De la recherche académique à l'entreprenariat : l'expérience eBikeLabs

Publié par Maël Bosson, le 23 février 2017   1.8k

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Est-ce un avantage d'avoir un doctorat pour fonder une start-up ? Hier, un ancien stagiaire me posait la question de la pertinence de s'engager dans un doctorat en amont de la création d'une start-up. Pour répondre à cette question, je vous propose dans cet article de témoigner de mon parcours basculant du monde académique à l'entrepreneuriat. Et, en quoi, il existe à mon avis de fortes similitudes entre le quotidien d'un chercheur et celui d'un entrepreneur.

Chercheur en méthodes numériques pour la chimie quantique

Fin 2009, après avoir obtenu un diplôme de l’ENSIMAG INPG m'ouvrant de nombreuses opportunités professionnelles, je décide de m'intéresser à la physique moderne via l'opportunité d'un sujet de thèse au sein de l'équipe NANO-D de l'INRIA. Comme tout doctorat, l'idée était de dépasser l'état de l'art et de devenir référent expert sur la thématique en 3 ans. Les travaux de cette thèse porteront leurs fruits , délivrant la première méthode numérique permettant de calculer des interactions quantiques à des taux interactifs.

La méthode interactive quantum chemistry implémenté dans SAMSON


En 2011, au milieu de mon doctorat, pour mes déplacements quotidiens (environ 20 km par jour), je décide de m'équiper d'un vélo électrique. Les premiers coups de pédale ne me laissent pas indifférent. Le vélo électrique , alors à un stade de développement embryonnaire en France, a un potentiel important ! Pourtant de nombreux freins sont à lever pour développer ce mode de transport : choix de l'achat complexe, surchauffe des moteurs, autonomie aléatoire... C'est ainsi que je décide de réfléchir à des contributions scientifiques sur la thématique du vélo électrique.

Chercheur en contrôle moteur

Dans le cadre d'un partenariat industriel, en Juin 2013, j'intègre en tant que post-doctorant le GIPSA-Lab sous la responsabilité de Dominique Houzet pour développer l'intelligence d'un contrôleur pour un système moteur distribué par Décathlon.

Le système moteur Gboost développé par la start-up Ebike Lite alors distribué par Décathlon

J'interviens sur la synthèse de nouvelles lois de commande moteur pour l'application vélo électrique et sur l'implémentation du logiciel embarqué sous-jacent pour les évaluer. Rapidement, les premiers résultats sont là et un projet de recherche se dessine.

Pour autant, nous restons pragmatiques et souhaitons rapidement évaluer l'impact de ces progrès en pratique. Nous nous rapprochons du laboratoire de sciences sociales PACTE et l'équipe de Kamila Tabaka spécialiste sur les questions de la perception des modes de transport et le report modal. Nous obtenons, dans le cadre d’un appel d’offre recherche de l’Université Joseph Fourier et du CNRS, un financement PEPS (Programme Exploratoire Premier Soutien) pour mettre au point une méthode d'évaluation de l'impact sur les modes de transport de la mise à disposition d'un vélo électrique équipé du système de kit intelligent développé au GIPSA-Lab. Dans ce cadre, nous collaborons avec La Métro et organisons une expérimentation pilote à l'été 2014.

La suite logique était de développer une expérimentation à grande échelle avec les Métrovélos. Mais la mise en place opérationnelle et la recherche des financements étaient incertains dans un cadre académique. Pour accélérer le transfert de ces savoirs faire vers le grand public, avec un associé, nous décidons alors de co-fonder une société (eBikeLabs) en s'intéressant cette fois à la connectivité des vélos électriques sans autres expériences professionnelles que nos doctorats respectifs.

Fondateur et dirigeant eBikeLabs

En Avril 2015, avec Raphaël Marguet, nous fondons la société eBikeLabs. Nous avons pu nous appuyer sur plusieurs compétences acquises dans la recherche académique pour faire face aux importants challenges inhérents à la création d'une nouvelle société :

-Réaliser un projet de recherche sur 3 ans en s'adaptant au fur et à mesure aux difficultés sans oublier d'identifier de nouvelles opportunités et prioriser pour maximiser les résultats avec les moyens appartis,

-Sélectionner les financements les plus pertinents et rédiger des dossiers en apprenant à chaque échec jusqu'au succès,

-Répéter et adapter des centaines de fois son pitch pour faire comprendre le plus synthétiquement possible le sujet de son travail.

Le premier objet de la société eBikeLabs était de conduire un projet de R&D pour développer le contrôleur connecté eBikeMaps offrant une expérience utilisateur de gestion de batterie simplifiée et une personnalisation de l'assistance via son Smartphone.

Le contrôleur connecté eBikeMaps


Très rapidement, nous avons cherché un partenaire pour sortir nos technologies de notre laboratoire et déployer sur le terrain les différentes versions du contrôleur afin d'en accélérer les développements et en valider les valeurs d'usage. C'est dans ce cadre que nous avons développé un partenariat avec l'atelier Cyclolivine depuis l'été 2015.

Installation pilote avec l'atelier Cyclolivine


Aujourd'hui, après une phase de R&D intense, nous amorçons notre développement commercial en France et bientôt en Allemagne avec pour objectif d'atteindre notre seuil de rentabilité d'ici 2 ans. Découvrez notre société sur www.ebikelabs.com et notre calculateur d'itinéraire spécialisé vélo électrique www.ebikemaps.com.

Valorisation de la recherche : transfert technologique ou transfert d'expériences et de savoir faire ?

La valorisation des forts investissements dans la recherche publique semble aujourd'hui essentiellement orientée vers le transfert technologique avec le soutien de nombreuses structures et d'importants financements. Pourtant, il me semble que les parcours et expériences des chercheurs, les succès comme les échecs, donnent parfois des avantages décisifs pour entreprendre et sont très peu valorisés.

De notre expérience, les plus grandes difficultés dont il faut être mis en garde avant de se lancer dans l'entrepreneuriat en venant du monde académique sont :

-Désapprendre à se spécialiser et apprendre à déléguer ce que l'on sait faire pour apprendre ce que l'on ne connait pas,

-Apprendre à recruter et travailler en équipe avec des profils aux compétences variées sans pouvoir faire appel à ses réseaux professionnels trop scientifiques,

-Savoir travailler avec plus de pression, moins de moyens et sans structure.

En conclusion, et pour répondre à la question initiale de cet article, je pense qu'il faut avoir conscience des difficultés liées à l'entrepreneuriat et être totalement déterminé au moment de se lancer. En attendant ce moment où la création d'une start-up est une évidence, l'expérience d'un doctorat peut-être très profitable pour consolider son profil. J'encourage donc également tous les chercheurs et en particulier les jeunes docteurs à s'interroger sur la valorisation de leurs différentes expériences et compétences pour pourquoi pas fonder une nouvelle société avec des avantages décisifs !