Grenoble : Des neurosciences dans le paysage….

Publié par Aude Grezy, le 25 octobre 2020   1.8k

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Ce bâtiment vous dit quelque chose ? Visible lors de votre entrée à Grenoble, si vous sortez de l’autoroute par la RN481... Photo du Pôle hydraulique EDF de Saint-Martin-le-Vinoux. Source : Site internet de GA Smart Building.

Histoire de Grenoble, une histoire de sciences et techniques...

Lovée au milieu des montagnes, la ville de Grenoble s’est bâtie tant sur un plan humain qu’économique grâce au développement des sciences et techniques. Dès le XVIIIème siècle, ouvriers et ingénieurs Grenoblois s’échinaient sur l’extraction du ciment des pierres de la région. Dans l’essor de cette ère de l’industrie lourde, ils faisaient également tourner les industries de papeterie innovantes, et s’attelaient dans des usines de métallurgie. Mais Grenoble a surtout été le berceau de l’hydroélectricité : L’utilisation de la puissance des chutes d’eau en provenance de glaciers pour un énergie propre. Aussi appelée la houille blanche par opposition à la houille noire qu’est le charbon, cette technologie sera popularisée à l’exposition universelle de 1889, et deviendra un symbole scientifique de la ville. Depuis, l’histoire Grenobloise n’a eu de cesse de se construite en parallèle avec la technologie. Durant la première guerre mondiale, les industries Grenobloises ont été au cœur de l’effort de guerre : usines chimiques, fabriques industrielles de biscuits pour les soldats, et évidemment production d’armes. En 1956, le CEA implanta à Grenoble un site de recherche en nucléaire, devenant à la fois symbole scientifique et controverse et polémiques au sein de l’agglomération. En 2020, alors que le CEA a démantelé sa recherche en nucléaire et reconverti ses thèmes de recherches, le site est toujours présent et environ 6000 scientifiques y travaillent aujourd’hui. À présent, avec son hôpital universitaire et ses nombreuses entreprises, Grenoble est donc aujourd’hui un bassin de recherche scientifique riche : Electronique, énergies, intelligence artificielle, nanotechnologies, médecine… et évidemment géologie. Si vous passez par l’office du tourisme, vous pourrez y acheter une carte postale ou un mug : « Je cherche donc je vis à Grenoble ». Berceau dédié au sciences, même l’activité culturelle s’est tournée vers ses dernières avec la création de la première CCSTI française en 1979 (la Casemate) ou encore de la première labélisation d’un théâtre « Arts et Sciences » en 2014 (le Théâtre de l’Hexagone Scène Nationale Arts Sciences).

La science s’affiche partout dans l’espace public Grenoblois sous une forme ou une autre. Sa présence la plus populaire est la célèbre tour de béton du parc Mistral. Mais l’allusion scientifique s’invite parfois subtilement, sans que beaucoup ne le sachent. Lors de votre entrée à Grenoble, si vous sortez de l’autoroute par la RN481, d’abord votre voyage croisera évidemment celle de l’extraction de béton de l’entreprise Vicat avec une petite navette qui s’envole vers la montagne. Mais un peu plus loin, si vous détachez votre attention des montagnes, un bâtiment attirera votre œil. Il s’agit du centre de formation aux métiers de l’hydraulique d’EDF. Construit en 2017, des étudiants peuvent y apprendre à manipuler turbines et vannes. Mais votre attention sera captée par un détail architectural qui respire la science : une illusion d’optique.

Cette dernière vous donne l’impression lorsque vous passez devant le bâtiment, que les lignes horizontales de ce bâtiment ne sont pas parallèles entre elles. Pourtant elles le sont, et les étudiants marchent bien sur un sol plat à chaque étage ! C’est l’effet de bordure dû à l’alignement des carreaux noirs et blancs qui donne cet effet de distorsion. Ce leurre a été décrit pour la première fois en 1890 en Grande-Bretagne, suite à son observation sur le mur recouvert de carreaux de faïence noirs et blancs d’un café de la ville de Bristol : On l’appelle pour cela l’illusion du mur de café.

Photo d'un dispositif du Palais de la Découverte à Paris, illustrant l'illusion du mur de café lors de l'exposition "Illusions" en 2018/2019.

Les illusions d’optiques servent souvent les architectes et les artistes plasticiens. Mais elles sont avant tout un outil précieux des scientifiques. En effet elles constituent un moyen d’étude formidable du cerveau humain, et les neuroscientifiques ont beaucoup étudié ses illusions pour tenter de comprendre le fonctionnement de notre perception visuelle. Grenoble est-elle une ville de neuroscientifiques. Evidemment ! Le GIN (Grenoble Institute des neurosciences) ainsi que LPNC (Laboratoire de Psychologie et de NeuroCognition) ou encore le GIPSA-lab, conduisent des recherches diverses sur la compréhension du cerveau et de la cognition humaine.

L’utilisation de cette illusion en architecture n’est pas nouvelle, elle est d’ailleurs exploitée de façon beaucoup plus impressionnante sur un bâtiment bien connu de Melbourne en Australie. À Grenoble cependant l’illusion est subtile. Peut-être même n’est-elle pas voulue ? Et pourtant, l’œil s’y cogne bien malgré lui. Cette illusion d’optique attire inconsciemment l’œil sur un lieu de formation pour les futurs techniciens, ingénieurs et chercheurs en énergie hydrauliques Grenoblois. L’époque de la houille blanche se mêle alors aujourd’hui, consciemment ou non sous les yeux des automobilistes, à celle des neurosciences.



Cette article a été écrit dans le cadre d'un devoir à rendre au CNAM pour ma formation en médiation culturelle des sciences....