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Les français face à leur alimentation

Publié par Angélique Carrara, le 5 décembre 2018   320

Xl christmas food on a plate

Credit Photo : Public Domain Picture


Le lundi 3 décembre 2018, la Maison des Sciences de l’Homme de Grenoble a accueilli François ALLARD-HUVER, maître de conférence à l’université de Lorraine, pour une intervention sur les controverses alimentaires : entre emballement médiatique et changement des pratiques. 


Les français font-ils confiance à leur alimentation ?

Pour introduire ce séminaire, quelques chiffres sur la perception de l’alimentation semblent s’imposer. Par exemple, en 2010, 56% des français pensaient que les aliments qu’ils mangent nuisent à leur santé. Leurs sujets de craintes sont relativement vastes : les résidus de pesticides, les hormones de croissance et antibiotiques, les polluants, la fraicheur des produits, les additifs et conservateurs, et enfin les OGM, ces derniers étant de plus en plus importants dans le contexte actuel.
En dehors du fait que les français craignent pour la majorité leur alimentation, il faut également prendre en considération leur manque de confiance envers les autorités. On observait en 2010  que 41% des citoyens n’accordaient pas cette confiance. De plus, 50% des français considèrent qu’on ne leur dit pas la vérité sur les dangers des produits alimentaires, ce qui confirme une certaine méfiance de leur part.
Cependant, les citoyens accordent fortement leur confiance aux associations de consommateur (à 86%) et aux fermiers (à 85%). Mais celle-ci va considérablement diminuer lorsqu’il s’agit de distributeurs (53%), d’agribusiness (47%) ou encore de l’Union Européenne (42%).


L’alimentation comme objet complexe

Edgar Morin, sociologue et philosophe français, a développé une réflexion autour de la pensée complexe régie par 3 dimensions. Il s’avère que l’alimentation se présente comme un objet complexe selon ces 3 points :

  • Le principe hologrammique, qui montre qu’un aliment reflète le système de production sous jacent, la culture, ainsi que ce qui est construit autour de certains aliments comme coeur de l’alimentation. Dans notre pays par exemple, le blé est la denrée alimentaire dominante, alors que dans les pays asiatiques, il s’agira plutôt de riz.
  •  Le principe de récursion, où la modification d’un élément va influencer tout le processus de production.
  • Le principe dialogique, qui met en exergue le fonctionnement simultané de logiques contraires, voire parfois opposées, sans qu’il n’y ait de contestation. Par exemple, la France est le pays de la gastronomie, ce qui ne l’empêche pas d’être le deuxième pays consommateur des McDonalds.

Au delà du fait que l’alimentation est désormais considérée comme un objet complexe, il est maintenant question de distinguer les deux modèles alimentaires qui s’opposent aujourd’hui. D’un côté, le modèle français s’appuyant principalement sur la gastronomie et les recettes avec un aspect hédoniste, et, de l’autre, le modèle anglo-saxon centré sur la sécurité. Ce dernier se tourne davantage vers une idéologie hygiéniste, prônant la qualité alimentaire et la santé.


Les enjeux impliqués dans un scandale alimentaire : cas de l’affaire Findus

Nombreux sont les scandales alimentaires depuis quelques années. Chacun implique différents enjeux en fonction du contexte, de la médiatisation qui en a été faite, ou encore des acteurs en jeu. L’un des premiers enjeux que nous pouvons citer est l’enjeu éthique, qui se retrouve systématiquement. Dans le cas de l’affaire Findus par exemple, il était question d’un mensonge sur la viande utilisée, qui renvoie directement à l’éthique de l’entreprise envers les consommateurs. Dans le même scandale, nous pouvons également relever des enjeux économiques. L’augmentation du prix du bœuf, face à une diminution du coût du cheval n’a fait que motiver les acteurs à frauder. La course aux prix des distributeurs a poussé les producteurs à baisser leurs prix, ce qui les a eux même poussé à tricher sur la nature de la viande.
Une fois ce scandale médiatisé, de nombreux acteurs ont pris part à la discussion, comme la Commission Européenne qui justifiait une traçabilité irréprochable (enjeux politiques), ou encore comme des associations de défense des animaux qui influençaient les consommateurs sur les pratiques d’achat (enjeux culturels et éthiques). Outre ces enjeux propres au scandale, il est tout de même essentiel de saisir les enjeux qui impliquent directement l’entreprise concernée, qui n’est autre que Findus. À cette époque, il lui faut à tout prix éviter que, dans l’esprit de la population, elle soit reliée à cette affaire. L’objectif de Findus va être de déployer une campagne de transparence pour montrer qu’elle est victime de cette histoire, tout comme l’ont été les consommateurs. C’est donc un enjeu communicationnel fort qui concernait la firme.


Pour conclure ce sujet, nous pouvons nous poser une question sur le changement des pratiques actuel. En effet, la consommation de nourriture biologique est elle motivée par un souci environnemental, ou plutôt par un souci de soi ?