Le premier Homme-Arbre : 50 ans après

Publié par Célia Brochard, le 22 décembre 2021   400

2021. Article de SF écrit par Célia BROCHARD, Étudiante M2 BEE. (Image obtenue sur vecteezy.com)

Aujourd’hui (le 15/12/2180) marque l’anniversaire de la création du premier Homme-arbre. Il y a cinquante ans jour pour jour, des chercheurs grenoblois parvenaient enfin à intégrer à l’humain une part de végétal. A cette occasion, nous revenons sur cet évènement et les circonstances qui l’ont engendré, car si le fait de croiser dans la rue des hybrides mi-Hommes mi-végétaux semble actuellement on ne peut plus normal, cela n’a pas toujours été le cas.


2030, une étape déterminante dans l’essor de l’érosion du végétal

Certains se souviennent probablement encore des années précédant la création du premier Homme-arbre, de la panique grandissante qui s’était installée concernant l’érosion générale de la biodiversité, mais plus particulièrement, la disparition progressive d’espèces végétales. Cependant, peu sont encore capables de se remémorer ce qui avait conduit à cette situation critique.

Il est presque impossible de mettre le doigt sur un moment spécifique, mais il est indéniable que l’année 2030 fut un tournant décisif. Cette année censée marquer une étape importante vers le développement durable - à travers divers objectifs posés dans le cadre d’un « Agenda 2030 » par l’Organisation des Nations Unies (ONU) - s’est avérée être un sombre avant-goût des années à venir. Entre autres, l’objectif 15 « préserver et restaurer les écosystèmes terrestres » n’a pas été atteint, et le bilan sur les espèces a été dramatique. Dès lors, les choses n’ont fait qu’empirer, d’autant plus que la population n’a cessé d’augmenter.

En 2020, il paraissait déjà clair que les efforts fournis étaient trop faibles : une forte extinction d’espèces végétales s’était mise en place (environ deux espèces sur cinq étant menacée d’extinction au niveau mondial) et 30 % des forêts servaient presque exclusivement à la production contre seulement 10 % alloués à la conservation de la biodiversité.

Il avait été prédit que l’érosion de la biodiversité allait s’accélérer si des mesures suffisantes n’étaient pas rapidement instaurées, et c’est exactement ce qu’il s’est passé : les plantes disparaissant deux fois plus rapidement que les mammifères, oiseaux et amphibiens, cela a été d’autant plus vrai pour les espèces végétales dont plus de la moitié avait disparu aux abords de 2130.


Comment en étions-nous arrivé là ?

Dans notre société actuelle où nombreux ne font qu’un avec la nature - des fleurs parant leurs crânes ou des branches prenant naissance sur leurs épaules – il paraît impensable d’avoir laissé s’éteindre tant d’espèces, et pourtant.

L’urbanisation toujours plus intense y a été pour beaucoup dans cette extinction de masse. Toujours plus d’humains allait évidemment de paire avec un besoin pour toujours plus de place et de ressources. L’agriculture de plus en plus intensive n’a cessé de réduire et fragmenter les habitats nécessaires à de nombreuses espèces.

Le réchauffement climatique déjà bien présent à l’époque n’a pas pu être atténué suffisamment, conduisant à une hausse du nombre de catastrophes naturelles, mais aussi à une augmentation de la propagation d’espèces invasives. En effet, les conditions climatiques changeant, ces dernières sont alors devenues plus aptes à survivre que certaines espèces autochtones.


Une lente prise de conscience

Comme beaucoup peuvent se l’imaginer, le manque d’actions concrètes a peu à peu donné lieu à des phénomènes inquiétants. En 100 ans, l’air ambiant s’est réchauffé considérablement (la température moyenne a augmenté de 5°C) puisque de moins en moins de plantes étaient présentes pour absorber le dioxyde de carbone engendré par nos existences.

Le nombre de maladies infectieuses a augmenté, et les sols sont devenus moins fertiles, ce qui était d’autant plus catastrophique que la taille de la population continuait d’augmenter : nous étions de plus en plus nombreux, mais notre qualité de vie ne cessait de se dégrader. Cela a également conduit à une mise en danger croissante d’espèces animales, les végétaux fournissant des habitats et ressources alimentaires pour bon nombre d’entre elles ayant disparu.

Enfin, des espèces végétales à forte importance culturelle (telles que la lavande ou le lys) se sont éteintes, et de nombreux paysages ont fortement été affectés. Rares étaient ceux qui s’aventuraient encore hors de chez eux pour « profiter » de la nature. Il n’y avait que peu d’intérêt à déambuler au milieu de décors monotones et dégradés, en respirant un air graduellement plus vicié. Heureusement, l’avènement des technologies de réalité virtuelle a permis à bien des citoyens d’échapper à leur quotidien. Il leur suffisait d’enfiler un casque afin d’admirer des forêts aux essences variées, des lacs scintillants ou encore, d’immenses étendues fleuries aux couleurs éclatantes, sans jamais s’aventurer hors de chez eux.


Une ambition de sauver les espèces restantes

Suite à l’évolution de la situation, et parce qu’il paraissait fortement non-éthique de laisser s’éteindre plus d’espèces, de nombreux chercheurs ont uni leurs forces afin de trouver des solutions. Ce processus fut laborieux, la situation s’étant dégradée à un tel point qu’il semblait compliqué d’imaginer une réelle amélioration. D’autant plus qu’une bonne partie de la population ne semblait au départ pas suffisamment prête à modifier ses habitudes de vie, même en ayant conscience des répercussions encourues.

Quand toutes les campagnes de préventions et mesures gouvernementales se sont avérées vaines, une nouvelle idée a vu le jour : Pourquoi ne pas intégrer à l’Homme une part de végétal ?

Une première tentative de création d’embryons hybrides a échoué : la technologie était encore trop peu avancée pour obtenir un embryon viable, et les implications éthiques ont causé de telles polémiques que l’initiative a presque immédiatement été arrêtée.

De cet échec est née l’idée de greffes de fragments de végétaux sur des citoyens adultes et volontaires. De nombreux membres d’associations de protection de la Nature se sont succédés aux portes des laboratoires de recherche, prêtant leurs corps à des expériences génétiques. Ces dernières mettaient en application des techniques toujours plus ingénieuses, utilisant des ciseaux moléculaires afin de rendre le corps humain capable de supporter ce type de greffes. En effet, des gènes devaient être modifiés pour permettre l’association de peau et d’écorce, ainsi que l’utilisation de nouvelles ressources, de manière à assurer la survie des plantes lors de l’ajout sur des corps humains.


Le premier Homme-arbre

Après des années de recherches, maints échecs et grâce à des avancées technologiques probablement inimaginables une centaine d’années plus tôt, 2130 a marqué l’histoire comme étant l’année où la première greffe conséquente de fragments d’arbre a été couronnée de succès.

Le 15/12/2130, le premier Homme-marronnier a fait son apparition. Le choix s’était porté sur le marronnier commun (Aesculus hippocastanum) car ce dernier - ayant d’ailleurs figuré sur la toute première liste rouge des arbres d’Europe en 2019 - dépérissait à vue d’œil.

En 2120, un dernier individu solitaire se dressait dans la commune de Grenoble. Cette situation a alors poussé une équipe de chercheurs grenoblois à rapidement parfaire leurs techniques jusque-là infructueuses, dans l’espoir de le préserver - ce à quoi ils sont parvenus dix ans plus tard.

Des centaines d’années de recherches sur les organismes végétaux ont donné lieu à des connaissances si détaillées, qu’il a été possible de modifier suffisamment le génome humain pour qu’il soit capable de réaliser de la photosynthèse (nécessaire pour maintenir la plante en vie, mais permettant également une production additionnelle d’oxygène pour les autres citoyens). Cette avancée révolutionnaire a été celle permettant à la première greffe de porter ses fruits.

Cette réussite a marqué le début d’une nouvelle ère, au sein de laquelle toujours plus de fonctionnalités végétales et d’espèces différentes ont pu être incorporées à l’Homme.


Et aujourd’hui ?

Il est indéniable que dans les cinquante dernières années, la situation s’est peu à peu améliorée. L’érosion de la biodiversité a commencé à s’amoindrir à mesure que l’Homme a réalisé que préserver la Nature signifiait se préserver lui-même. Cependant, il faudra encore de longues années pour atteindre une absence de perte nette de biodiversité.

Si la naissance de ce processus s’est faîte dans des conditions loin d’être idéales (et dont l’aspect éthique a parfois pu être remis en cause), il fait maintenant partie intégrante de notre société. Peu sont encore ceux qui n’ont pas sur eux un fragment végétal, qui ne sont pas capables de se servir directement de la lumière naturelle à leur profit, ou de produire quelques fleurs colorées ou fruits juteux. Et bien que la perte irréversible de certaines espèces apporte à cette innovation une note amère, cette dernière a à jamais modifié la manière dont l’Homme aborde la vie sur Terre, et tout ce qui l’entoure.



Références :

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