Forêt Résiliente – Des images satellite en mouvement

Publié par Benjamin Just, le 24 juin 2021   300

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La forêt et l’homme

D’abord la matière ! Très tôt le travail du bois m’a accompagné dans mes pensées. Inventeur et bricoleur, c’est dès l’adolescence que le contact avec cette matière s’impose. Dans l’atelier de mon grand-père, ma main apprend d’elle-même à guider le rabot afin de mettre en forme matières et idées. Pour asseoir cette intuition, je réalise un parcours complet en ébénisterie (six années), aboutissant à l’Ecole Boulle. Mon travail s’axe alors sur la création de mobilier contemporain, mais cela n’est que temporaire car après une année passée à Londres, j’intègre la HEAR (Haut Ecole des Arts du Rhin, anciennement Ecole Supérieure des Arts Décoratifs) à Strasbourg. Le bois ne peut dès lors plus simplement être considéré comme la matière première d’un objet en devenir ; mais plutôt comme le récit d’une vie, une histoire fossilisée par le temps dans une matière.

« A cette date, je quitte le bois pour retrouver l’arbre et sa forêt. »

Mes expériences ont très vite croisé les traces d’une pratique historique de la sculpture et du travail du bois.

►Guiseppe Penone « Cedro di Versailles »

« Guiseppe Penone ¹ est ce magicien qui nous plonge dans les souvenirs. D’un arbre centenaire, il nous rappelle les prémices et sa construction encore frêle. »

Mon travail « ne se construira pas à l’ombre des grands arbres » ² ; mais grandit dans les interstices, là où l’on n’imagine pas qu’un arbre puisse grandir. Il est connecté avec ces grands arbres et dialogue avec eux. C’est dans l’ouverture d’une pratique transversale, à travers le champ des matériaux et des techniques que j’interroge la relation de l’humain à la nature.

Rappel du projet

Forêt résiliente est une installation de sculptures interactives portant un regard sur la déforestation mondiale à travers une représentation de la forêt française. Cette installation immer­sive est un monde à part entière, réalisant des allers-retours entre sculptures en mouvement, vidéo, spatialisation sonore et travail de la lumière.

Pour rappel : https://www.echosciences-grenoble.fr/articles/foret-resiliente-installations-de-sculptures-interactives

Introduction

En se penchant sur la forêt Française, je n’ai pas eu le choix, passé un certain point, que de devoir considérer la forêt du Congo puis celle du Brésil, celle du Cambodge, etc… Le marché est tel que le bois est mondial. Malgré l’export de nos bois, l’import est une part importante de notre fourniture en bois. Finalement, l’interconnexion entre bois de pays et import fait que notre forêt française réagit d’une manière plus ou moins directe avec la déforestation mondiale d’après Erze ZUCHER ³

Je me suis donc penché sur la déforestation, les différents types d’exploitations, ses étendues et ses localisations. Au cours de mes recherches, j’ai découvert le site « Globalforestwath.org ». Développé par World Ressources Institute en partenariat avec l’université du Maryland, la Nasa, Google… Il s’agit d’une carte interactive qui, via les images satellite, permet de surveiller presque en temps réel les forêts mondiales. Cette application web open source représente de manière graphique, l’état de la déforestation dans n’importe quel pays du monde.

Des images satellites de la déforestation

Dans l’installation, une vidéo nous donne à voir un lent défilement de pixels. Un motif contemplatif évoluant entre végétal et minéral. Une sorte de vue aérienne, une cartographie abstraite du paysage. Ces images en mouvement sont en fait des données satellites collectées grâce à l’application « Global Forest Watch ». Elles sont une représentation graphique de la perte de couverture forestière. Le programme vidéo construit ainsi un « roll » à partir des différentes vignettes, nous faisant parcourir la déforestation dans divers pays. Les zones parcourues (Brésil, Argentine, République Démocratique du Congo, Malaisie, Madagascar, etc…) sont sélectionnées pour leur enjeux écologiques, économiques, politiques… de la forêt. Lors des expositions de cette installation, les zones seront parcourues successivement ; pays après pays, rendant la monstration unique. A chaque exposition la vidéo sera différente. Définie comme le chef d’orchestre de la pièce ; elle entrainera, de fait, le caractère singulier et évolutif de l’œuvre. Ainsi, rythme, vitesse des pulsations, typologie des sons diffusés et atmosphère sonore spatialisée dépendent du motif analysé sur la vidéo.

Analyse des images vidéo

A travers le programme de défilement des images satellites, les données open source de la déforestation mondiale de l’application « Global Forest Watch »⁴ deviennent le rythme de l'installation artistique. Ce programme informatique, ou lecteur, est ainsi en charge d’animer la carte à travers des déplacements d’images mais aussi de lire les couleurs sur celle-ci. L’ensemble de l’interactivité de l’œuvre repose sur la lecture, interprétation et transcription de la carte en signaux.

Dans l’état actuel des recherches, seules les données liées à la déforestation (perte de la couverture arborée, couleur rose) semblent être exploitées. La zone de forêt (couverture arborée) pourra probablement aussi être utile pour définir les espaces de lecture afin d’éviter les espaces désertiques et les océans. Le programme dessine un espace de détection (écran d’ordinateur ou sera affiché la carte). Les questions d’échelle de la zone d’analyse et zooms, sont des points importants. Leurs paramétrages sont en cours. 

► Vidéo projection présentée dans une pièce différente de celle des sculptures

Sur l’écran sera positionné un calque (masqué) quadrillant l’espace d’analyse. Il pourrait être partagé en 20 lignes, 20 colonnes et/ou 20 cases. Chaque case sera attribuée à un arbre de l’installation (rondelle + enceinte + projecteur) et représentera d’une certaine manière son encéphalogramme. La carte sera en mouvement et à chaque détection d’une parcelle déforestée (rencontre de couleur par le « capteur »), alors le message sera transmis et il déclenchera les actions pour redonner vie à l’arbre concerné (case 1, arbre1). Dans la lecture de cet espace, un maximum de variables doit être collecté comme le taux de remplissage de la couleur, sa répartition dans la case, etc. Ces informations collectées permettront de coordonner l’activation des moteurs avec la mise en lumière des pièces et le déclenchement et jeux de spatialisation sonore. 

Vidéo pour une idée du mouvement : https://vimeo.com/403672222

Résidence et temps de travail avec le CNRS

Sur le projet, de nombreux partenaires apportent leur soutien technique, matériel, financier, et participent ainsi à faire en sorte que ce gros projet voit le jour. C’est le cas du CNRS de Marseille qui, à travers les compétences du LMA-MAS ⁵ contribue à la programmation des images vidéo, un travail conjoint avec Corentin Régal (développeur). Un travail au long court, étapes par étapes.

Deux langages ont ainsi été testés sur la programmation vidéo : Python et Rust. Une attention toute particulière est portée sur la recherche d’une fluidité maximale de l’affichage tout en fournissant une puissance de calcul relativement importante.


Ce projet bénéficie du soutien de la Maison de la Tour, la DRAC, le CNRS de Marseille (Plateforme son), la HEAR Strasbourg, l’Atelier Expérimental, le Château Ephémère et la Casemate.

©Benjamin JUST


  • Guiseppe Penone ¹ : « Cedro di Versailles », 2000_2003, cèdre, 630 x 160 cm diamètre
  • Constantin Brancusi ² « Rien ne pousse à l’ombre des grands arbres »
  • Ernst Zürcher ³ « Quand on touche à l’Amazonie, on touche aux forêts Suisses », De cause à effet, la voix est libre avec Francis Hallé, France culture, 31 Décembre 2017
  • Global Forest Watch ⁴ : travaux de recherches menées par World Ressources Institute, la Nasa, l’université du Maryland et Google…
  • LMA-MAS ⁵ : plateforme MAS (Musique Audio Sons) du laboratoire LMA (Laboratoire de Mécanique et d'Acoustique) du CNRS de Marseille avec Patrick Sanchez