ESRF : Une alliance sans frontières

Publié par Nathan Loison, le 10 janvier 2026   63

Cet article a été composé par des étudiants du master Information/Communication, parcours communication et culture scientifique et technique. Nous vous proposons d'écouter une ambiance sonore qui vous accompagnera au cours de votre lecture. Si vous souhaitez y accéder, cliquez sur le lien suivant : [https://soundcloud.com/nathan-...]

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Bonne consultation !


Bienvenue à l’ESRF (European Synchrotron Radiation Facility), le Synchrotron Européen, l’un des instruments scientifiques les plus puissants au monde ! Un bâtiment circulaire massif qui ne manque pas d’attirer l’attention. D’extérieur, un simple ovale d’un kilomètre de circonférence, à l’intérieur, une succession de lignes métalliques, de salles techniques et de passerelles qui se déploient comme un gigantesque organisme complexe. Derrière ces infrastructures monumentales, se joue un projet beaucoup plus large : comprendre la matière, du vivant aux matériaux, et contribuer à des enjeux sociétaux concrets. 

Mais savez-vous ce qu’est un synchrotron ? Il s’agit d’un accélérateur de particules capable de produire une lumière extrêmement intense. En pratique, ce sont des protons envoyés à une vitesse proche de la vitesse lumière qui, lors des changements de trajectoire, émettent des rayons lumineux ultrapuissants. Cette lumière permet d’observer la matière à une échelle microscopique, et même atomique. Invisible à l’œil nu, elle est utilisée pour « radiographier » des échantillons : fossiles, protéines, objets patrimoniaux, matériaux industriels, batteries, et ainsi, comprendre leur fonctionnement. Contrairement à l’image d’un laboratoire isolé, le synchrotron est une plateforme collective, utilisée par des milliers de chercheurs venus du monde entier.
Ici, les projets se succèdent, issus de disciplines variées : physique, chimie, biologie, géologie, archéologie, médecine, ingénierie des matériaux… 

L’ESRF est un lieu d’envergure européenne, depuis sa création dans les années 1990, l’infrastructure est soutenue par plus d’une vingtaine de pays. Les équipes, les projets, les financements, tout reflète une ambition scientifique de partage mondiale. Le synchrotron est un projet de service public de la recherche. Des équipes venues du monde entier déposent des projets pour obtenir du “temps de faisceau”, c’est-à-dire le droit d’utiliser la lumière du  synchrotron.

Si la machine impressionne, ce sont les applications qui surprennent le plus. En effet, le synchrotron, ce n’est pas uniquement de la science fondamentale : c’est un outil pour résoudre des problèmes très concrets, dans de nombreux domaines comme la santé, la biologie, la chimie, la technologie, la conversation et le vieillissement d’oeuvre d’art, l’écologie, la géologie et même l’archéologie. Pour l'anecdote, l’un des violons les plus célèbres du monde, le  “Il Cannone", a voyagé jusqu’au synchrotron pour vérifier son état de conservation. Exceptionnel pour un instrument qui n’est utilisé qu’une fois tous les deux ans. Le synchrotron est un outil que n'importe quel chercheur peut utiliser quel que soit son domaine tant que son dossier est sélectionné par le comité scientifique de l’ESRF. 

Et justement, à propos de ces scientifiques, le synchrotron leur permet généralement de rester entre 2 à 5 jours en leur payant tous les frais nécessaires : Transport, logement, nourriture… En revanche, les chercheurs ont pour condition de publier un article à la suite de leurs expériences afin de correspondre à une des valeurs du synchrotron : le partage de la science au plus grand nombre.

Cette solidarité scientifique se traduit notamment par un projet : Human Organ Atlas. Ce programme d’envergure internationale, a pour ambition de photographier en 3D avec une résolution inégalée chaque organe du corps humain, sur une base de données accessible en ligne. Au-delà d’une prouesse technique, c’est une révolution qui permet à n'importe quel chercheur d’utiliser cette mine d’information, partout dans le monde.

L’ESRF ne vise pas seulement l’excellence scientifique, mais forme également les travailleurs de demain. A l'égard des citoyens curieux ou des astrophysiciens en formation, le synchrotron insiste sur la sensibilisation à ses actions. L’équipe de communication est chargée d’assurer la médiation lors des visites scolaires, en français, ou anglais pour les classes étrangères. L’infrastructure ouvre également ses portes lors d’évènement publics à l’échelle de la métropole comme “Le parvis des Sciences” ou “Tech&Fest”. Cette transmission de savoir s’appuie sur des valeurs sociales fortes, la "Journée Femme&Sciences" appelle notamment les jeunes étudiantes à s’engager dans les sciences, domaine toujours en grande majorité masculin.

Ici, on ne produit pas la connaissance uniquement pour elle-même, mais pour la mettre à disposition d’une communauté internationale. Le synchrotron peut être vu comme un carrefour entre technologie, savoir et transmission. Un lieu où l’innovation se fabrique, mais où la transmission reste essentielle.


Un article de Léonie LAUDE, Océane  TASCA, Titouan CHAPUIS, Jonathan COMBY, Nathan LOISON.

Crédits photographiques : ESFR Grenoble (Couverture), Léonie LAUDE, Nathan LOISON.

Crédits audios : Titouan CHAPUIS, Jonathan COMBY.

Crédits graphiques : Océane TASCA.