Gérer le problème : la territorialisation des politiques publiques

Publié par Alizée Marot, le 18 novembre 2019   460

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Le retour du loup sur le territoire français a obligé les éleveurs mais aussi les pouvoirs publiques à coexister avec le prédateur et à mettre en place de nouveaux dispositifs pour assurer cette coexistence. L’expansion de l’animal s’est avérée plus rapide que prévu et la France compte aujourd’hui plus de 500 loups sur son territoire, seuil minimum de viabilité de l’espèce protégée au niveau européen et classée vulnérable sur la liste rouge française de l’Union International pour le Conservation de la Nature (UICN). 

En 2018, plus de 3 500 attaques ont eu lieu et l’état a dû trouver de nouvelles solutions pour tenter de faire face à la colère et au désarroi des éleveurs. 

Le Plan Loup : dualité entre soutien aux éleveurs et protection du loup

Depuis 2004, la politique de l’Etat Français en matière de loup est définit dans le « Plan Loup », élaboré par le Groupe National Loup, sous la tutelle des ministères de l’agriculture et de l’écologie. Le Plan Loup permet notamment de mettre en place des méthodes de suivi des populations de loups, des mesures de conservation mais aussi d’en informer les acteurs et les publics afin que l’espèce soit protégée dans les activités locales. 

En juin 2018, voyant les attaques de loup de plus en plus fréquentes, l’état réagit et prend de nouvelles mesures pour tenter de régler la problématique en annonçant une ré-actualisation du dispositif de gestion du loup. Ce nouveaux Plan Loup permet notamment aux éleveurs de percevoir des indemnités sous réserve de mettre en place des systèmes de protections contre les attaques de loup tels que des clôtures, des chiens de protection, ou encore la présence d’un berge pour assurer la surveillance du troupeau. Suite à la mise en place de ces moyens de protection, les éleveurs pourront être indemnisés seulement après la troisième attaque. 

Le gouvernement souhaite, grâce à ce nouveau dispositif, apporter du soutien aux éleveurs en les aidant à protéger leur troupeau, tout en assurant la protection du loup sur le territoire. 

Source : Le Monde : « Plan loup : de nouvelles mesures qui ne satisfont ni les éleveurs ni les défenseurs de l’animal »

Malgré cette volonté de protéger les populations de loup sur le territoire, ce nouveau Plan Loup permet une augmentation du pourcentage de loups pouvant être abattus étant donné le seuil minimal de viabilité de l’espèce qui a été atteint. Avec cette mesure, 17% de l’effectif estimé de loups pourront désormais être prélevés contre 10% les années précédentes. 

Cependant cette démarche semble contradictoire avec la volonté de protéger le loup sur le territoire et son statut d’espèce protégée à l’échelle européenne. En effet, l’espèce est protégée par la Convention de Berne (1979) concernant la conservation de la vie sauvage, ainsi que par une directive européenne (1992) concernant la conservation des habitats naturels et de la faune et flore sauvage. 

Ces protections juridiques contraignent aujourd’hui la France à protéger le loup sur le territoire et complexifient d’avantage les dispositifs à mettre en place pour protéger au maximum les éleveurs du prédateur. 

Pastoralisme et Loup, une cohabitation possible ? 

Protéger le loup d’un côté, donner un maximum de soutien aux éleveurs de l’autre, la problématique est complexe et le doute demeure sur la possible cohabitation entre l’activité pastorale et le prédateur. Historiquement, le pastoralisme ne s’est d’ailleurs jamais aussi bien porté que lors de l’absence du loup sur le territoire suite à son éradication.

Autre incertitude, le Plan Loup, mis en place à l’échelle nationale, n’est peut-être pas forcément adapté aux différents enjeux et problématiques se trouvant à l’échelle locale. De plus, la gestion actuelle de la problématique se base sur des données scientifiques transmises aux pouvoirs publiques par des organismes comme l’Office Nationale de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) ce qui peut questionner. 

Pourquoi ne pas envisager la création d’un groupe d’experts composé à la fois d’experts de l’état, d’experts indépendants, de chercheurs ainsi que d’éleveurs pour tenter de trouver de meilleurs réponses à cette problématique ? 

Il paraîtrait en effet sensé, étant donné la multiplicité des acteurs entrant en jeu dans cette controverse, d’établir des liens entre tous ces acteurs afin de pouvoir considérer chacun des points de vue. 


Sources : 

https://agriculture.gouv.fr/pl...