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Vocalisations de singe, babillage de bébé et potentialités de Néandertal

Par Louis-Jean Boë, GIPSA-lab, Université Grenoble-Alpes, CNRS  

Lundi 23 Avril 2018, – 18h-20h, Maison des Associations de Grenoble, 6, rue Berthe de Boissieux – salle de conférences – Entrée libre.

 

La parole pierre de touche ultime de l’hominisation. Diderot rapporte en 1769 que le Cardinal de Polignac aurait dit à un orang-outang exposé dans une cage de verre au jardin du Roi : « Parle, et je te baptise » montrant par là que la parole était le visa nécessaire pour accéder à l’humanité. De son côté La Mettrie avait proposé en 1747, de placer le singe dans les conditions d’un écolier muet auquel on enseignerait à produire des sons de parole selon une méthode de démutisation proposée en 1692 par Amman, un médecin suisse. Etant donnée la forte analogie anatomique entre l’Homme et le singe, La Mettrie était persuadé qu’il serait possible « de lui apprendre à prononcer & par conséquent à savoir une langue ».

 

Immerger les singes dans un bain linguistique comme les bébés. Il faudra attendre les années 1950 pour que des psychologues américains mettent en place des expérimentations d’apprentissage de la parole pour tester les capacités cognitives de chimpanzés ou orang outangs, des singes relativement silencieux. Certains d’entre eux sont élevés « à la maison » par des couples de chercheurs, comme le bébé de la famille, dans un univers humain. Les résultats de ces recherches, très attendus, se sont montrés très décevants. Certains d’entre eux n’ont rien appris ni produit : au bout de 6 ans, le répertoire du plus loquace, n’a pas dépassé cinq mots d’anglais papa, mama, cup, up, tea, et celui d’un autre, quatre syllabes arbitraires notées puh, thuh, kuh, fuh. Ces performances sont nettement moins élevées que celles qu’un bébé de 18 mois qui peut produire une cinquantaine de mots et plus de syllabes : les singes seraient-ils démunis de toute capacité linguistique ou simplement muets, sans être sourds ?

 

Le verrou anatomique de l’émergence de la parole : la théorie de Lieberman (1968-

2017). Dès 1969 Lieberman et coll. proposeront une explication anatomique à cet échec : Ils font remarquer que les singes ont un petit pharynx, lié à sa position haute. Ce qui les empêcherait de produire des voyelles différenciées, comme /i a u/, les trois voyelles présentes dans une très grande majorité de langues. Même s’ils avaient le contrôle de leur conduit vocal, ils ne pourraient produire qu’une seule voyelle, la voyelle neutre comme dans l’article « le ». Au cours de l’évolution, le larynx de l’Homme se serait abaissé, libérant une cavité pharyngienne tout aussi volumineuse que la cavité orale. Dans le cadre de l’émergence de la parole, cette évolution aurait permis à l’Homo moderne d’acquérir, il y a environ 50.000-70.000 ans, cette capacité qui le distingue : la parole. Le paradigme de recherche fut ainsi posé : une équipe associant spécialistes de la parole avec une équipe d’informaticiens de pointe pour l’époque, celle du MIT, pour la simulation du conduit vocal.

Mais très rapidement va débuter une longue controverse sur un demi-siècle, d’abord alimentée dans le cadre de l’anthropologie physique pour Neandertal puis dans celui de l’acoustique pour les potentialités de production pour le bébé. Les primatologues puis les spécialistes de la communication animale vont mettent beaucoup de temps à douter de la théorie de Lieberman et coll. Mais les anomalies s’accumulant, les données se précisant et les modélisations se développant la controverse semble en passe de se résoudre.

Nous en présenterons diverses étapes et les articulations permettant de l’éclairer.

Lundi 23 Avril 2018, – 18h-20h, Maison des Associations de Grenoble, 6, rue Berthe de Boissieux – salle de conférences – Entrée libre.

 

La parole pierre de touche ultime de l’hominisation. Diderot rapporte en 1769 que le Cardinal de Polignac aurait dit à un orang-outang exposé dans une cage de verre au jardin du Roi : « Parle, et je te baptise » montrant par là que la parole était le visa nécessaire pour accéder à l’humanité. De son côté La Mettrie avait proposé en 1747, de placer le singe dans les conditions d’un écolier muet auquel on enseignerait à produire des sons de parole selon une méthode de démutisation proposée en 1692 par Amman, un médecin suisse. Etant donnée la forte analogie anatomique entre l’Homme et le singe, La Mettrie était persuadé qu’il serait possible « de lui apprendre à prononcer & par conséquent à savoir une langue ».

 

Immerger les singes dans un bain linguistique comme les bébés. Il faudra attendre les années 1950 pour que des psychologues américains mettent en place des expérimentations d’apprentissage de la parole pour tester les capacités cognitives de chimpanzés ou orang outangs, des singes relativement silencieux. Certains d’entre eux sont élevés « à la maison » par des couples de chercheurs, comme le bébé de la famille, dans un univers humain. Les résultats de ces recherches, très attendus, se sont montrés très décevants. Certains d’entre eux n’ont rien appris ni produit : au bout de 6 ans, le répertoire du plus loquace, n’a pas dépassé cinq mots d’anglais papa, mama, cup, up, tea, et celui d’un autre, quatre syllabes arbitraires notées puh, thuh, kuh, fuh. Ces performances sont nettement moins élevées que celles qu’un bébé de 18 mois qui peut produire une cinquantaine de mots et plus de syllabes : les singes seraient-ils démunis de toute capacité linguistique ou simplement muets, sans être sourds ?

 

Le verrou anatomique de l’émergence de la parole : la théorie de Lieberman (1968-

2017). Dès 1969 Lieberman et coll. proposeront une explication anatomique à cet échec : Ils font remarquer que les singes ont un petit pharynx, lié à sa position haute. Ce qui les empêcherait de produire des voyelles différenciées, comme /i a u/, les trois voyelles présentes dans une très grande majorité de langues. Même s’ils avaient le contrôle de leur conduit vocal, ils ne pourraient produire qu’une seule voyelle, la voyelle neutre comme dans l’article « le ». Au cours de l’évolution, le larynx de l’Homme se serait abaissé, libérant une cavité pharyngienne tout aussi volumineuse que la cavité orale. Dans le cadre de l’émergence de la parole, cette évolution aurait permis à l’Homo moderne d’acquérir, il y a environ 50.000-70.000 ans, cette capacité qui le distingue : la parole. Le paradigme de recherche fut ainsi posé : une équipe associant spécialistes de la parole avec une équipe d’informaticiens de pointe pour l’époque, celle du MIT, pour la simulation du conduit vocal.

Mais très rapidement va débuter une longue controverse sur un demi-siècle, d’abord alimentée dans le cadre de l’anthropologie physique pour Neandertal puis dans celui de l’acoustique pour les potentialités de production pour le bébé. Les primatologues puis les spécialistes de la communication animale vont mettent beaucoup de temps à douter de la théorie de Lieberman et coll. Mais les anomalies s’accumulant, les données se précisant et les modélisations se développant la controverse semble en passe de se résoudre.

Nous en présenterons diverses étapes et les articulations permettant de l’éclairer.

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Organisateur :
Neurocercle
0476880103
neurocercle.jh@sfr.fr
http://neurocercle.wordpress.com/
Lieu :
Maison des Associations
6 Rue Berthe de Boissieux, 38000 Grenoble, France
Tarifs :

Entrée libre

le
avr. 23 2018

De 18:00 à 20:00

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