Fête de la science 2021 : au cœur des "clairières de l'autre"

Publié par Pierre Gachod, le 17 octobre 2021   490

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Grenoble, fort de la Bastille, 7 octobre 2021

À la nuit tombée, des membres du laboratoire PACTE et IGE, en collaboration avec le collectif « Un euro ne fait pas le printemps », ont fait une prestation tout à fait unique pour la fête de la science.


9, 9 performances. 9 partages de points de vue. 9 discours pour sensibiliser au dérèglement climatique. 9 occasions de découvrir les émotions de « l’autre ». Nous sommes accueillis par un trio musical. Martin Heusse, Pierre Hamburger et Philippe Deharveng jouent respectivement de la guitare, du violon et du saxophone . Jouant avec entrain et marchant vers une destination inconnue sans interrompre le morceau, nous sommes tous déplacés pour suivre les musiciens.

Image Quentin Daveau

 


Image Quentin Daveau

Nos joueurs de Hamelin nous ont ainsi déposés dans notre première clairière. Brice Boudevillain, chercheur à l’IGE, nous fait un stand-up. Interprétant un cynique, en équilibre sur une planche représentant le monde, il dénonce la lenteur des scientifiques à créer des solutions toutes faites et confortables pour les populations. Il dénonce l’inaction des politiques pour « créer des lois dures, mais pas trop quand même ».

Le thème de la responsabilité ici est très fort, et on nous parle avec humour de zone critique, de la composition de la Terre.

 

Une fois la prestation terminée, les musiciens jouent de nouveau de la musique et nous entraînent à marcher dans la Bastille sous un ciel désormais totalement noir. Au pied du musée de la montagne, Yves Béal et Frédérique Maïaux du collectif nous livrent la deuxième clairière : la lecture théâtrale d’un dialogue fictif.

Le premier incarnant l’humain perdu, la deuxième incarnant Mère nature. Ils parlent de la fierté d’accomplissement de l'humanité, qui s’est transformée en vanité et excès. Les deux artistes posent un cadre de futur apocalyptique, déplorant la disparition de l’eau, des oiseaux. Mère nature prévient « son fils » qu’il n’y a pas de retour en arrière naturel. L'humain doit agir pour revenir à l’état d’avant.

Image de Quentin Daveau


Toujours guidés par le trio de musiciens, nous sommes amenés dans notre troisième clairière. Bruno Wilhelm de l’IGE nous attend, à côté de son vélo devant les lumières de Grenoble. Une deuxième personne de dos discute avec lui.

Pour cette clairière, le duo nous fait un documentaire poétique. Se servant des sédiments, qui s’accumulent avec les crues et le temps, Bruno Wilhelm pédale lentement sur son vélo, encourageant à freiner pour faire face au consumérisme. À ralentir pour apprécier les choses. De prendre son temps. « De déguster plutôt que de manger. De marcher plutôt que de courir ». Ce, tout en nous parlant des sédiments et du « rythme du vivant ».

Image M1 CCST

 

Une fois que les musiciens nous ont déposés à côté d’un arbre, Hervé Denis de l’IGE contemple silencieusement le végétal, une trompette à la main. L’arbre, s’exprimant d’une voix forte, lui parle de la musique de la nature. Des notes qu’elle produit et que l’humain a « tendance à prendre comme des billets ». Le chercheur lui répond en musique, ne s’exprimant qu’avec l’instrument. Il adapte son rythme pour ralentir et fluidifier ses notes  jusqu’à jouer son « tango de la dernière chance ».

Image de Quentin Daveau

 


Danse synchronisée et slam sont les formats choisis pour la cinquième clairière. Isabelle Ruin, accompagnée d' Anne-Christine Brenière et Laurence Cousin, répètent en boucle des vers. Trois thèmes ressortent : Réveiller (notre conscience), interroger (nos habitudes), imaginer (notre collectif). Pour la troisième fois, la notion de « ralentir notre rythme » revient.

Image de Quentin Daveau

 


C’est à côté que la sixième clairière commence. Sandrine Anquetin de l’IGE prend la stature de conteuse d’histoire. Elle raconte l’histoire d'une femme gardienne de l'eau du puits d'un village qui un jour, se retrouve à sec. La femme, responsable, part chercher l'eau. Elle s’enfonce dans les profondeurs sèches du puits. Elle déboule dans une magnifique grotte, trouve un lac souterrain et rencontre un garçon qui puise l'eau du lac pour nettoyer des panneaux solaires. Tout deux viennent de villages différents mais puisent l’eau de cette même source pour deux raisons vitales (avoir de l’eau et permettre l’accès à l’électricité de la région), si bien que la source s’en retrouve épuisée. Faisant remonter le problème aux villages respectifs, le récit s’achève sur le dilemme suivant : aucun village ne veut céder son accès à la source.

Avec cette prestation, Sandrine Anquetin met en évidence l’existence de soucis liés aux ressources qui ne peuvent avoir de solution arrangeant tout le monde.

Image de Quentin Daveau

 

Pour la septième clairière, un projecteur nous présente Juliette Blanchet qui court dans la forêt. Cette chercheuse de l’IGE vient finalement sur scène et parle de son sport. Une fois encore, la notion de ralentir la consommation revient. D’avoir « une vie raisonnée. ». Elle nous parle de compétition. Que nous sommes acteurs responsables, parfois alimentant la machine (« Je sais de quoi je parle moi même je participe. »). Tout au long du discours, les paroles prennent du rythme pour former un slam.

Image de Quentin Daveau


 

Maurine Montagnat, chercheuse à l’IGE, nous anime la huitième clairière. Elle réinterprète Last Exit to Paradise, un morceau de Hubert-Félix Thiéfaine. Le concert présente un message sur l'excès, les dérives et l'insouciance de l'humain.

Image Marie Arthuis

 


Pour la neuvième et dernière clairière, Céline Lutoff exécute des mouvements de yoga et de danse lente pour parler de la métamorphose nécessaire pour palier à l’urgence climatique. On nous parle de se concentrer sur l'essentiel. « D'apprécier les petites choses, de rejoindre une part de sensibilité. »

Image de Marie Arthuis

 


Tout le spectacle « les clairières de l’autre » forme un cadavre exquis où chaque chercheur s’essaye à plusieurs formes artistiques pour nous parler de thèmes qui sont chers à leur yeux. Pour aider à la réalisation des performances, une équipe technique apporte son, lumière et coordination, infiltrant la foule pour l’aider à vivre. Près d’un an de préparation a été nécessaire pour arriver au résultat final. Une vidéo teaser, qui donne également un avant goût des coulisses est d’ailleurs disponible sur le net. Toutes ces informations, et plus encore, sont sur le site un euro ne fait pas le printemps :

https://uneuro.org/creations-partagees/clairieres-de-l-autre

Image de Marie Arthuis

Un grand merci à Marie Arthuis et Quentin Daveau pour Ouranos-AuRA, et leur apport d'images pour cet article.