Le son de la société

Publié par Larissa Caudwell, le 24 septembre 2014   900

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En attendant le Forum du CNRS, rencontre avec Anthony Pecqueux. Sociologue, il s'intéresse au son dans la société.

Au sein de l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Grenoble, le CRESSON (Centre de recherche sur l’espace sonore et l’environnement urbain) allie modalités sensorielles à l’architecture et l’urbain. Anthony Pecqueux, sociologue, y étudie plus particulièrement le son dans l’environnement quotidien. Un aspect peu développé en sciences humaines et qu’il enrichit grâce à divers protocoles expérimentaux et des observations inédites. Voyage dans un monde de son.

Anthony Pecqueux interviendra dans la session "Science et musique sur une même partition", le samedi 11 octobre à 16h30 sur le campus de Saint-Martin-d'Hères dans le cadre du Forum du CNRS.

Une sociologie du son

Vous trouvez que la ville est trop bruyante ? Pourtant, ces bruits nous sont utiles. Ainsi, nous pouvons savoir qu’une voiture s’approche sans même l’avoir vue. Le son nous permet de percevoir ce qui nous entoure, et c’est ce qui intéresse Anthony Pecqueux. « Souvent, nous mettons l’accent sur la vue, nous utilisons par exemple des métaphores visuelles. Mais le son est aussi un élément important. Il est parfois la trace d’un évènement et peut nous replacer dans des situations vécues. » Le scientifique observe d’ailleurs que nous ne sommes pas neutres vis-à-vis du son. Le mot « son » est plutôt neutre, et nous ne l’utilisons que très rarement. Nous employons plutôt les mots bruit, à consonance négative ou musique, à consonance positive. En étudiant notre relation au son, Anthony Pecqueux cherche à comprendre l’ensemble des expériences sensorielles créées par nos interactions sociales ou environnementales quotidiennes. En voici quelques exemples.

En ville comme en campagne

Après avoir étudié la relation entre auditeur et musicien dans la musique rap, notre sociologue s’est intéressé aux auditeurs-baladeurs. Cette appellation désigne en fait toute personne écoutant de la musique durant ses trajets quotidiens. Sa question : ces personnes sont-elles dans leur bulle, comme on aimerait le croire ? Selon lui, la réponse est plus nuancée. « Bien sûr, ces personnes cherchent à créer leur bulle, mais leur activité, ici marcher ou prendre un transport, nécessite un contact avec l’environnement. Pour réussir leur trajet, les auditeurs baladeurs doivent rester attentifs à ce qu’il se passe, par exemple s’il y a des annonces dans le train ou le métro. Certains ne portent d’ailleurs qu’une seule oreillette. » Mais Anthony Pecqueux ne s’intéresse pas qu’aux milieux urbains. « Dernièrement, nous sommes allés dans la vallée du Vénéon, un torrent de montagne extrêmement bruyant. Nous voulons comprendre comlment les gens vivent avec, comment ils le ressentent. » Cependant les études en sociologie du son sont assez rares et chaque expérience possède son enjeu méthodologique.

L’expérience de la méthode

« L’écoute en situation est peu travaillée en sciences sociales. Le plus souvent, on se contente de faire un entretien après l’écoute. Mais en procédant de cette manière, nous perdons beaucoup d’informations et surtout, l’ordinaire de la pratique », confie le chercheur. Pour pouvoir mener ses études, il lui a donc fallu mettre au point ses propres méthodes. Par exemple, pour les auditeurs baladeurs, il expérimente la méthode des trajets commentés : il accompagne les sujets et discute avec eux de leur ressenti lors de pauses durant leur trajet. Ainsi, ses travaux contribuent non seulement à la sociologie du son mais apportent aussi de nouveaux outils permettant de mieux conserver l’ordinaire des pratiques.

Retrouvez Anthony Pecqueux et bien d’autres pour discuter du son au Forum du CNRS le 11 octobre prochain !

>> Crédits : Larissa Caudwell