Journal n°2 : Grenoble INP - Ense3, UGA à la COP27

Publié par Grenoble INP - Ense3 , UGA, le 14 avril 2023   760

Ce journal est le deuxième d'une série de 6 journaux écrits par 8 étudiants et étudiantes de Grenoble INP - Ense3 lors de leur expérience à la COP27 en novembre dernier. Ces journaux reflètent donc leur expérience mais aussi leur savoir et leurs idées.

La Women and Gender Constituency

Environnement et question de genre

Le changement climatique impacte toutes les populations, de manière différenciée. Les peuples autochtones n’ont pas causé la crise climatique pourtant c’est eux qui subissent ses conséquences le plus violemment. Les communautés africaines sont particulièrement affectées par le changement climatique. En effet, ces communautés sont très touchées par les crises financières, la pauvreté persistante, le changement climatique, le patriarcat et les inégalités en général. Les femmes faisant partie de ces groupes se retrouvent dans une intersection de vulnérabilités ; elles sont donc d’autant plus directement impactées par tous ces facteurs.

Elles effectuent un travail exceptionnel pour protéger leur environnement en mettant, entre autres, en place des solutions locales efficaces. Il est donc essentiel de “favoriser leur engagement dans les délégations nationales et les processus politiques mondiaux” (Tiré des revendications de la WGC, disponible plus loin dans l’article.)

Aujourd’hui des groupes existent pour que leurs voix soient entendues ici à la COP. Dans cet article nous allons vous présenter un de ces groupes à la lumière de l’interview d’une des 8 femmes qui dirigent la WGC (Women and Gender Constituency). Lisez cet article jusqu’au bout pour en découvrir un peu plus !

La place de la société civile dans la COP

La COP c’est des négociations, des présentations, des personnalités politiques, des acteurs locaux, des ONG, des scientifiques, des jeunes et toutes sortes de représentant·es des parties civiles.
Les négociations sont préparées tout au long de l’année mais c’est le moment où tout se signe, où les gouvernements du monde signent des traités, prennent des engagements et discutent ensemble. La force de cet évènement, qui rassemble plus de 40 000 personnes, c’est la société civile. Elle applique une certaine pression sur les Parties, et rappelle des vérités scientifiques et sociales pas toujours considérées. C’est dans cette optique que la WGC aborde l’événement, même si les COP ne manquent pas de défauts et leur efficacité est clairement critiquable.

La WGC dans la CCNUCC

La CCNUCC (Convention-Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique, ou UNFCCC en anglais) est l’organisme qui organise la COP. Il existe 9 constituantes non gouvernementales au sein de la CCNUCC, elles représentent différents secteurs de la société civile. YONGO pour la jeunesse, RINGO pour les scientifiques et les chercheurs et chercheuses, BINGO pour les businessmen et les businesswomen, WGC pour la consituante autour des sujet du genre et des femmes, etc.

La WGC est l’un de ces 9 groupes, elle a pour but de coordonner les prises de décisions et les processus reliant le changement climatique et les questions autour du genre et des femmes. Ce groupe, formé en 2009, est constitué de 39 organisations à travers le monde mais des centaines d’organisations soutiennent leur plaidoyer qui met en avant une justice climatique en passant par les justices environnementales et féministes.

Les revendications

La COP 27 est organisée en Afrique, la WGC a donc décidé de mettre à l’honneur les femmes et filles féministes africaines. Ensemble, elles ont rédigé 27 revendications précises pour la COP27.

Elles exigent que les leaders mondiaux prennent conscience que le monde est drastiquement en train de changer et qu’ils prennent leurs responsabilités. En 26 COP il n’y a eu que de petites avancées, il y a toujours trop d’hommes dans les organes de décision et les femmes ne sont pas correctement représentées.
Une des exigences centrale de la constituante est la compensation financière que doivent apporter les pays du Nord global au pays d’Afrique. En effet l’Afrique a contribué pour moins de 4% des émissions globales de gaz à effet de serre pourtant des millions d’Africain·es ont été déplacé·es à cause du changement climatique. Cette compensation ne serait pas une faveur, ce serait simplement juste. De plus, elles ne veulent pas de prêts mais des subventions. C’est nous, les pays du Nord qui avons une dette envers les pays Africains, nous avons, en partie, construit nos richesses sur les ressources présentes en Afrique, et ce continent continue de payer les conséquences du colonialisme.

Si vous souhaitez en savoir plus, vous pouvez trouver ces revendications en français et en anglais à ces adresses :
English version : WGC_KeyDemandsCOP27_Final.pdf (womengenderclimate.org)
Version française : WGC_KeyDemandsCOP27_FR.pdf (womengenderclimate.org)

En savoir un peu plus sur Zukiswa White

Pourquoi s’est elle engagée ?

Malgré de nombreux soulèvements de population depuis les années 60, l’Afrique se trouve encore au bout de la chaîne alimentaire, sous influence économique, politique et sociale. La recherche d’indépendance en Afrique du Sud a permis d’obtenir le droit de vote pour les femmes. Aujourd’hui la discrimination n’est plus legislative, mais l’accès aux ressources et aux terres n’a pas été aquis à ce moment là et ne l’est toujours pas aujourd’hui.

Zukiswa WHITE, une activiste d’une trentaine d’années, s’est jointe à cette cause, elle est convaincue que l’Afrique a lutté pour sortir du colonialisme et qu’elle lutte aujourd’hui pour sortir du néo-colonialisme. En effet, la politique y est influencée par des pays du Nord.
Ceux-ci contrôlent toujours de nombreuses facettes de la vie des africain·es (logement, alimentation, élections, terres, économie). Zukiswa ne pouvait pas supporter que tous les 10 ans on se dise : “[C’est le moment pour l’Afrique]”, mais que rien ne se passe vraiment. A 19 ans, elle s’est rendue compte que, à part le fait qu’elle puisse voter, elle n’avait pas une vie vraiment différente de celle de sa grand-mère.

Elle ajoute aussi que sur le papier nous (les noir·es et les blancs et blanches) sommes toutes et tous égauxa et égales, pourtant en réalité les noir·es font toujours face à un racisme structurel et institutionnel indescriptible et à une énorme pauvreté. Elle a donc voulu contribuer à changer ce système ! Elle a été activiste pendant plus d’une décennie à l’échelle locale et des communautés dans son pays : l’Afrique du Sud ; maintenant elle passe à une vision internationale du problème. Elle s’est rendu compte que ce qui faisait souffrir l’Afrique et l’ensemble du Sud global, est le même mécanisme que celui qui met littéralement le monde en feu. De même elle appuie que la suprématie blanche et la mentalité “[prendre prendre prendre]” (extractivisme) en général, induit de la pauvreté.

Pour Zukiswa ça n’a pas de sens d’avoir des milliardaires alors que d’autres ont faim et n’ont ni d’accès à l’eau potable ni à un logement. Tous les ans, Ford publie un classement des 100 personnes les plus riches du monde comme si c’était normal, comme si c’était “ok”. Quand
Elon MUSK a les moyens de payer 134 Milliards de dollars pour acheter une application, juste parce qu’il le peut, ailleurs dans le monde certain·es n’arrivent pas à subvenir à leurs besoins
primaires. Cet exemple montre à quel point ce système est brutal. D’après elle, on a vite oublié à quel point nos systèmes ont déjà été violents.

Mais rien n’est écrit dans le marbre. A l’époque, la population n’imaginait pas que l’esclavage puisse être aboli. Personne n’imaginait non plus que la royauté soit un jour dépassée. Il en va de même avec le colonialisme. On peut alors faire le parallèle avec l’égalité des genres et le changement climatique. Elle affirme que nous sommes capables de faire changer le système au lieu du climat !

Zukiswa fait le lien entre la domination des hommes sur les autres genres et la domination des hommes sur les écosystèmes.

I got into social justice because of other frustrations with how Africans were largely not in control of their own countries and continent and therefore our own faith and destiny ultimately. and now I want to be part of the many other people and organisations and movements, I’m really fighting against the effect of colonisation as well as neo colonialism. And that opened me up to bringstruggles of justice including gender, queer right and struggle [...], including thinking differently about environment and climate change

Zukiswa nous résume sa pensée

Que fait-elle au sein de la WGC ?

Comme pour nous, c’est sa première COP. Elle a rejoint le WGC parce que des ami·es activistes à elle montaient un agenda africain de revendications féministes pour le changement climatique. Elle a donc candidaté à la WGC, grâce à ça maintenant elle est connectée à d’incroyables femmes du monde entier.

La WGC a huit coordinatrices principales. Zukiswa White est l’une d’entre elles, la seule qui y travaille à temps plein. Sa mission est donc de coordonner la réponse mondiale au changement climatique et pour les justices environnementales et féministes.

Ce qu’elle pense de la COP

Attention ! Zukiswa a bien précisé que l’avis présenté ci-après est son avis personnel, et non pas celui de la WGC ni de la CCNUCC. Pour elle, la COP est devenue un lieu dédié au bavardage, un endroit où on prétend se soucier. Pour elle, les Parties ne se soucient pas autant des thématiques de la COP qu’elles le prétendent. On y perd beaucoup de temps et il y a beaucoup d’aberrations. Celles et ceux qui viennent, repartent plus désespérés qu’ils arrivent. Et pourtant, les civiles jouent un rôle crucial dans la COP. Si les organisations de la société civile n’étaient pas là, et qu’on laissait les gouvernements seuls, nous n’aurions pas parcouru la moitié du chemin que nous avons parcouru.
Son message percutant

Feminist across the world really are serious that we want system change andwe are fighting this hard because we are seeing a real opportunity in this globalstruggle to realise not only a future but a different future where social economicand gender and environmental justice are intertwine to ensure that human beinglives the way he’ve always been design to live. Not hungry, not housing insecure,not oppressed on the bases of tribes, gender, race but living and thriving andsystem change not climate change that is the code, we want system change notclimate change !

Zukiswa

Fantin AUVERGNE et Léa LORA-RUNCO

Les négociations à la COP 27: déroulement et enjeux


Définition des types de négociations :


Organisation de la salle et manque cruel de place

Les deux premières rangées de chaises sont réservées aux Parties et à leurs conseillers et conseillères. Et les petites tables aux différentes constituantes d’observateurs et d'observatrices. Si l’on n'est pas derrière un “gros” pays avec une grosse délégation et qui pourrait avoir des informations sensibles, on peut être autorisé à s’asseoir sur la deuxième rangée.

Ici à la COP 27, il y a un manque critique de chaises. Même les Parties peinent à trouver des places alors que certaines salles de négociations sont gigantesques et pourraient facilement contenir une autre rangée de chaises. Cela pose un vrai problème, car les observateurs et observatrices se voient souvent refuser l’accès aux négociations et sont relégué·es dans des salles où les négociations sont retransmises avec une qualité audio médiocre et amputée d’une partie des phrases prononcées. La présence des observateur·rices DANS les salles est essentielle pour pouvoir entendre ce qui se dit tout bas et donc avoir un vrai regard sur les discussions (nous reviendrons là dessus dans un autre article).

Déroulement des négociations

Les négociateurs et négociatrices arrivent petit à petit et récupèrent l’écriteau avec le nom du pays qu’ils représentent. Parfois une Partie va prendre plusieurs écriteaux pour s’assurer d’être à côté de ses partenaires (d’où l’intérêt d’avoir des observateur·rices présent·es pour savoir ce qu’il se passe hors champ et hors micros).

Quand la séance est lancée, les pays ayant réservé au préalable du temps de parole sont invités à s’exprimer. Si un·e délégué·e souhaite prendre la parole, il ou elle place son écriteau à la verticale pour le faire savoir. Chaque pays arrive avec ses positions déterminées. Les négociateur·rices ont des mandats, c’est-à-dire qu’ils sont autorisés à négocier seulement sur ce qui a été discuté auparavant avec leur délégation. Si jamais les négociations sortent des limites de ce qui a été décidé dans les délégations, ils ne sont plus habilités à parler au nom de leur délégation, ils sortiraient de leur mandat. Il faut alors interrompre les négociations pour re-discuter les positions (en général dans une réunion informelle).

Les groupes comme l’Union Européenne, l’Afrique ou le G77 se retrouvent bien en amont de la COP pour se mettre d’accord, ils vont aussi se retrouver avant et après chaque négociation pour faire le point. Chacun des pays de ces groupes arrivent avec leurs propres positions ce qui peut ralentir les accords.


En cas de désaccord

En cas de désaccord, cela multiplie le nombre d’acteurs et d'actrices. En effet, les pays doivent être représentés indépendamment au lieu d’être regroupés. Cela entraîne parfois la suspension de la séance. C’est là que la co-facilitation est essentielle car elle peut aider à débloquer les situations. Mais encore une fois, si cette solution sort du mandat, il faut interrompre la négociation. En revanche, il y a un nombre de créneaux de négociations alloués par sujet.

Exceptionnellement si les négociations avancent mais ne sont pas abouties, des créneaux supplémentaires peuvent être redistribués. Très souvent, l’UNFCCC trouve que cela n’en vaut pas la peine, les négociations piétinent et donc on se met d’accord pour reprendre les négociations à la prochaine session (COP ou inter session pour préparer la COP).

Profil des négociateur·rices et influence géopolitique

Chaque pays fait des choix, et les profils sont très variables même si on retrouve beaucoup d’employé·es de ministères. Pour les petits pays, il faut prioriser certaines négociations en y allouant plus de négociateur·rices aux dépends d’autres sujets. Certaines ONG et certains pays fournissent de l’aide et des formations pour les négociateur·rices. De plus, le secrétariat finance 2 personnes par pays en voie de développement pour assurer que tous les pays aient des négociateur·rices. La personnalité de ces personnes joue presque autant que leurs compétences. Un petit pays peut très bien se rendre incontournable tandis qu’un gros pays peut complètement s’effacer à cause de sa délégation. Il est indispensable de parler très bien anglais et de faire l’effort d’être compréhensible, sinon le pays est assuré d’être écarté des négociations.

Chaque pays (y compris l’UE qui a sa délégation à part entière) dispose d’une voix indépendamment de leur influence géopolitique. En revanche on écoutera beaucoup une délégation comme la France ou l’UE que celle de plus petits pays car elles disposent de plus gros moyens de pression. Les pays arrivent avec leurs positions mais aussi avec une vraie stratégie.

Ils savent qui seront présents et quels leviers actionner pour freiner les négociations ou les faire avancer dans le sens voulu. Ils peuvent par exemple ne pas se rendre disponible pour des inf inf (ou inf inf inf) qui feraient avancer les discussions. Les tensions géopolitiques peuvent se faire ressentir dans les négociations car un pays ou groupe de pays peut décider de ralentir les négociations juste parce que les idées sont proposées par un pays avec qui il est en conflit. Il faut noter qu’il y a un changement de présidence à la moitié de la COP. L’UNFCCC laisse la présidence à l’Egypte. Bien que son pouvoir soit limité car il y a 196 autres pays pour faire pression, elle peut tout de même prioriser certains sujets et c’est elle qui choisit les co-facilitateur·rices. On peut donc s’attendre à un changement de rythme dans les négociations.

Emilie GERARD


FAUOK (Article in English)

The COP is the world’s largest meeting on climate change, but it is also a very important space for encountering and representing cultures. In the midst of this space of concentration of people, we can observe various cultural demonstrations through clothing and accessories, and we had the opportunity to hear a little bit about fau, a headpiece typical from Samoa. Kalita Homasi, from Tuvalu, emphasized its importance: “it is how people recognize the fau in my head, how people know we are Tuvalu, we are very tiny, we are very small”.

Much is said about COP27 being the COP of loss and damage, which has never before been the center of climate change negotiations. In the midst of so many losses, the delegation of Tuvalu came to the COP with the hope of pursuing their dream and saving Tuvalu through the loss and damage plan.

During a Sharing Experiences event about loss and damage from a small island point of view, it became clear that the local population is not going to turn back and that they are very clear about what they want. It is a very important topic and it cannot be left aside. The headpieces do not go unnoticed, just as the Tuvaluans struggle cannot go unnoticed.

Manoela PEREIRA MACHADO