Munis de bottes, de filets et de loupes, les scientifiques explorent le Mercantour – Alpi Marittime !

Publié par Marion Guillaumin, le 15 janvier 2017   880

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Admirateurs de la Nature, observateurs de ce qui nous entoure, amoureux de l’aventure, explorateurs du monde et/ou friands des magnifiques images, cet ouvrage est pour vous.

Composé à quatre mains et publié en 2015 chez Glénat, « Biodiversité des Alpes, l’inventaire sans frontières » plonge ses lecteurs dès les premières pages au cœur de l’aventure qu’il rapporte : l’inventaire généralisé de la biodiversité sur le territoire Mercantour-Alpi Marittime.

Inventaire généralisé de la biodiversité : le premier du genre en Europe

Dans le cadre du projet européen EDIT (European Distributed Institute of Taxonomy) lancé en 2006, l’objectif de réaliser des inventaires nouvelle génération (All Taxa Biodiversity Inventory, ATBI) combinant recensement et séquençage génomique des espèces s’est formalisé très rapidement. C’est ainsi, qu’en 2007, le parc national du Mercantour et le Parco Naturale Alpi Marittime se sont lancés dans cette grande aventure ; leur position biogéographique, la motivation de leurs personnels et des acteurs locaux n’étant que propices au projet.

« Des puits de science à ciel ouvert »

Premier inventaire à grande échelle en Europe, second au niveau mondial après celui du Great Smoky Mountains National Park aux États-Unis, cet effort collectif avait pour objectif de découvrir des groupes taxonomiques absents des bases de données et donc de recenser les milliers d’espèces qui habitent et coexistent sur ce territoire. En effet, ces 2500 km² pas encore passés au peigne fin ne pouvaient que réserver des surprises…


Connaître pour mieux protéger

Au-delà du terrain et donc du listing d’espèces et d’habitats, ce projet voulant repousser les frontières des connaissances impliquait une valorisation des actions de gestion et de conservation. Puisque l’on ne protège que ce que l’on connaît, le programme annonçait donc du terrain, des échantillonnages et des analyses en laboratoire. C’est d’ailleurs cette dernière étape, après 7 ans de collectes sur le territoire, qui est toujours d’actualité. L’identification de nombreux spécimens est encore en cours, ce qui permettra à terme de révéler les assemblages d’espèces et donc de mieux comprendre les écosystèmes de ce territoire pour pouvoir le protéger comme il se doit.

Une belle aventure humaine pour de grandes découvertes !

Rassemblant plus de 350 taxonomistes, naturalistes, spécialistes de toute l’Europe, l’expédition a permis d’augmenter le nombre d’espèces recensées sur le territoire Mercantour-Alpi Marittime passant de 7000 à plus de 12 000 espèces, dont plus de 50 inconnues jusqu’alors des scientifiques !

Un projet qui mérite d’être rendu public

Souhaitant valoriser et communiquer au public les objectifs et les missions de cet inventaire à grande échelle, les deux parcs et le Muséum National d’Histoire Naturelle à Paris ont dans un premier temps mis en place une exposition photographique en 2010.

Un livre pour exposer l’aventure par écrit

En 2013, l’idée de produire un livre est née, afin de retracer les grandes lignes du projet, d’expliquer les enjeux impliqués et de présenter la diversité des acteurs qui ont permis son existence et sa durabilité.

Une plume délicate à l’écriture délicieuse

A travers les mots des deux auteures, Lise Barnéoud, journaliste indépendante spécialisée dans l’environnement et la santé, et Francine Brondex, actuellement chargée de communication et de la sensibilisation au parc naturel régional des PréAlpes d’Azur, le voyage dans le Mercantour au fil des pages est très agréable. Comme accompagné d’une voix douce, on se régale autant par la découverte du contenu que par la forme. Et puis il faut dire que les photographies sont sublimes ! Le rapport texte / image est parfaitement construit et permet une lecture légère et ponctuée. Bref, un fabuleux travail d’écriture qui m’a d’autant plus impressionnée quand les auteures m’ont confiée qu’elles ont échangé à distance durant l’écriture et se sont rencontrées seulement après la sortie du livre ! Alors mesdames, bravo !


Une lecture qui « emmène » sur le terrain

A travers la découverte des différents profils des participants à l’aventure (eg assistants techniques, ingénieurs, chercheurs, photographes) le lecteur prend connaissance de certaines de leurs anecdotes et surtout de leur passion ! Ce livre nous présente les outils de prélèvement (eg filet, aspirateur à bouche) et donne donc les informations nécessaires pour comprendre les techniques pratiquées sur le terrain. Et puis, illustrées de magnifiques photographies, certaines espèces recensées ainsi que leurs principales caractéristiques sont présentées. Quelques chiffres sont indiqués pour percevoir l’ampleur de l’inventaire ; on apprend par exemple qu’avant l’inventaire 54 espèces d’araignées étaient identifiées sur le territoire et qu’en 2014 ce chiffre est passé à 295 !

« Une expédition à l’autre bout de chez soi »

Après avoir lu ce livre – enfin je dirais plutôt, après avoir dévoré ce livre – je n’ai qu’une chose à dire : Je RE-COM-MANDE ! Vous pouvez vous plonger dedans et ne lever le nez qu’une fois le dernier chapitre terminé, ou bien le lire en plusieurs fois, le feuilleter pour admirer les photographies, prendre connaissance des différents participants ou juste découvrir les différentes espèces recensées. Bref, ce livre ne nécessite aucun effort de lecture et il y en a pour tout le monde.

Pour ma part, ce fut la première fois que j’ai lu un tel ouvrage. Diplômée d’un Master en écologie, j’ai participé à des actions naturalistes sur le terrain mais un événement à si grande échelle m’était inconnu et me fascine. Lire et découvrir une poignée d’acteurs impliqués et les recoins étudiés sur ce territoire fut passionnant, parfois même émouvant. Je me suis surprise quelques fois à être effleurée d’une envie d’enfiler un vieux blouson et des bottes pour donner un coup de main ! En effet, l’écriture est agréable et m’a parfois fait ressentir les choses comme sur le terrain ; offrant une vraie proximité avec la Nature, ces pages respirent la fraîcheur et expirent les couleurs.

Je me suis particulièrement régalée en lisant les portraits des participants et j’ai apprécié les parties qui explicitent l’avenir des espèces après les collectes, ce qui donne un aperçu de la suite. Du terrain d’accord, mais après ? Il est crucial d’expliquer les enjeux d’un tel inventaire pour comprendre la finalité du projet.

Les auteures vous livrent aussi leurs ressentis

Petite rétrospective du projet unique en Europe