La Génétique dans Bienvenue à Gattaca, Utopie ou dystopie :
Publié par Aëlik Hubert, le 30 mars 2026
Imaginer un monde dans lequel on pourrait choisir la génétique des enfants. On pourrait les rendre plus beaux, exempts de tout handicap ou de toute maladie génétique, telle que la mucoviscidose. C’est ce que propose le film Bienvenue à Gattaca d’Andrew Niccol. Dans ce film, les avancées scientifiques dans le domaine de la génétique permettent aux parents de choisir les caractéristiques qu’ils souhaitent pour leurs enfants. Ils peuvent choisir la couleur de leurs yeux, de leurs cheveux. Plus important encore le médecin peut supprimer toute prédisposition aux maladies génétiques jusqu’à enlever le besoin d’avoir des lunettes ou d’avoir de l’asthme.
Tout d’abord, on va voir s’il est possible, dans notre monde, de faire cela. Il est déjà possible de savoir grâce à la génétique si un embryon est atteint des maladies génétiques les plus courantes. Cela est permis par le diagnostic préimplantatoire dans le cadre de la procréation médicalement assistée. Dans cette technique, on prélève des ovocytes chez la femme et des spermatozoïdes chez l’homme et on les féconde en laboratoire. Puis les embryons se développent pendant quelques jours afin d’obtenir une division des cellules. On prélève alors des cellules pour analyser leur génome.
Il existe plusieurs techniques d’analyse. La PCR est la moins coûteuse : cela consiste à multiplier de petits morceaux de l’ADN en sélectionnant des zones présentant de potentielles maladies génétiques familiales. En les multipliant, on peut voir si les embryons sont atteints de la maladie ou non grâce à une analyse.
La plus coûteuse et celle utilisée dans le film, est l’analyse complète du génome. Dans cette technique, tout l’ADN est coupé en petits morceaux puis multiplié par PCR. Cela permet d’obtenir une cartographie complète du génome, qui sera ensuite analysée avec des ordinateurs pour détecter les anomalies. Cette technique nécessite du matériel de pointe et n’est pas du tout accessible à tout le monde vu son coût.
Cependant il est interdit de choisir des critères qui n’impactent pas la santé de l’enfant comme la taille ou le sexe. Tout ceci est retranscrit dans l’article 13 de la Convention sur les droits de l’Homme et la biomédecine. Ce texte explique qu’il est interdit de modifier un embryon pour améliorer l’humain. Le code de la santé publique explique que le diagnostic préimplantatoire qui permet de sélectionner des embryons est seulement autoriser lorsqu’il y a suspicion d’une maladie grave mais en aucun cas pour de la sélection d’individus.
Pourquoi tout cela est-il interdit ? La question est intéressante, car on pourrait penser qu’un monde sans lunettes, sans maladies génétiques, serait bénéfique pour la société. Pas vraiment. Tout d’abord, tous les humains ne seraient pas sélectionnés, ce qui, comme le montre le film, entraînerait de fortes discriminations envers les personnes « non améliorées ». En effet, dans le film, il est interdit aux personnes naturelles d’accéder à des emplois.
Cela conduirait également à ce que l’on appelle l’eugénisme : le fait de sélectionner certains critères génétiques jugés supérieurs et d’éliminer ceux considérés comme inférieurs.
Enfin, cela entraînerait une perte de la diversité des individus. Or, elle est essentielle pour préserver l’espèce. Il est important de comprendre que souvent un gène a plusieurs effets à la fois. Ils peuvent êtres bénéfiques et négatifs: ce sont les gènes pléiotropes : Par exemple, le gène de la drépanocytose. Lorsqu’un enfant reçoit ce gène de ses deux parents, il développe la maladie. On pourrait donc vouloir l’éliminer, comme dans la logique de Bienvenue à Gattaca. Cependant, lorsqu’il n’est transmis que par un seul parent, il protège contre le paludisme.
Tout cela montre que la sélection génétique des caractéristiques, comme dans Bienvenue à Gattaca, ne peut pas constituer un avenir souhaitable, et que les lois qui l’interdisent aujourd’hui existent pour de bonnes raisons.
« Article rédigé pour le cours « Partager les sciences par la fiction », dans le cadre de la première année du Master CCST de l’Université Grenoble Alpes. Enseignante : Marion Sabourdy »
Bibliographie :
Source image : Illustration 3D d’une molécule d’ADN aux effets scintillants symbolisant la complexité et la diversité génétique. Concept futuriste de la génomique, de la médecine de précision et des sciences de la vie computationnelles. H
Bienvenue à Gattaca, Andrew Nicol, 1997
https://fr.wikipedia.org/wiki/Bienvenue_%C3%A0_Gattaca
Agence de biomédecine DPI :
https://www.em-consulte.com/article/1712068/le-diagnostic-preimplantatoire-pourquoi-pour-qui-o
Article scientifique sur le DPI
https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S246871892030341X
Bacus, J., Lammers, J., Loubersac, S., Lefebvre, T., Leperlier, F., Barriere, P., ... & Reignier, A. (2021). Le diagnostic préimplantatoire: comparaison des stratégies de biopsie embryonnaire au stade clivé et au stade blastocyste. Gynécologie Obstétrique Fertilité & Sénologie, 49(4), 266-274.
Article expliquant la PCR :
https://microbiologie-clinique.com/PCR.html
Livre sur la PCR
McPherson, M., & Møller, S. (2000). Pcr. Taylor & Francis.
Clinisciences, séquençage nouvelle génération :
https://www.clinisciences.com/achat/cat-sequencage-nouvelle-generation-3452.html
Article scientifique sur l’analyse complète du génome
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC10376292/
atam H, Joshi K, Mangrolia U, Waghoo S, Zaidi G, Rawool S, Thakare RP, Banday S, Mishra AK, Das G, Malonia SK. Next-Generation Sequencing Technology: Current Trends and Advancements. Biology (Basel). 2023 Jul 13;12(7):997. doi: 10.3390/biology12070997. Erratum in: Biology (Basel). 2024 Apr 24;13(5):286. doi: 10.3390/biology13050286. PMID: 37508427; PMCID: PMC10376292.
Convention sur les droits de l’Homme et la biomédecine :
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000026151968
Code de la santé publique : diagnostic préimplantatoire :
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006072665/LEGISCTA000006190394/
