Conférence sur les serpents de l’Isère : entretien avec Pierre Bagnaud

Publié par Nature Isère, le 28 avril 2017   2.3k

Xl couleuvre verte et jaune  peupleloup  cc by sa 2.0

Le 26 avril, la Maison de la Nature et de l’Environnement accueillait une conférence intéressante sur les serpents en Isère. Pierre Bagnaud, étudiant en master de Biologie, Écologie et Évolution, nous a fait découvrir les différentes espèces que l’on peut rencontrer dans notre département, ainsi que les menaces qui pèsent sur ces animaux souvent méconnus. Nous avons eu l’occasion de lui poser quelques questions.

Vous avez l’air d’être très passionné par les serpents. Comment est né cet intérêt pour ces animaux ?

J’ai toujours été très attiré par l’inconnu. Pour moi, le fait de ne pas comprendre ou connaître ne doit pas être un générateur de peur, mais bien d’intérêt afin de mieux comprendre le monde qui nous entoure et ses habitants qu’il abrite. Mon intérêt pour les serpents en particulier, s’est développé tout de suite après avoir mis un pied dans l’élevage, par l’intermédiaire d’une petite couleuvre américaine. Quand vous avez cette chance de pouvoir observer un animal d’aussi près et régulièrement, la magie opère.

Avez-vous une anecdote à nous raconter sur l’une de vos rencontres avec un serpent ?

Lors d’une sortie associative en Loire-Atlantique (la première que j’organisais sur le thème des serpents) nous marchions depuis quelques temps sans aucune observation, la Nature étant indomptable. On m’a fait signe de la présence d’un serpent qui quittait le bord d’un chemin. Sans prendre la peine de réfléchir et comme fougueux adolescent que j’étais je l’ai attrapé à pleines mains. Quelle n’a pas été ma surprise lorsque j’ai vu sa petite tête se retourner vers mon pouce et ses deux crochets venimeux prêts à me vacciner ! J’étais face à une vipère aspic juvénile et fort heureusement ses crochets n’ont pas réussi à traverser la peau. Je vous incite donc, en pleine connaissance de causes, à ne pas tenter de manipuler de serpents sans la connaissance ni le matériel adéquat ! D’autant plus qu’il existe un arsenal de protections légales internationales, européennes et françaises qui protègent nos magnifiques animaux. En effet la manipulation de la plupart des espèces nécessite des autorisations préfectorales. Les manipulations sont également une source de stress non négligeable…

Lors de la conférence, vous nous avez présenté les 7 espèces que l’on peut trouver en Isère. Pouvez nous les rappeler brièvement ?

En Isère nous pouvons rencontrer les deux couleuvres d’eau de métropole : la couleuvre à collier et la couleuvre vipérine (qui n’a de vipérin que le nom et certains traits physiques). La couleuvre verte et jaune est impressionnante de par sa taille et sa livrée verte… et jaune ! La couleuvre d’Esculape, symbole de la médecine et de la pharmacie, est particulièrement facile à repérer grâce à sa belle robe dorée. Viennent ensuite les deux coronelles, la lisse et la girondine, qui sont plutôt sensibles aux grandes chaleurs donc observables surtout au crépuscule. Et enfin la vipère aspic qui souffre beaucoup de sa mauvaise réputation…

La vipère aspic est-elle aussi dangereuse que les gens le présument ?

La vipère aspic est le seul serpent venimeux présent en Isère. Il est donc tout à fait normal de s’en méfier. Par contre ce qui l’est beaucoup moins, c’est l’abattage systématique qu’elle a pu subir et qu’elle subit encore. En effet, son rôle est primordial dans les chaines alimentaires. Une autre chose à savoir, un serpent, quel qu’il soit, ne vient jamais au contact de l’humain. Il nous perçoit comme un prédateur et se méfie de nous plus que tout. Ils ne mordent que lorsqu’ils n’ont plus aucune autre solution de repli. Les morsures n’ont lieu que lors de manipulations, ou lorsque l’on marche dessus par inadvertance. De plus, les vipères ne nous considérant pas comme des proies, n’ont aucune raison de gaspiller une dose de venin dont la production est coûteuse en temps et en énergie, lorsqu’une simple morsure « sèche » (donc sans venin) suffit dans 99% des cas à faire fuir l’agresseur. Les envenimations sont donc particulièrement rares, et les décès liés des suites d’une morsure, soit par le venin, soit par une infection pouvant se développer, exceptionnels. Elle est donc potentiellement dangereuse, mais immensément moins que la foudre, une casserole d’eau bouillante ou encore une chute de neige !

Qu’est-ce qui permet de la différencier des autres serpents présents dans le département ?

La vipère aspic est particulièrement reconnaissable à la forme de sa pupille qui forme une fente de haut en bas, exactement comme celles des chats. Elle est aussi très trapue, courte mais épaisse, et son museau est bien retroussé. Enfin, il est plus rare de la voir dans un milieu humide, elle préfère les zones sèches de type tas de pierres exposé plein sud.

Quel rôle écologique les serpents remplissent-il dans la nature ?

Comme dit précédemment leur rôle est central au sein de la chaîne alimentaire. Tous les serpents sont des alliés inestimables contre les pullulations de micromammifères ou de certains poissons. Mais ils sont aussi des proies importantes pour des animaux plus gros comme les mustélidés, les renards, les chats sauvages ainsi que beaucoup d’espèces d’oiseaux.

Disparition et fragmentation des habitats, écrasements sur les routes, destruction des individus par la méconnaissance (coups de pelle notamment) et prédation par les chats, sont autant de menaces auxquelles sont aujourd’hui confrontés les serpents. Comment peut-on améliorer leur protection ?

Effectivement nous avons là les principales menaces qui pèsent sur ces animaux. De nombreuses institutions publiques et associations se battent pour tenter de rétablir les corridors biologiques et donc rétablir les continuités écologiques rompues par la fragmentation des habitats. Il est cependant possible de favoriser à notre petite échelle l’épanouissement de la vie en général et des serpents en particulier. En effet il est tout à fait possible de laisser un petit tas de bois ou de pierres au fond du jardin qui seront des alliés pour les aider à passer l’hiver, ainsi qu’à les protéger et protéger leurs petits des prédateurs. Vous serez aussi susceptibles de voir le nombre de petits rongeurs diminuer. Ces petits tas pourront également abriter des lézards ou bien encore des insectes comme les mantes religieuses, autres alliés tout aussi fascinants à observer ! Il est aussi très important de surveiller son ou ses chats et de les faire stériliser pour limiter leur prolifération. En effet, un chat même bien nourri, n’arrêtera pas de jouer avec le moindre animal qu’il trouve, même s’il ne les rapporte pas tous à la maison ! Et bien sûr, le plus important à mon sens reste l’éducation à l’Environnement. Il faut absolument que les gens prennent conscience des merveilles qui les entourent et il faut lutter contre les « a priori » et l’obscurantisme, relayés parfois par certaines émissions choc qui font de la course à l’audimat. La peur éloigne du respect, et ces animaux fascinants en ont déjà trop souffert.