L’air de l’agglo sous surveillance

Publié par Marion Sabourdy, le 5 juin 2012   1.8k

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Travaux de recherche en épidémiologie environnementale, réflexion autour de la mise en place d’une zone excluant les véhicules polluants… L’agglomération s’active autour de la qualité de l’air.

Vous avez sûrement remarqué les panneaux installés sur la rocade et indiquant l’état de l’air à Grenoble. Comme plusieurs autres zones françaises, l’agglomération ne respecte pas les valeurs limites de certains polluants (1) dans l’air, fixées par les directives européennes. Une telle situation peut provoquer inconfort et maladies respiratoires comme de l’asthme voire, à terme des pathologies cardiovasculaires et des cancers. A l’Institut Albert Bonniot de Grenoble, Rémy Slama, chercheur en épidémiologie et directeur de l’équipe « Epidémiologie environnementale appliquée à la reproduction et la santé respiratoire » (Inserm / Université Joseph-Fourier), revient pour nous sur les dangers de la pollution atmosphérique et sur ses travaux.

Qu’est-ce que « l’épidémiologie environnementale » ?

L’épidémiologie consiste en des études à l’échelle des populations dans une perspective de compréhension et d’amélioration de la santé publique. Les épidémiologistes décrivent la fréquence de certaines pathologies afin de comprendre leurs déterminants. Mon équipe se focalise sur les déterminants environnementaux, plutôt discrets mais qui ont de grandes répercussions sur la reproduction et la santé respiratoire des enfants et des adultes. Une des questions qui nous intéressent, c’est la composante environnementale que la femme et son bébé subissent pendant la grossesse.

Comment procédez-vous au suivi ?

Nous mettons en place des études sur des cohortes, c’est-à-dire un grand nombre de personnes. Nous suivons au quotidien la santé respiratoire des sujets adultes, notamment les femmes enceintes et nous nous intéressons également au poids de naissance des bébés. Nos premiers résultats tentent à montrer que l’exposition aux polluants atmosphériques ralentit la croissance du fœtus.

Les cohortes sont assez longues à mettre en œuvre et beaucoup de questions auxquelles nous nous intéressons sont plutôt jeunes car liées à des formes de pollution récentes. Nous procédons à des études dans la France entière (cohorte Eden) mais aussi localement (étude EGEA (2)). Actuellement, nous mettons en place une cohorte de femmes enceintes dans le cadre du projet SEPAGES (3).

Que vous apporterait la mise en place d’une ZAPA à Grenoble (voir texte ci-dessous) ?

Il y a un problème de pollution atmosphérique dans la région, à Grenoble comme à Lyon, où les seuils de pollution sont dépassés régulièrement. Nous souhaiterions quantifier l’impact de la pollution atmosphérique sur la santé dans l’agglomération grenobloise. Une précédente étude avait mis en évidence le lien entre cette pollution et le décès de 100 à 200 personnes par an dans les 40 communes des environs de Grenoble. Nous cherchons à affiner et actualiser ces estimations. Si la ZAPA est mise en place, l’Observatoire de l’air Rhône-Alpes suivra l’évolution de la pollution et nous tenterons de repérer si la baisse se traduit par un bénéfice en termes de santé.

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ZAPA… Quézako ?

La ZAPA est une « Zone d’actions prioritaires pour l’air ». Il s’agit d’un dispositif proposé par l’Europe et l’Etat auprès des collectivités territoriales pour réduire la pollution atmosphérique en ville. « A Grenoble, l’actuelle étude de faisabilité concerne une zone de l’agglomération dans laquelle les véhicules les plus polluants seraient interdits de circulation » précise Hélène Poimboeuf, chef de projet environnement à la Direction de l'Environnement, des Espaces naturels et du Climat à Grenoble-Alpes-Métropole. En clair, les véhicules dont la date de première immatriculation est antérieure à une certaine date ne pourraient plus pénétrer dans une zone bien précise. Les dates d’immatriculation et le périmètre ne sont pas encore définis, même si le centre ville, la Presqu’île et le campus sont pressentis. L’idée, d’ici 2015, serait de réduire le nombre de grenoblois exposés à une pollution de l’air dépassant les normes européennes (de 12 000 personnes si rien n’est tenté à 1000 si on conjugue ZAPA et Plan de protection de l’atmosphère).

Après une enquête qui a montré que 59% des 960 personnes sondées étaient plutôt favorables à la mise en place d’une ZAPA, « nous commençons à travailler sur les mesures d’accompagnement, pour les particuliers et les professionnels, qui pourraient être proposées par l’agence de mobilité grenobloise nouvellement ouverte, StationMobile ». Comme exemples possibles d’accompagnement : un accompagnement individualisé des personnes qui se trouveraient en difficulté avec la mise en place d’une ZAPA, une tarification sociale étendue à la location des vélos et à l'auto-partage, des subventions pour l’achat d’un vélo électrique, un système d’auto-partage, l’amélioration de l’attractivité des parkings relais, l’installation de panneaux indiquant l’état de l’air dans le centre-ville, des bornes d’information voyageurs sur les temps d’attente des bus…

Dans le cadre de l’actuelle élaboration d’un futur Plan de déplacements urbains (PDU), l’éventuelle ZAPA, prévue pour trois ans, permettrait de jeter les bases d’une nouvelle définition du centre ville. Rendez-vous en décembre 2012 pour savoir si ZAPA il y aura !

 

>> Notes :

  1. Notamment les PM10 (particules en suspension dans l’air dont le diamètre est inférieur à 10 micromètres) et le NO2 (dioxyde d’azote) dans l’atmosphère
  2. Etude épidémiologique des facteurs Génétiques et Environnementaux de l'Asthme
  3. « Suivi de l'Exposition à la Pollution Atmosphérique durant la Grossesse et Effet sur la Santé ». Les femmes conviées à cette étude le sont à la fin de leur premier trimestre de grossesse. On leur demande de porter un GPS et un capteur de pollution et de procéder à des prélèvements urinaires réguliers pour quantifier leur exposition aux polluants chimiques

>> Pour aller plus loin
La ville de Grenoble dans l’Observatoire de l’air Rhône-Alpes 
Le Plan climat de la Métro

>> Illustrations : mouton.rebelle, Rémy Slama, Sudarsan Tamang (Flickr, licence CC)