Traité de l’Elysée et infrastructures de recherche européennes

Publié par Jean Louis Hodeau, le 28 janvier 2013   2.3k

La création de l’Institut Laue-Langevin (ILL), qui a d’abord été un institut franco-allemand, a été un enfant de la signature du « Traité de l’Elysée » il y a 50 ans. C’était le bon projet au bon moment.

Le 22 janvier 1963, le « Traité de l’Elysée » signé par le Chancelier Fédéral, Konrad Adenauer et le Président de la République Française, Charles de Gaulle, engageait la coopération franco-allemande :

«… Sur le plan de la stratégie et de la tactique, les autorités compétentes des deux pays s’attacheront à rapprocher leurs doctrines en vue d’aboutir à des conceptions communes. Des instituts germano-français de recherche opérationnelle seront créés. …

« … développeront leurs contacts en commençant par une information réciproque plus poussée; des programmes de recherches concertés seront établis dans les disciplines où cela se révèlera possible …»

Jules Horowitz et le CEA avaient le projet d’une nouvelle source de neutrons pour la recherche. A Grenoble Louis Néel s'intéressait de près aux neutrons pour la détermination des ordres magnétiques. Un des principaux collaborateurs de Néel, Félix Bertaut (né en Allemagne et réfugié/acteur en France en 1939) dirigeait alors le laboratoire de cristallographie dans l’unité CNRS de Néel, et développa au Centre d’études nucléaires de Grenoble (CENG) un laboratoire de diffraction et de neutronique. Louis Néel et Erwin Bertaut furent des ambassadeurs du projet de réacteur à haut flux, en lui donnant des applications scientifiques (notamment la cristallographie des ordres magnétiques) et une communauté de soutien Franco-allemande.

La conjugaison des désirs d’Horowitz, représentant du CEA, et de Néel, homme clé du CNRS, se concrétisa par la rédaction d’un projet qui fut présenté à la conférence de Genève sur les applications pacifiques de l’énergie atomique en 1964. Maier-Leibnitz, alors directeur du réacteur de neutrons de Munich, fut séduit par ce projet et devint l’interlocuteur allemand de Horowitz.

A l’époque, l’accord franco-allemand qui avait été signé entre de Gaulle et Adenauer manquait de réalisation concrète, et le projet de construction d’un important instrument de recherche dans le cadre bilatéral fut donc politiquement très bien accueilli. Les deux ministres allemand et français concernés donnèrent donc leur accord de principe à la réalisation d’une telle source à Grenoble, sur un terrain du CENG cédé par Néel dans le cadre d’une coopération franco-allemande. Ce fut l’acte de naissance de l’Institut Laue Langevin (ILL).

L’ILL est aujourd’hui devenu européen. Sa présence a été un élément déterminant pour le choix de construire l’European Synchrotron Radiation Facility (ESRF) à Grenoble. Or l’ESRF permet d’étudier, parmi ses nombreuses applications, les nanostructures magnétiques. Les graines semées par Néel, Bertaut et leurs collègues ont germé et grandi sur le terreau préparé par le Traité de l’Elysée.

Merci à Françoise Vauquois