Réflexion sur notre assiette (et sur celle du voisin)

Publié par Hélène Mottier, le 7 juin 2018   1.3k

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Chronique rédigée et présentée par Hélène Mottier pour le MagDSciences

>> Ré-éditée pour Echosciences <<


La Maison des Sciences de l’Homme (MSH-Alpes) de Grenoble nous invite depuis le début du mois d’Avril à repenser cet acte banal, primaire, qu’est manger. Manger fait débat. Dans nos sociétés modernes qui se sont complexifiées, hyper spécialisées, nous ne sommes plus bien sûr de ce qui se retrouve dans nos assiettes, ni de l’impact que peut avoir ce simple geste à grande échelle, sur notre santé, sur l’écosystème. Se pose aussi des questions éthiques : la cause animale vient au premier plan mais d’autres questions liées à la surproduction agricole sont aussi à considérer. De fait, manger est aujourd’hui un véritable enjeu social, écologique et sanitaire.

Pour ce Magasine des sciences, nous avons choisi de nous intéresser à nos comportements alimentaires en trois temps :  Comment l’évolution a-t-il pu influencer nos goûts alimentaires ? Quels sont nos modes de consommation alimentaire modernes ? Quel modèle d’alimentation pour demain ?


D'où provient notre appétit pour les aliments caloriques ? 

Les êtres humains, comme tous les autres organismes vivants, ont connu des changements au cours de l’évolution par interaction avec l’environnement. Une de ces adaptations chez les omnivores serait la capacité à apprendre et reconnaître les aliments très caloriques. Ils fournissent en effet l’énergie nécessaire pour le bon fonctionnement du corps. Dans la plupart des environnements naturels, les calories digestibles ne sont pas en libre accès et ils sont fréquemment indisponibles en quantité suffisante. Dans ces environnements, les animaux ont pu apprendre quelles nourritures contenaient un apport suffisant de calorie pour augmenter leurs chances de survie. 

Etant donné la variété des sources de nourritures accessibles aux omnivores, il est peu probable que les animaux aient développés une connaissance innée des aliments hautement caloriques. Il est plus adaptatif pour ces animaux d’avoir acquis la capacité d’apprendre à préférer, après une exposition brève, ce type d'aliments. De fait, notre cerveau associerait très tôt et très rapidement les aliments sucrés, gras et issus d’autres animaux avec les aires cérébrales déclenchant des messages émotionnels positifs : le fameux circuit de la récompense.


Les modes d'alimentation actuels en France

Dans nos sociétés modernes, bon nombre de pays connaissent une abondance de nourriture hautement calorique. Dire que certaines entreprises font leur beurre de ce lien entre calories et émotions positives, est assez cocasse mais véridique !

L’étude individuelle nationale des consommations alimentaires (INCA 3) a été réalisée entre février 2014 et septembre 2015 sur le territoire français métropolitain auprès de plus de 5 000 individus. Publiée en juin 2017, cette étude nous donne un aperçu de la consommation alimentaire au regard de différents indices démographiques. De manière générale, nos assiettes sont de plus en plus remplis de produits transformés et contiennent plus de sel que recommandés pour la santé. De leur côté, les apports en fibres sont trop faibles. Les Français consomment également de plus en plus de compléments alimentaires comme le magnésium et certaines vitamines, effectivement peu représentés dans les aliments du quotidien. L’étude révèle également des disparités de comportements alimentaires en fonction de l’âge ou du sexe par exemple. Les adultes de 65 à 79 ans consomment en plus grande quantité des produits faits maison, issus de leur propre production ou celle de l’entourage. Les hommes mangent plus que les femmes et privilégient les denrées animales crues et les produits céréaliers.

Une étude également menée en 2015 a mis en évidence que 34% des français consomment quotidiennement de la viande, 33 % en consomment au moins une fois par semaine et seulement 2.4% se déclarent végétariens. D’ailleurs, les végétariens sont majoritairement des végétariennes ! Alors que les cadres et les professions intellectuels supérieurs se caractérisent par une surconsommation des produits animaliers, on retrouve un taux élevé de végétarisme chez les personnes sans activité professionnelle. Enfin, les retraités se caractérisent par des comportements alimentaires plus modérés, c’est-à-dire, par une meilleure répartition des différents types de nourriture consommés.


 Quel(s) modèle(s) d'alimentation pour demain ?

Les modes d’alimentation actuels ne pourront -et ne devront- toutefois pas persister encore longtemps. Le gaspillage, l’utilisation immodérée de pesticides, la prise en considération des conditions de vie des animaux d’élevage, l’augmentation de l’obésité dans la société sont autant de raison qui amènent de  nombreux chercheurs à réfléchir à une alimentation durable et produite dans le respect de l’environnement et des animaux.

Au niveau individuel, il apparaît une prise de conscience grandissante de ces divers enjeux et du rôle que chacun peut jouer dans la transition. Ainsi, d’après un sondage mené par l’ONG GoodPlanet et l’Institut national de la consommation, 37% des individus, en majorité les femmes et les moins de 25 ans, disent avoir l’intention de revoir leurs comportements alimentaires notamment par une baisse de la consommation des produits animaliers. Les raisons de cette volonté sont principalement sanitaires et budgétaires. Vient ensuite la considération de l’impact environnemental et l’empathie envers les animaux d’élevage.

Savoir quel modèle alimentaire est préférable sur le long terme reste une question scientifique complexe. Les recherches tendent à montrer que « la prédominance végétale permet des régimes plus sains et durables ». François Mariotti, Professeur de Nutrition à l’Université Paris-Saclay, rajoute également que « les produits animaux doivent être cantonnés à leur place, qui n’est pas celle de la base de la pyramide alimentaire ». 

En attendant, notons que l’avenir n’est pas lointain et qu’individuellement, nous pouvons porter plus d’attention à ce qui se trouve dans nos assiettes et éduquer notre cerveau a associé positivement d’autres aliments que ceux très caloriques ! ;) 


 

 

Références bibliographiques :

Esnouf, C. (2017). L'alimentation à découvert. CNRS Éditions via OpenEdition.

http://faculty.baruch.cuny.edu/naturalscience/biology/darwin/faculty/loguea.html

https://www.anses.fr/fr/system/files/NUT2014SA0234Ra.pdf

https://theconversation.com/les-francais-mangent-et-mangeront-moins-de-viande-1-49680   

https://theconversation.com/manger-vegetarien-bon-pour-la-sante-ce-que-dit-et-ce-que-ne-dit-pas-la-science-86338