Algorithmes de recommandation : leviers de radicalisation, d’enfermement et de paupérisation intellectuelle ?

Publié par Yannick Chatelain, le 18 mars 2024   250

Par Dr. Yannick Chatelain Associate Professor IT / DIGITAL à Grenoble École de Management (GEM) & GEMinsights Content Manager.

Source : image générée par l'IA !

Il ne s’agit pas de mal le voir partout, ni le bien nulle part ! Mais l’enfer est, malheureusement, hier comme aujourd’hui, supposé être pavé de bonnes intentions. Sur la base de cet adage, les algorithmes de recommandation ont naturellement prétention à aider les usagers, ainsi dès lors que vous utilisez un navigateur « traditionnel », de multiples algorithmes de ce type vous « attendent » au détour de la toile.  Pour faire simple et sans rentrer dans le détail de leur typologie, nous pouvons distinguer : Le Filtrage collaboratif, User-Based, Item-Based / La factorisation de matrice / Content-based / Populaire / Random… Ces derniers analysent vos navigations sur le Net pour vous recommander des contenus susceptibles de vous intéresser… Nous pourrions dès lors évoquer, dès vos premiers pas sur le Net, un surf en entonnoir, pour ne pas dire un surf « d’enfermement ».   

Ces recommandations impactent tous les domaines. Pour ceux et celles qui disposent de Netflix, ils peuvent en mesurer la « puissance » au travers des suggestions de « titres similaires » ou titres qui pourraient vous « correspondre », ces recommandations se font également sur la presse, les réseaux sociaux, les sites de musiques, de streaming etc. L’usage de ces algorithmes demeurant, selon les structures plus ou moins transparents et perceptibles par l’usager.

Des algorithmes de « radicalisation », d’enfermement et de paupérisation intellectuelle ?

Si les sites et services qui y ont recourt utilisent comme argument principal l’amélioration de l’expérience utilisateur (client), il est également une autre façon de voir les choses : est-ce une réelle amélioration utilisateur que de l’enfermer dans un univers « intellectuel », notamment pour ce qui concerne les contenus presse… souvent et par ailleurs sans qu’il n’en soit vraiment conscient ?  Dans le pire des cas nous pouvons alors évoquer une « radicalisation » progressives des postures des utilisateurs invariablement soumis à des contenus les renforçant dans leurs croyances.

Avant l’avènement de l’Internet at large, et pour appuyer mon argumentation, selon leurs sensibilités politiques les lectorats des supports étaient (sont) connus, ils retrouve ainsi -en règle générale- dans le journal de leurs choix des articles et reportages croisant leurs convictions et les renforçant ipso facto dans leurs convictions et dans leurs croyances…. Un grand pas vers des certitudes. Vous en conviendrez rare sont ceux et celles – hormis certaine profession comme les journalistes – qui vont acheter dans leurs kiosques à journaux « l’humanité » et « le figaro magazine », ou mieux encore s’attacher à faire une revue de presse globale, une approche qui pourrait pourtant favoriser notre esprit critique afin d’éviter l’enfermement que j’évoque. Les algorithmes favorisent ce dernier avec une puissance bien supérieure. Si je peux oser une digression, ils ne sont pas exempts de responsabilité pour ce qui concerne la radicalisation d’une certaine jeunesse en quête de sens.

Internet et algorithmes de recommandations : de la porte-fenêtre ouverte sur le monde à l’œil de bœuf.

Dans la logique de recommandation il est indéniable que la porte-fenêtre ouverte sur le monde se transforme en œil de bœuf. Il ne s’agit donc dès lors pas de respect de la vie privée, et du droit inaliénable à  l’anonymat que j’évoque souvent lorsque je parle du traçage parfois abusif des usagers, il s’agit de libre arbitre et d’une neutralité sur votre liberté d’opinion…

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