iSketchnote : de l'encre au pixel

Publié par Laurent Chicoineau, le 16 septembre 2013   1.3k

Xl couv isketchnote

A l’occasion du lancement de leur 1ère campagne de financement participatif pour le projet « iSketchnote » sur Kickstarter, Jean-Luc Vallejo, cofondateur de la start-up grenobloise ISKN, revient sur une aventure créative et technologique.

Laurent Chicoineau : Vous démarrez cette semaine une campagne de financement participatif sur le site américain Kickstarter pour développer un projet de couverture d’iPad baptisé iSketchnote. De quoi s’agit-il concrètement ?

Jean-Luc Vallejo [ndlr : voir son profil Twitter] : iSketchnote est plus qu’une simple couverture d’iPad, c’est un système révolutionnaire qui combine l’expérience naturelle de l’écriture sur papier à la puissance du numérique. En clair, vous écrivez ou vous dessinez comme d’habitude avec des stylos sur du papier – n’importe quel type de papier – et notre système numérise en temps réel votre production.

Vous pouvez ainsi retrouver vos écrits et dessins sur iPad. C’est intéressant parce que cela permet d’allier le plaisir de l’écriture ou du dessin avec les services du numérique : stockage, archivage, post-traitement, partage sur les réseaux sociaux, etc. Pour l’utilisateur, cela marche tout seul. Pas besoin de mode d’emploi volumineux ou de passer plusieurs heures à apprivoiser la technologie, nous avons travaillé pour faire en sorte que la technologie s’adapte à l’humain et non l’inverse !

L.C. : Cela me fait penser au célèbre scientifique et écrivain américain Arthur C. Clarke qui pensait que « la phase ultime de la technologie, c’est la magie ». Mais revenons sur terre, à Grenoble. Vous êtes jusqu’à la fin du mois de septembre le chef du Service Pour l’Innovation technologique Centrée Expérience utilisateurs (SPICE) au CEA Leti. Avez-vous développé ce projet pendant votre temps libre ou est-ce une commande de votre patron ?

J.-L. V. : Ni l’un ni l’autre ! En fait, toute cette histoire a démarré il y a environ trois ans, à l’occasion d’un projet interne au labo. Avec Timothée Jobert, spécialiste de l’usage, nous avons commencé à réfléchir sur comment interagir avec le monde numérique en faisant le moins d’effort possible avec des objets de notre quotidien. Nous avons eu très tôt l’idée d’une bague aimantée, qui serait localisée par une matrice de magnétomètres (1). Nous avons eu alors la chance d’accueillir dans l’équipe un jeune ingénieur ENSEIRB, Tristan Hautson, pour son diplôme de recherche technologique au sein de Grenoble INP.

Un environnement privilégié pour l'innovation

Puis tout est allé très vite ! Nous avons déposé les brevets, et aujourd’hui le CEA et Grenoble Ecole de Mangement nous accompagnent dans la création de notre entreprise, ISKN. Il faut dire qu’il existe seulement deux technologies dans le monde qui permettent de numériser la trace manuscrite sur papier, l’une est chinoise et l’autre, suédoise. Nous en proposons une troisième, radicalement différente. De notre coté nous ne chargeons pas un stylo d’électronique, nous fonctionnalisons le support. C’est-à-dire que nous mettons une carte électronique bardée de capteurs sous votre votre support d’écriture pour localiser avec une très grande précision les déplacements de votre stylo sur le bloc note.

Toute dernière version de la carte électronique de l'iSketchnote

L.C. : Qu’est-ce que le fait d’être à Grenoble a apporté à votre démarche ?

J.-L. V. : Il est clair que l’environnement de la presqu’ile scientifique a été porteur. Par exemple, le fait que notre labo soit à côté de la résidence de l’ENSCI (2) nous a permis d’être en contact avec Christophe Chedal-Anglay, le designer responsable de cette résidence, et de l’associer à notre projet. Nous avons pu aussi faire un premier test en grandeur réelle de iSketchnote lors du salon EXPERIMENTA en 2012 et constater l’enthousiasme du public. Et surtout nous bénéficions de l’ensemble des compétences, des moyens, du réseau du CEA-Leti de Grenoble Ecole de Management (dont Clément Rosset et moi-même sommes issus)

L.C. : Alors pourquoi présenter votre innovation sur un site américain de crowdfunding et pas un site français comme KissKissBankBank par exemple ?

J.-L. V. : La communauté sur laquelle nous avons bâti notre offre, les sketchnoters (3), est pour l’essentiel Nord Américaine même si la tendance du sketchnote arrive en Europe. Kickstarter apparaît la plus importante vitrine de l’innovation sur le web aujourd’hui. Chaque jour, des entreprises high-tech et des investisseurs vont « faire leur marché » sur ce site. C’est donc d’après nous le meilleur moyen de nous donner une visibilité vis-à-vis d’acteurs industriels. Nous espérons récolter 35.000 dollars (env. 25 000 €), ce qui nous permettrait de lancer la fabrication d’une première série sans avance de trésorerie [ndlr : le 11 septembre à 11h30, soit le lendemain de la publication de la campagne, l'équipe avait déjà récolté 55 000 dollars. Pour suivre la campagne et y contribuer, cliquez sur le widget ci-dessous].

Mais nous n’oublions pas pour autant le marché national et européen. D’ailleurs, nous sommes en discussion avec un grand groupe Français de l’écriture, très intéressé par notre technologie qui s’avère en phase avec leurs compétences métiers et savoir-faire et qui répond à un de leur axe stratégique la numérisation de la trace manuscrite avec de simples stylos dénués d’électronique. A suivre !

>> Soutenir le projet : pour en savoir plus sur le projet iSketchnote et contribuer au financement de la première série de produits, rendez-vous sur Kickstarter

>> Notes :

  1. Les magnétomètres sont des capteurs qui détectent les aimants
  2. ENSCI : Ecole nationale supérieure de création industrielle
  3. De l'anglais "sketch" (croquis, esquisse, ébauche) et "note" (pense-bête, note). Les "sketchnoters" sont les personnes qui prennent des notes en dessinant. Pour voir des exemples, visitez le blog "Sketchnote Army" ou le groupe Flickr dédié

>> Illustrations : ISKN, CEA-Leti