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Quand les "avécistes" prennent la plume

Publié par Laurent Vercueil, le 17 avril 2018   500

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"Avécistes", pour Antoine Audouard, écrivain et éditeur, ce sont les victimes d'un AVC. 

Antoine Audouard regrette le vilain acronyme AVC et préfère parler de son "Coup", alors qu'il est frappé d'un AVC et perd son hémisphère droit. "Coup", pour équivalent de "Stroke", le terme anglais. Son livre est le récit de l' "après-Coup". 

Antoine Audouard vient de publier "Partie Gratuite", chez Robert Laffont (2018). Un récit très enlevé, à la fois émouvant et drôle (l'auteur ne s'interdit aucune auto-dérision), riche de son expérience depuis l'infarctus cérébral qui lui a ôté son hémisphère droit, en juin 2012.  

Conscient de n'être pas passé loin de l'issue fatale (lorsqu'un AVC touche un grand territoire et qu'il s'accompagne d'un important œdème, il est dit "malin"), il y a de la jubilation dans le récit d'Antoine Audouard. A l'hôpital, il se lie rapidement avec ses compagnons d'infortune, avec les soignants, créant un sentiment de grande fraternité autour du malheur, où se percutent les conditions sociales difficiles, l'isolement et la lésion du cerveau. Les kinées (le "e" est de lui), les docteures et docteurs, les infirmières, brancardiers, orthophonistes et toute la bande des "peutes" (divers thérapeutes, qu'il va trouver on ne sait où et qui le soignent de toutes les façons imaginables)  sont réunis dans une assemblée animée et joyeuse, qui insuffle une vigueur qu'on sent venir de l'auteur lui-même. Aussi, ce n'est pas du tout le récit d'une "renaissance", car dès le "Coup" initial, le lecteur se persuade que l'amour de la vie, de la littérature et des siens (proches, amis, rencontres) seront les atouts majeurs dont Antoine Audouard saura tirer profit pour jouer cette fameuse partie gratuite, la partie de flipper qu'on a le droit de jouer encore, alors qu'on pensait devoir quitter le terrain...

La lecture du livre de François Matheron, "L'homme qui ne savait plus écrire" (Zone, 2018) est d'une autre tonalité. Le philosophe, spécialiste de l'œuvre de Louis Althusser, a souffert lui aussi un AVC. Mais le sien affectait l'hémisphère gauche, compromettant le langage, menaçant pour un auteur philosophe, toute la pensée. Le livre, paru il y a quelques semaines aussi, n'est pas une lecture facile. L'angoisse est diffuse, imprègne les préoccupations obsessionnelles, les difficultés du quotidien. Certaines pages sont éprouvantes, et la construction même du récit, sans linéarité aucune, ne permet pas de s'accrocher à une progression dans la récupération, l'adaptation à la réalité. 

Il y a quelques années, un autre récit consacré aux suites d'un AVC avait rencontré une grande audience, au point qu'un film en avait été tiré : "Le scaphandre et le papillon" de Jean Dominique Bauby. Ce livre est bouleversant (je n'ai pas vu le film). C'est l'expérience de la victime d'un "Locked-in syndrome" (le syndrome de l'enfermement), où la lésion cérébrale sépare le sujet de ses facultés motrices. Hormis une paupière, JD Bauby est totalement paralysé. Il forme alors le projet de dicter son livre à l'aide de sa seule paupière vivante. Son éditeur d'alors ? Antoine Audouard. Dans "Partie Gratuite", il a des pages très fortes sur le souvenir de sa visite à l'hôpital de Berck, où gît Bauby, dans son scaphandre humain. 

Vingt ans plus tard, il donne à son tour un témoignage précieux de ce que peut être une vie réussie, après un AVC et malgré lui. 

Pour rappel, rien de mieux que la prévention : faire diminuer le risque d'AVC


Références

  • Antoine Audouard "Partie Gratuite" Robert Laffont, 2018
  • François Matheron "L'homme qui ne savait plus écrire" Zones, 2018
  • Jean Dominique Bauby "Le scaphandre et le papillon"  Pocket, 2011 (dernière édition de poche)