Le bonheur se trouve dans nos intestins

Publié par Alicia Perino, le 28 novembre 2019   1.6k

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crédit photo : Frank Flores


Selon l'Institut national de la santé et de la recherche médicale, une personne sur cinq a souffert ou souffrira d'une dépression au cours de sa vie. Depuis quelques années, de plus en plus de chercheurs se penchent sur le lien entre les troubles dépressifs et... notre intestin.

Dans les années 1970, les psychiatres évoquaient la dépression en faisant la distinction entre deux types. Tout d'abord, celle causée par des événements extérieurs qui auraient des répercussions psychologiques. Puis, celle provoquée par des dérèglements biologiques intérieurs. Aujourd'hui, on ne fait plus cette distinction. On sait que la dépression est multifactorielle et peut-être causée par des facteurs à la fois psychologiques et biologiques. Mais nos microbes auraient-ils une responsabilité dans cette maladie ?

Un être humain compte plus de micro-organismes (bactéries, virus, parasites ou champignons) dans son système digestif que de cellules constituant l'intégralité de son corps.

C'est cet ensemble de microbes non nocifs que l'on nomme "microbiote intestinal". En fait, nous sommes en relation permanente avec des milliards de minuscules organismes vivants. Nous leur offrons une protection, tandis qu'ils assurent le bon fonctionnement de certaines de nos fonctions vitales. Et si le microbiote intestinal aide à la digestion, il semblerait qu'il ait également un impact sur notre santé mentale.

En effet, notre intestin est en communication permanente avec notre cerveau grâce à deux éléments. Tout d'abord via le nerf vague, le nerf le plus long de notre organisme. À la manière d'un câble téléphonique, il permet aux informations de remonter depuis le système digestif jusqu'au cerveau. De plus, de nombreuses hormones sont produites au niveau de l'intestin. Ces petites substances transitent dans le sang jusqu'au cerveau pour lui donner des instructions. Elles permettent par exemple de provoquer la sensation de satiété. Si un dérèglement apparaît au niveau du microbiote intestinal, on peut donc se demander si des répercussions au niveau cérébral seraient possibles. C'est pour cette raison que certains chercheurs ont commencé à s'intéresser depuis le début des années 2000 au lien potentiel que pourrait avoir le microbiote et les maladies mentales. Sylvie Rabot, chercheuse à l'Institut national de la recherche agronomique, est l'une d'entre eux.

Au sein de l’Institut Micalis de l’INRA, Sylvie Rabot et son équipe travaillent sur des souris axéniques, autrement dit des souris qui naissent et grandissent dans un endroit stérile, sans aucun micro-organisme. Elles ne possèdent donc pas de microbe. Les chercheurs ont alors eu l'idée de transférer le microbiote d'un individu atteint de dépression dans ces souris pour observer l'apparition éventuelle de symptômes. Résultat : le transfert d'un microbiote d'un individu malade provoque un changement de comportement chez la souris. On observe l'apparition de fatigue, stress et parfois même d'auto-mutilation. Les chercheurs ont administré ensuite à ces souris des probiotiques, c'est-à-dire un micro-organisme vivant qui, lorsqu'il est ingéré en quantité suffisante, exerce des effets positifs sur la santé. Les chercheurs ont observé que ces probiotiques diminuent les comportements de types anxieux et dépressifs chez les souris.

Cependant, ces études sont très récentes et trop peu nombreuses pour le moment pour pouvoir établir un lien certain de causalité. De plus, il reste assez difficile d'appliquer ces résultats aux humains, car il est impossible de reproduire ces expériences dans les mêmes conditions. En effet, un humain ne peut pas grandir dans un environnement stérile. Toutefois, des observations cliniques ont montré une corrélation entre la prise de probiotiques chez certains individus dépressifs et la diminution de leurs symptômes. Egalement, des études norvégiennes ont montré qu’il existe des espèces bactériennes différentes dans les microbiotes de patients dépressifs et patients sains. Selon Sylvie Rabot, c'est l'accumulation de résultats provenant de plusieurs équipes de recherches différentes qui permettra d'établir une conclusion sur ce phénomène.

Bien manger, c'est le début du bonheur

Même si le lien entre microbiote et dépression ne fait pas encore consensus au sein de la communauté scientifique, des études se penchent sur l'impact de notre alimentation sur notre santé mentale. C'est le cas d'une étude réalisée par des chercheurs de l'Inserm et de l'université de Montpelllier, publiée dans Molecular Psychiatry. L'analyse du régime alimentaire de plus de 36 000 personnes a mis en évidence une corrélation entre l'alimentation des individus, et leurs potentiels troubles dépressifs. Plus particulièrement, l'adoption du régime méditerranéen, alimentation riche en fruits, légumes, poissons et céréales, est associée à une diminution de 33% du risque de dépression. Encore une fois, ces résultats sont à prendre avec des pincettes : il est nécessaire d'effectuer des essais cliniques afin de tirer des conclusions définitives. C'est cependant une nouvelle piste thérapeutique prometteuse pour les personnes atteintes de troubles dépressifs, troubles qui représentent le premier facteur de morbidité et d’incapacité sur le plan mondial d'après l'Organisation Mondiale de la Santé.

Alicia Perino