Grenoble : la ville durable en question

Publié par David Gabriel, le 30 juin 2016   2.7k

Xl alimenta.hackpad.com sozmj9o3mvg p.542009 1454940864591 img 4232
Ci-dessous une première lecture critique des propositions concernant la ville durable dans la nouvelle politique urbaine de Grenoble énoncée dans le Plan d'Aménagement et de développement durable (PADD). L'objectif de ce premier texte est de susciter un débat : n'hésitez pas à formuler d'autres critiques du document ou d'autres propositions en envoyant un émail à : asso.planning(a)gresille.org

Le troisième volet du PADD porte sur l'écologie urbaine. Sans aucun doute, c'est la partie qui reflète le mieux le changement de cap de la politique urbaine souhaité par la municipalité de gauche, écologiste et citoyenne. Les concepts sont souvent tirés de l'agenda international post-COP21 : Grenoble doit « devenir une ville résiliente c'est à dire une ville capable de se transformer et de continuer à proposer du bien vivre indépendamment des chocs auxquels elle pourrait être confrontée demain ». Ce dernier volet est divisé en deux grandes parties : « construire une ville robuste et résiliente » et « encourager une mobilité plus douce et plus respectueuse de l'environnement ».

Une ville durable en question

Qu'est ce qu'une ville « robuste » et « résiliente » ? Le texte introductif le définit comme un territoire qui mobilise « tous les acteurs qui font la ville » dans le domaine de l'énergie, de l'environnement, de la prise en compte des risques et dans la production agricole. Ces objectifs correspondent au « Plan Air-Energie-Climat territorial » adopté par la Métropole en décembre 2014 : 40% de baisse de consommation d'énergie d'ici 2030 et augmentation de 30% de la production d'énergie renouvelable. Si la résilience nous paraît être un concept central, on reste un peu sceptique sur la « ville robuste »...Tous les leviers de la transition énergétique sont mobilisés pour répondre au premier objectif : bâtir « un territoire à énergie positive ». Il s'agit d'accélérer le développement de production d'énergie renouvelable, valoriser le réseau de chaleur urbain, intensifier les efforts de réhabilitation thermique en mettant l'accent sur le parc 1945-1975, construire des bâtiments économes en énergie, encourager une conception bioclimatique, encourager l'utilisation de matériaux de construction à faible énergie grise et valoriser les réseaux d'énergie optimisant les consommations (smart grids).

A Grenoble, la transition est en marche mais la nouvelle politique urbaine ne doit pas se confondre avec le paradigme de la « Smart City » promue par les multinationales. En effet, le PADD devrait énoncer très clairement que ce sont les citoyens qui sont au cœur de cette transition, en garantissant des services urbains publics, en facilitant leur regroupement en coopératives de production d’énergie ou de réhabilitation...etc Si les entreprises ont certainement un rôle à jouer, il faut à tout prix éviter que ville durable soit le nouveau marché des multinationales. C'est pourquoi nous remettons en cause l'idée des « quartiers démonstrateurs », que ce soit à la Presqu'île ou à Flaubert, qui privatisent certains services urbains et participent à la création d'une ville à deux vitesses. Terminons par une charge contre les « smart grids » vendus par les multinationales du secteur (bien implantées à Grenoble !). La vigilance doit être maximale : la fronde actuelle contre les compteurs Linky nous le rappelle. Il est de la responsabilité des institutions publiques d'avoir des garanties sur l'impact sur la santé, le contrôle citoyen des données, le caractère libre des logiciels, l'absence d'algorithmes et les possibilités de refus ou de non-individualisation des compteurs.

Pour bâtir une ville résiliente, le document affirme vouloir « adapter la ville aux effets du changement climatique » et « réduire l'impact de l'urbanisation sur l'environnement et protéger la biodiversité ». Nous sommes favorables à toutes ces propositions mais le document pourrait insister un peu plus sur l'importance des arbres (voir Open Tree Map). Il en est de même sur la place des animaux et des autres espèces en milieu urbain. Concernant l'enjeu de la prise en compte des risques natures et technologiques dans le développement de la ville », il faut certes actualiser notre connaissance des sites et sols pollués. Comme nous l'avons déjà évoqué, il s'agit également d'envisager la transformation des industries polluantes notamment dans le secteur de la chimie pour en finir définitivement avec la période paléotechnique.

Pour clore ce volet, nous sommes favorables à l'objectif de « développer la production agricole en milieu urbain et favoriser les circuits courts ». Il est effectivement primordial de limiter l'étalement urbain, de développer l'agriculture et l'apiculture urbaines et de renforcer le rôle du Marché d'Intérêt National. Cependant, si l'objectif de développer la viticulture biologique sur les pentes de la bastille nous semble anecdotique, nous nous étonnons que ne soit pas inscrit clairement le soutien aux marchés locaux, aux AMAP et autres formes de distribution de produits locaux qui se développent dans l'espace public.

Consulter le document de la ville (PADD) : http://www.calameo.com/read/004190376e7d7feb44a10


Critique des autres axes du document : http://assoplanning.org/?q=node/95