Sophie Germain, la mathématicienne de l'ombre

Publié par Nolane Langlois, le 23 novembre 2021   220

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L'institut Fourier vous raconte l'histoire de Sophie Germain,  dans une exposition retraçant sa vie.

A cette occasion, je vous propose un portrait de cette mathématicienne, que j'ai écrit pour m'exercer dans un de mes cours. Bonne lecture.

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Sophie Germain, la mathématicienne de l'ombre

Envers et contre tout, elle s'est fait sa propre place pour pouvoir étudier les mathématiques et produire ses travaux.

Des feuilles raturées, éparpillées, annotées de figures géométriques.

C’est ce que l’on trouve lorsqu’on pénètre dans la bibliothèque paternelle de Sophie Germain. Vêtue d’une longue robe de soie brune et les cheveux tirés en arrière, elle avait l’œil vif et éclairé. A ce moment, nous savons que nous venons de l'interrompre dans ses réflexions. Sur son bureau, elle remplace une de ses chandelles en esquissant un sourire : « Le soir, mon père les retirait de ma chambre, pour m’empêcher d’étudier la nuit. Une fois ma famille endormie, je prenais des bougies judicieusement cachées pour reprendre mon travail ».

Sophie Germain, ©Isadora/Leemage

Une volonté sans faille. Voilà ce qui caractérise Sophie Germain. Elle s’est glissée, comme une souris, sans que personne ne la remarque, dans un monde des mathématiques où seuls les hommes avaient leur place. Elle ne pouvait plus se contenter de lire des ouvrages du temps passé comme ceux de Montucla ou Bézout, il lui fallait appréhender les mathématiques « vivantes », converser avec les savants contemporains. Alors, elle a emprunté le nom d’un étudiant absentéiste de l’école polytechnique : Auguste le Blanc. En se faisant passer pour lui, elle a pu entretenir des correspondances avec des professeurs, tantôt en demandant les notes des cours, tantôt en rédigeant des remarques.

Quand on l’interroge sur l’origine de cette passion, elle nous parle de son adolescence, du climat difficile de la Terreur, de son isolement chez elle qui l’a amené a parcourir les livres de son père : « Dans l’ouvrage de Montucla je suis tombée sur l’histoire d’Archimède, qui, lors de l’invasion de Syracuse par les Romains, est tellement absorbé dans ses réflexions qu’il se laisse assassiner par un soldat… J’ai été bouleversée : quelle était cette science si passionnante que l’on pouvait mourir pour elle ? »

Nous finissons par la laisser retourner à son travail, après qu’elle nous ait confié écrire un mémoire sur les plaques vibrantes, en réponse à un concours de l’Académie des Sciences. Et cette fois-ci, c’est sous son vrai nom qu’elle y répondra.

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N'hésitez pas à aller faire un tour pour voir cette exposition, dans le hall d'entrée et la bibliothèque de l'institut Fourier, et ce jusqu'aù 17 décembre 2021 !