Travail en solitaire ou dialogue entre champs disciplinaires ?

Publié par Marianne Boilève, le 1 octobre 2012   1.7k

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Pour avancer et répondre à des problématiques de plus en plus complexes, les chercheurs ont besoin de croiser les savoirs et les approches disciplinaires. L'union fait la force…

Il est loin le temps où il suffisait de s'appeler Léonard (de Vinci tout de même…) pour pouvoir se piquer d'anatomie, de botanique, d'architecture et de peinture tout en inventant l'hélicoptère… Depuis, les savoirs et les sciences se sont morcelés, fragmentés, compartimentés. Pourtant l'avancée de la recherche se fait rarement en solitaire. Car chercher, c'est souvent confronter ses idées à celles des autres et adopter une démarche en crabe pour trouver… ce que l'on ne cherchait pas forcément au départ.

Faire émerger de nouvelles hypothèses

"Ce qui est fondamental, c'est la curiosité, saisir le hasard quand il vient, mais il faut aussi interagir avec les informations que nous livrent les autres", estime Jean-Louis Hodeau, chercheur en science des matériaux à l'Institut Néel (CNRS/UJF). Et le physicien, qui invite les visiteurs de la Fête de la science à célébrer avec lui le centenaire de la cristallographie [ndlr : lire l'article de Jean-Louis à ce sujet], souligne : "Ce n'est pas parce l'on vous dit que ça ne marchera pas, que ce n'est pas possible."

 
Il faut en effet parfois aller chercher le savoir-faire ou les compétences d'un autre pour résoudre un "problème", développer une nouvelle méthodologie ou faire émerger de nouvelles hypothèses. Un physicien travaillera ainsi avec un chimiste qui ne parvient pas à comprendre la propriété d'un matériau. Un archéologue ira trouver un géologue, un ingénieur ou encore un architecte pour analyser l'agencement d'un site. Un chercheur en sciences de la communication croisera les sciences sociales bien sûr, mais aussi la biologie, les neurosciences, les sciences de l'ingénierie et des systèmes d'information… Éric Lacot, expert en imagerie laser et chercheur au Laboratoire interdisciplinaire de physique (LiPhy), confirme la nécessité de "confronter [ses] idées avec d'autres pour en vérifier la pertinence."
 
Co-construire des réponses
 

Au-delà de ce besoin d'émulation, le financement de la recherche lui-même implique de croiser les disciplines. Comme tous les chercheurs qui répondent aux appels à projet pour financer leurs travaux, Thomas Cordonnier, chercheur en sciences forestières à Irstea, connaît bien la question. La nature même des projets auxquels il s'attaque le conduit à travailler avec des géographes, des écologues, des biologistes, des économistes ou des sociologues. Il souligne que la démarche n'a rien à voir avec la pluridisciplinarité qui ne permet "que" de dégager une vision multipolaire d'un même problème.

L'interdisciplinarité va au contraire conduire les chercheurs à co-construire une réponse à une question précise. La mise en œuvre est parfois difficile, surtout lorsque les disciplines sont relativement éloignées les unes des autres. "Dès le départ, notre réflexion doit faire émerger une question dont la réponse impliquera nécessairement l'interaction de disciplines différentes, précise le jeune chercheur. C'est une démarche innovante, qui nécessite une certaine maturité. Il faut être bien assis dans son champ disciplinaire et en connaître les limites si l'on veut avancer avec d'autres."