« Attention, il y a un satellite dans ma valise » - Portrait de Mathieu Barthélémy, à la découverte d’un chemin atypique

Publié par Valentin Solère, le 5 décembre 2022   470

C’est avec un sourire que Mathieu Barthélémy nous décrit son parcours « un peu particulier ». Et pour cause, quand il passe son agrégation en 1996, il est loin de se douter qu’il deviendrait directeur du CSUG, le Centre Spatial Universitaire de Grenoble, puis à la tête de la Maison pour la Science Alpes Dauphiné.

« J’ai d’abord été enseignant, et j’ai fait ma thèse en parallèle, ce qui est assez inhabituel » nous dit-il. « A l'issue de ma thèse, j'ai eu un poste à l'université, de maître de conférence d’abord, et ensuite je suis passé professeur. Ça veut dire enseignant-chercheur, je donne des cours de physique générale. ». 

Médiation auprès des étudiants 

C’est sa volonté d’être un faiseur, mais surtout un passeur de savoirs qui le pousse, il y a une dizaine d’années, à créer le CSUG avec des collègues. « Ça a été une grande aventure et on a beaucoup travaillé dessus ». Il s’agit d’une évidence, alors que ses recherches portent sur les aurores boréales et les environnements spatiaux, « c’est-à-dire, en gros, les conditions dans lesquelles les satellites vont se trouver quand ils sont en orbite », ajoute-t-il.

Le projet finit par porter ses fruits, puisque depuis septembre 2020, le Centre a pu profiter de la réussite du lancement d’AMICal Sat  -son tout premier nanosatellite- afin de récolter des données pour l’IPAG, l’Institut de Planétologie et d’Astrophysique de Grenoble. Cet exploit remémore à Mathieu une mésaventure qui lui est arrivée alors qu’il s’apprêtait à s’envoler pour Brno en Tchéquie, à l’occasion de l’intégration du satellite. Ce dernier, pas plus gros qu’une brique de lait, était empaqueté dans une valise propre, totalement hermétique… « Quand on allait passer au contrôle de sécurité, ils allaient très probablement vouloir l’ouvrir » s’est-il dit. « On s'est donc retrouvé très tôt le matin à l’aéroport, et on a commencé à discuter avec les policiers qui étaient là. On leur a expliqué que dans la valise, il y avait un satellite. Et on a vu leurs têtes... ils étaient assez impressionnés. »

Médiation auprès des enseignants 

Toujours impliqué dans ses travaux de recherche, il finit par passer la main à Jean-Louis Monin pour la direction du CSUG, au cours de l’été 2021. Il s’engage alors auprès de la Maison pour la Science Alpes Dauphiné. « Au bout d'un moment, quand on a une charge de direction, et je pense que c'est valable dans tous les métiers, il y a besoin de changer, de renouveler les choses. »

Le voilà ainsi à la tête d’une structure à visée encore et toujours pédagogique, en formant des enseignants du primaire et du secondaire aux sciences, directement au contact des chercheurs ou des professionnels. « On couvre des disciplines comme la SVT, la physique-chimie, les mathématiques et la technologie. », nous a-t-il précisé. Il continue: « C'est une réussite, […] on forme entre 500 et 600 enseignants par an, ce qui est déjà bien ! Après, c'est un système qu'on aimerait bien développer davantage, et parfois tout n'est pas possible car ça demande des moyens qu'on n'a pas forcément. ».

Mathieu nous confie que la demande est pourtant réelle. En effet, 80% des enseignants, notamment en primaire, n’ont jamais eu de réelle formation scientifique. 

Et pour la suite … 

Attention, Mathieu Barthélémy tient à faire comprendre qu’il n’en a pas encore fini avec le CSUG. En effet, il a dernièrement fait partie de l’équipe qui a développé ThingSat, un autre nanosatellite mis en orbite en Janvier 2022.  Il concerne ce que l'on appelle "l'internet des objets", cela désigne les réseaux et processus qui assurent une connexion entre des objets physiques et internet, pour des applications domotiques, industrielles ou encore médicales.

Un nouveau projet nommé QlevErSat est en ce moment-même l'objet de recherches. Mathieu nous en dit un peu plus sur ce prototype: « L'idée de ce satellite, c'est de regarder les zones de déforestation avec un système [d’intelligence artificielle] qui détecte automatiquement si ce qu'il voit est de la forêt ou non. Ça permettrait de voir en temps réel l'évolution de zones particulières. ». Affaire à suivre ! 

                                                                                                                                                                       Emma et Valentin