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La biodiversité des Neurosciences de Grenoble s’organise !

Publié par Antoine Depaulis, le 4 juillet 2017   540

Xl cerveau en pleine biodiversite

Grâce au contrat IDEX obtenu l’an dernier dans le cadre des financements « grand emprunt », l’université de Grenoble vient de reconnaitre et de financer plusieurs projets afin d’encourager l’interdisciplinarité. Parmi elle, le projet NeuroCoG qui a pour objectif de fédérer les différentes équipes qui s’intéressent au cerveau et à la cognition. En effet, l’étude du cerveau et de ses productions n’est pas qu’une affaire de Neurologie ! (pour se rafraichir la mémoire cliquer ici)….

Monica Baciu et Frédéric Saudou qui dirigent ce projet répondent à quelques questions.

Pourquoi une fédération pour l’étude du cerveau à Grenoble?

 MB : Etudier la structure et le fonctionnement du cerveau, mais aussi les processus mentaux qui sont à la base de la cognition humaine nécessite une approche pluridisciplinaire qui met ensemble la biologie, la médecine, les sciences humaines et sociales, les sciences de l’ingénieur, et les sciences de l’information et de la communication. Une sacrée biodiversité, indispensable pour comprendre le cerveau ! Dans cette perspective, NeuroCoG, qui rassemble 46 équipes de recherche grenobloises, a pour objectif de développer des projets communs, novateurs et ambitieux en favorisant les interactions entre disciplines.

 FS : Par exemple, NeuroCoG va augmenter les interactions entre des équipes qui font des neurosciences fondamentales et cognitives, mais aussi de la chimie, de la physique, de la psychologie cognitive et sociale, des sciences du langage, des sciences de l’éducation, de l’informatique, des mathématiques, de l’ingénierie… Tous ces domaines sont représentés à Grenoble, mais ne se « fréquentent » pas toujours. Pourtant tous ces chercheurs s’intéressent au cerveau et à son fonctionnement !

 MB : En effet, Grenoble est un site scientifique et académique idéal pour le développement d’une telle fédération. Toutes ces équipes appartiennent aux cinq pôles de recherche de l’Université qui sont pour la plupart reconnues sur le plan international. Nous tenons à rassembler les meilleurs scientifiques, ingénieurs et cliniciens au croisement de domaines scientifiques qui vont devenir essentiels dans les prochaines années. Au total, c’est plus de 500 chercheurs, cliniciens, ingénieurs, enseignant, étudiants, techniciens qui sont concernés à Grenoble.

 

 

Quelles sont les grandes questions qui seront abordées par NeuroCoG?

 MB : NeuroCoG a pour ambition de comprendre les relations – encore insuffisamment comprises - entre processus neurobiologiques, traitement de l’information au sein des réseaux neuronaux et mécanismes cognitifs, au niveau individuel et collectif.

FS : L’étude de la maladie de Parkinson, maladie neurologique fortement handicapante et qui s’accompagne de multiples déficits cognitifs et moteurs, sera également au cœur des activités de NeurocoG. En effet, il est très important de trouver des solutions de diagnostic précoce pour prévenir la détérioration cognitive sévère mais aussi de développer des nouvelles méthodes et programmes de rééducation des déficits cognitifs, qui puissent être adaptées à chaque patient. Ceci passe par l’identification des indicateurs (nous les appelons « biomarqueurs ») du comportement, des processus mentaux, de l’activité neuronale et de la structure cérébrale, prédicteurs ou révélateurs de cette maladie. Et ceci, dès les stades les plus précoces. Par la suite, les connaissances acquises sur la maladie de Parkinson, devront pouvoir être transposées à d’autres maladies du cerveau.

 

Concrètement, NeuroCoG va servir à quoi?

FS : Les équipes qui participent à NeuroCoG vont mettre en commun leurs compétences afin de comprendre les bases cérébrales du comportement et de la cognition… de la cellule nerveuse jusqu’à la cognition individuelle et sociale.

MB : Une particularité de Grenoble est de pouvoir développer cela aussi bien dans des conditions normales que pathologiques. Les études vont porter sur l’individu sain mais aussi des patients avec des lésions ou des dysfonctionnements cérébraux. Les enjeux de NeuroCoG sont, à la fois, de l’ordre de la recherche fondamentale mais aussi de la recherche appliquée à des pathologies neurologiques et psychiatriques. La collaboration entre ces deux « mondes » de la recherche est rendue possible par les interactions très fortes qui existent déjà entre le Centre Hospitalier Universitaire de Grenoble et les laboratoires universitaires, de l’INSERM, du CNRS ou du CEA.

 FS : La valorisation des aspects scientifiques, cliniques, industriels, sociétaux et éducationnels est également un des objectifs de NeuroCoG. Le développement clinique et/ou industriel de protocoles, de traitements, d’appareillages ou de tests diagnostic devrait être facilité par les interactions entre les différentes disciplines représentées au sein de NeuroCoG.


Quelle visibilité NeuroCoG offrira-t-il au site de Grenoble?

 MB : L’activité de NeuroCoG sera développée dans une perspective de développement durable. Notre objectif d’ici quatre ans, est de mettre en place l’Institut Cerveau & Cognition, une structure pérenne qui intégrera les disciplines nécessaires pour comprendre le cerveau et la cognition.

 FS : Cela permettra d’encourager le développement à l’UGA, d’équipes et de laboratoires de haut niveau, avec les méthodologies et les équipements déjà disponibles, notamment l’imagerie cellulaire et cérébrale, les plates-formes d’expériences cognitives et les programmes d’évaluation cognitive et sociale. Un tel institut permettra d’augmenter la visibilité internationale des neurosciences fondamentales et cognitives de l’UGA qui sont actuellement en plein essor. Nous sommes d’ailleurs déjà en train de mettre en place des interactions avec d’autres instituts européens.

 

Et le citoyen dans tout ça?

MB : L’activité menée au sein de NeuroCoG va aussi avoir un impact socio-économique et sociétal fort. Comme NeuroCoG implique un large éventail de disciplines dans les sciences humaines et sociales (sociologie, psychologie de santé, psychologie sociale et de travail) cela devrait avoir un impact direct vers l’individu dans son environnement.

FS : Nous avons prévu également le développement d’outils cliniques novateurs pour la rééducation des troubles cognitifs. NeuroCoG devrait avoir des bénéfices significatifs pour les patients et les établissements publics de santé (meilleure prise en charge des patients, réduction du temps des hospitalisations, réduction des coûts du système public de santé) et sociétale (amélioration de la participation des patients à leur vie professionnelle et leur intégration dans la société).

MB : Nous avons prévu de diffuser les résultats de nos recherches non seulement dans des journaux scientifiques, mais également par le biais des conférences grand public, des formations destinées aux professionnels de santé et aux représentants d'associations des patients et de leurs familles. Ceci nécessite des collaborations étroites avec les acteurs de la société civile et du monde associatif.

FS : Et puis pour communiquer et diffuser nos résultats vers un public large, nous prévoyons de participer aux événements scientifiques organisés à Grenoble chaque année, tels que La Fête de la Science et la Semaine du Cerveau. Bien évidemment, nous allons communiquer aussi à travers Atout Cerveau !

 


>> Notes

Monica Baciu est médecin neurologue et professeur en neurosciences cognitives. Elle s’intéresse au développement des modèles neurocognitifs, intégratifs et dynamiques du langage et de la mémoire, chez l’individu sain et le patient souffrant de pathologies neurologiques telles que l’épilepsie ou à la suite d’un AVC. Son travail associe la psychologie expérimentale, la neuropsychologie et la neuroimagerie. Monica Baciu est membre senior de l’Institut Universitaire de France et assure actuellement la direction du Laboratoire de Psychologie et Neurocognition (UMR CNRS et Université Grenoble Alpes)

Frédéric Saudou est biologiste et professeur de biologie cellulaire rattaché au CHU Grenoble Alpes. Il est directeur du Grenoble Institut des Neurosciences (Centre Inserm U1216, Université Grenoble Alpes). Il est également directeur du centre d’excellence sur les maladies neurodégénératives de Grenoble (GREEN). Son équipe vise à comprendre les mécanismes moléculaires et cellulaires à la base de la maladie de Huntington, une maladie neurodégénérative héréditaire par le développement et l’analyse de modèles cellulaires et animaux de cette pathologie.