Contradictions dans la transition énergétique mondiale

Publié par Gilles Henri, le 20 mars 2019   1k

Xl transition

Ce café a eu lieu au Café des Arts le mardi 14  avril 2019.

Après les COP 21 de Paris en 2015, et la COP 24 de Katowice en 2018 qui devait concrétiser les engagements des pays dans leur programme de réduction d’émissions de gaz à effet de serre (GES), les résultats concrets sont faibles en réalité. La fièvre qui a présidé la conclusion de l’accord de Paris est retombée. Et, contrairement aux engagements pour limiter à 2°C (et même plutôt 1,5°C) l’élévation de température moyenne du globe en 2100, on constate que les émissions globales ne baissent pas ; les experts anticipent une augmentation supérieure à 3°C fin de siècle. Ce qui voudrait dire que des régions entières connaîtraient des élévations bien supérieures avec canicules, sécheresses, inondations…

On peut s’interroger sur les raisons de cette contradiction. Ainsi pourquoi continue-t-on à prospecter de par le monde pour trouver de nouveaux gisements de pétrole, alors qu’il faudrait en laisser beaucoup dans le sol si on veut réellement diminuer nos émissions de GES ? Pourquoi ne s’engage-t-on pas résolument dans une campagne massive de rénovation énergétique de l’habitat ancien, dans tous les pays où la facture chauffage et climatisation est lourde ?
Pourquoi continuons nous à produire et acheter des voitures lourdes et polluantes, au lieu de prendre plus les transports en commun, le train et les modes “doux” ? Et le doublement tous les 15 ans du transport aérien n’est-il pas contradictoire avec la décarbonisation de notre économie ?
Un autre  secteur important en termes d’émission de GES est l’utilisation des sols agricoles : gestion des sols et des forêts, cultures, élevage : arrête-t-on de déforester, nous incite-t-on à consommer moins de viande ? Non, pas vraiment, c’est un non-sujet, en termes de GES en tout cas.

Pour la “production” de l’électricité, l’Allemagne est en train de sortir du nucléaire, et voudrait maintenant sortir du charbon tout en continuant à développer la part des énergies renouvelables solaire et éolien. Pour cela, elle s’apprête à construire une quantité considérable de centrales à gaz pour pallier la forte variabilité des sources renouvelables. Est ce une contradiction, ou simplement un paradoxe inhérent à l’utilisation massive de ces dernières sources ? Et en France, remettre en cause le nucléaire, très peu émissif en GES, conduirait probablement à augmenter ses émissions.
En fait, la contradiction la plus importante dans les schémas actuels n’est-elle pas de penser  qu’il suffirait d’améliorer l’efficacité énergétique de nos procédés - industrie, mobilité, habitat - pour atteindre les objectifs de consommation globale ? Est ce vraiment le cas ?
Nos intervenants sans aucun doute sauront répondre à vos interrogations.

Les intervenants :

Patrick CRIQUI, directeur de recherche, économiste de la transition énergétique.

Hervé NIFENECKER, président d'une association de défense du climat, président d’une association de médiation scientifique, chargé de cours

Gilles HENRI, astrophysicien, auteur d’un blog sur l’énergie et le climat.

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