, c’est-à-dire sa capacité à laisser passer plus ou moins facilement le courant électrique. Dans un montage électrique, une résistance convertit l’énergie électrique qu’elle reçoit en énergie thermique dissipée dans le milieu extérieur. C’est ce que l’on appelle effet Joule[1] !

Justement, à propos de réchauffer le milieu extérieur… Et les Hommes, dans tout ça ?

Un engagement international : Les Accords de Paris

En 2015, les Accords de Paris ont scellé l’engagement des 193 pays signataires à limiter l’augmentation de la température moyenne sur Terre à 2 voire 1,5°C si possible [2]. L’un des engagements clés pour y parvenir est de devenir neutre en carbone d’ici 2050 en suivant les recommandations du GIEC, le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat.

Et en France, qu’en est-il ? Notre contexte national : la Loi Energie-Climat

En France, la loi Climat-Energie du 8 Novembre 2019 définit la neutralité carbone comme « un équilibre, sur le territoire national, entre les émissions anthropiques par les sources et les absorptions anthropiques par les puits de gaz à effet de serre » (Loi Energie-Climat, 2019)[3]. Cela signifie donc que si l’on souhaite atteindre des émissions nettes nulles, toutes les émissions de gaz à effet de serre dans le monde devront être compensées par une séquestration du carbone[4].

Face à de tels défis, les agendas politiques sont multiples : il s'agit de gérer l'urgence climatique, les retombées de la crise du coût de l'énergie, l'évolution de la stratégie industrielle afin de réduire la dépendance énergétique aux énergies fossiles, planifier les projets d'énergies renouvelables sur le territoire, etc... (Loi du 10 Mars 2023)[5].

La transition mise à l’épreuve par le principe de réalité :

De nombreuses contraintes rendent difficile la possibilité de faire évoluer les choses rapidement. Celles-ci peuvent être d’ordre :

  • institutionnel : lenteur administrative, navette parlementaire pour faire adopter une loi, cadre réglementaire exigeant
  • sociologique : n’est-il pas difficile de sacrifier nos modes de vie actuels et changer nos comportements en profondeur ?
  • économique : Bien que son prix ait tendance à diminuer, l’électricité produite par les filières éolienne, hydraulique ou bioénergie affiche des tarifs encore supérieurs aux énergies fossiles comme le charbon, le gaz ou le pétrole : difficile donc pour les énergies renouvelables d’être réellement compétitives ![6]
  • technique, etc…

Une transition juste

De plus, il faut également s’assurer que cette transition soit la plus juste et socialement équitable possible ! En effet, la hausse des prix de l’énergie entre janvier 2021 et janvier 2022 à la suite de la crise énergétique provoquée par l’invasion russe de l’Ukraine, a eu un impact différencié sur les populations. Les ménages les plus modestes ont été les plus impactés malgré les mesures de soutien [7].

Outre les revenus, ce sont aussi des éléments comme nos lieux de vie ou besoins qui ont joué un rôle. Ainsi, les ménages résidant hors zone urbaine ont perdu 910 euros en moyenne sur la période car ils dépendent plus de leur voiture et leur logement est généralement équipé de chauffage au fioul.

Des réformes politiques et économiques en réaction à la crise énergétique 

La crise énergétique provoquée par l’invasion russe de l’Ukraine a révélé à quel point l’énergie n’est pas un acquis. Le système énergétique est complexe, et des tensions géopolitiques intervenant sur la scène internationale peuvent avoir des répercussions directement dans nos foyers ! En effet, ne sommes-nous pas nombreux à avoir craint des coupures d’électricité programmées pour l’hiver 2022 ?

La hausse considérable du prix de l’énergie a donné de la visibilité à sa volatilité et exacerbé certaines volontés politiques de réformer le marché électrique européen en décorrélant notamment les prix de l’électricité et ceux du gaz. Finalement, la proposition de réforme de la Commission Européenne du 14 mars 2023, n’a pas retenu cette option. En revanche, elle propose de faciliter le déploiement de contrats à long terme appelés PPAs (Power Purchase Agreements) pour les énergies décarbonées afin de garantir une stabilité de revenus aux fournisseurs mais également protéger les consommateurs comme nous des fluctuations de prix [8] !

Les interactions entre acteurs et énergie sont donc complexes et dépendent d’une multitude de facteurs : habitudes de consommation, modes et lieux de vie, besoins, éducation, climat politique, etc… Nous entretenons tous un rapport différent  à l’énergie.

Tous différents face à l'énergie : les sept profils socioénergétiques 

Au cours de mes recherches, je me suis penchée sur le travail de Stéphane La Branche[9]. Sociologue du climat impliqué sur les enjeux de l’énergie, il a identifié sept profils socioénergétiques types correspondant à des représentations sociales et logiques d’actions en matière d’énergie.

Les quatre premiers profils présentent des intérêts pour réduire leur consommation d'énergie avec des motivations qui sont généralement différentes du seul objectif de sobriété.

  • La passion du technoludique pour les nouvelles technologies le conduit à s’intéresser aux applications liées à la consommation d’énergie et ainsi suivre sa consommation pour mieux la réduire.
  • L’énergiphile s’intéresse à tout ce qui touche à l’énergie, il en a une connaissance fine qu’il met à profit pour réduire sa consommation d’énergie en elle-même, plus que son budget ou empreinte écologique.
  • Ce qui motive l’écophile en revanche, c’est bel et bien de résoudre le problème de l’écologie ! Il est donc disposé avec plaisir à fournir des efforts pour changer ses pratiques.
  • Si l’économe réduit sa consommation d’énergie, c’est avant tout pour alléger sa facture !

Les prochains profils ont une tout autre vision de ces enjeux de sobriété :

  • L’impuissant se sent concerné par les enjeux de sobriété mais ne voit pas comment agir différemment.
  • Concernant l’indifférent, l’énergie n’est pas une préoccupation majeure, il ne s’en soucie guère voire pas.
  • Le réfractaire perçoit les messages invitant à la sobriété comme des « injonctions pour se serrer la ceinture » (La Branche, 2021). Selon lui, les efforts doivent émaner du gouvernement et des entreprises, et non des citoyens.

Toutefois ces profils ne sont pas immuables, ce sont des grandes tendances. Ainsi, nous pouvons nous reconnaître dans un profil puis quelques années plus tard appartenir à une autre catégorie. Les circonstances, notre environnement, nos convictions personnelles mais aussi les informations que nous percevons par les médias nous influencent en permanence. Notre rapport à l’énergie évolue donc constamment, n’est-ce pas ?

Par exemple, en tant qu’étudiante, je pense que mes comportements sont différents lorsque je vis chez mes parents ou chez moi à Grenoble.

Quand je suis chez moi et que je reçois une facture de gaz et électricité à mon nom, ce sont les motivations de l’économe que j’ai en tête lorsque je prends une douche plus rapidement ou que je dors sous deux couettes pour ne pas augmenter le chauffage !

En revanche, le week-end chez mes parents, ce n’est pas la perspective d’alléger la facture qui me pousse à être attentive à ma consommation en premier, mais plutôt la menace du réchauffement climatique, une caractéristique qu’on retrouve chez l’écophile.

Et vous, dans quel profil vous reconnaissez-vous ?

L'Exposition Au croisement des Ohms 

Il est donc essentiel de comprendre et intégrer la diversité des profils et représentations sociales de l’énergie dans nos futurs énergétiques. Aujourd’hui plus que jamais, l’énergie accompagne en permanence nos tâches quotidiennes et nos pratiques sociales : c’est le fil conducteur de nos vies ! Pourtant, les objectifs nationaux de neutralité carbone d’ici 2050[10] appellent à la sobriété et l’efficacité quant à nos usages énergétiques. Ainsi, dans un contexte économique, social et politique en tension sur la question de l’énergie, l’exposition que nous vous proposons appelle à replacer l’Humain au cœur de ces enjeux.

En adoptant une perspective sociologique, GEG et les étudiants de la Junior Conseil Colibri de Sciences Po Grenoble en partenariat avec La Casemate ont choisi de mettre en lumière le rapport des individus à l’énergie entre Hier, Aujourd’hui mais aussi Demain.

Sous l’œil du sociologue Stéphane Labranche, les étudiants ont ainsi mené des entretiens en face à face avec des acteurs variés du Bassin Grenoblois. Il est essentiel de garder à l’esprit que ces échanges ont eu lieu entre mars et mai 2023, dans un contexte en mouvance et aux orientations politiques marquées.

Les résultats de ces échanges sont à retrouver à la Casemate du 7 Juin au 30 septembre sous la forme d’une galerie de témoignages en vidéos, accompagnés de contenu scientifique.

C’est l’occasion pour chacun de se questionner sur son rapport à l’énergie, que nous soyons étudiant.e.s, professeur.e.s, parents, chercheurs.e, professionnel.le.s, élu.e.s, à la direction de transition ou tout simplement visiteur.se de l’exposition.

Bonne visite !

Un grand merci aux étudiants de Colibri Junior Conseil : la Junior de Sciences Po Grenoble (junior-sciencespogrenoble.fr)  qui ont  participé à la préparation, réalisation et synthèse de ces entretiens : Mathieu Irdel, Alexis Guirado, Flora Sainty, Alexandra Badulescu, Alexis Guirado, Diane Mehl, Théophile Didierjean, Ariane Dufief, Eva Bouillard, Arnaud Foubert et Mathilde Joubert.

Article rédigé par Louna Sainty

Etudiante en 2de année à Sciences Po Grenoble 


[1] Futura Sciences, « L’Effet Joule ». https://www.futura-sciences.com/sciences/definitions/physique-effet-joule-4124/

[2] Désaunay C., 2023. ‘La neutralité carbone en 2050 ?’ (Carbon Neutrality by 2050 ?) Cairn, Constructif , Editions Fédération Française du Bâtiment

[3] Loi Energie-Climat, 2019. Loi n°2019-1147 du 8 novembre 2019 relative à l'énergie et au climat, Légifrance.gouv.fr

[4] Parlement Européen https://www.europarl.europa.eu/news/fr/headlines/society/20190926STO62270/qu-est-ce-que-la-neutralite-carbone-et-comment-l-atteindre-d-ici-2050

[5] Loi 10 Mars 2023 . Loi du 10 mars 2023 relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables. Vie-Publique.fr . Publié le 13 Mars 2023 à : https://www.vie-publique.fr/loi/286391-energies-renouvelables-loi-du-10-mars-2023

[6] D’après Dominique Jamme, Directeur Général des services de la Commission de Régulation de l’Energie

[7] Vie Publique, 2022. « Augmentation des prix de l’énergie : un fort impact sur le pouvoir d’achat malgré les aides ». Vie-Publique.fr. Publié le 27 septembre 2022 à : https://www.vie-publique.fr/en-bref/287645-impact-de-la-hausse-des-prix-de-lenergie-sur-le-pouvoir-dacha

[8] Commission Européenne, Représentation en France, Mars 2023. « Une réforme du marché de l’électricité de l’UE afin de développer les énergies renouvelables, mieux protéger les consommateurs et renforcer la compétitivité industrielle » Publié à :  https://france.representation.ec.europa.eu/informations/une-reforme-du-marche-de-lelectricite-de-lue-afin-de-developper-les-energies-renouvelables-mieux-2023-03-14_fr

[9] La Branche S., 2021. Energie et Ecologie : les sept profils socioénergétiques, Presses Universitaires de Sciences Po Grenoble.

[10] SNBC Stratégie nationale Bas Carbone, révisée en 2018-19, Ministère de la Transition énergétique. Publié le 21 Juillet 2022 à : Stratégie Nationale Bas-Carbone (SNBC) | Ministères Écologie Énergie Territoires (ecologie.gouv.fr)