Sciences et innovations médicales à Grenoble

Publié par Sallier Maïa, le 1 juillet 2021   770

Xl midi solidaire

Plongez au cœur de la recherche médicale grenobloise ! 

Au programme de cette émission consacrée aux sciences et innovations médicales grenobloises, vous entendrez tout d’abord une chronique de Tancrède qui va nous présenter l’Axe Neurosciences cliniques du CHU de Grenoble. Ensuite, vous découvrirez le Musée grenoblois des Sciences médicales de Grenoble à travers le reportage de Maïa, qui a rouvert ses portes au public pour son exposition “Cousu main, du scalpel au robot”. Enfin, vous trouverez une interview de Cyril Boyault, chercheur au CNRS en biologie de la signalisation. Il est également porteur de la future startup “Reckonect” de Grenoble, lauréate du trophée R2B Onco 2021, décernée par le cancéropôle CLARA. 

Pour réécouter l'émission "Sciences et innovations médicales à Grenoble" diffusée le 16 juin 2021 sur les ondes de RCF Isère, c'est juste ici ⬇

Une émission réalisée par Maïa Sallier et présentée par Nicolas Boutry

Cyril Boyault, Maïa Sallier et Tancrède Ménard

La chronique de Tancrède : Présentation de l'Axe Neurosciences cliniques du CHU Grenoble-Alpes

On commence cette émission avec vous Tancrède, vous êtes stagiaire en communication scientifique au sein de l’Axe Neurosciences Cliniques du CHU Grenoble-Alpes. Mais qu’est-ce que c’est ? 

Eh bien l’Axe Neurosciences Cliniques est une structure hors sol récemment créée, qui regroupe tout ce qui touche de près ou de loin aux neurosciences dans le CHU de Grenoble. Elle a comme principal objectif d’améliorer les soins existants en facilitant les collaborations entre services, et en renforçant l’interdisciplinarité des recherches qui y ont lieu.

Du coup, quels sont les médecins qui travaillent dans cet axe neurosciences ?

Au total, ce sont plus de 80 cliniciens qui sont regroupés au sein de 10 unités très variées.
Parmi elles, on trouve bien-sûr la neurologie, qui étudie et prend en charge les maladies du système nerveux, comme l’épilepsie ou la maladie de Parkinson, mais aussi la neuropédiatrie et la neurochirurgie.

On retrouve également tout ce qui concerne les images précises du cerveau, comme les IRM ou les scanners, avec la neuroimagerie. L’unité neurogénétique, elle, étudie les maladies du système nerveux d’origine génétique, comme la maladie de Huntington.

On y trouve également les équipes de neurotraumatologie, par exemple pour le soin des traumatismes crâniens, et de neuropathologie, qui analyse et étudie les différents tissus malades du corps humains liés au système nerveux, par exemple des tumeurs.

La psychiatrie, pour la prévention et le traitement des maladies mentales, la dépression, ou l'hystérie par exemple, la Médecine Physique de Réadaptation (MPR), qui vise le recouvrement des capacités fonctionnelles des personnes touchées par un handicap, et la médecine légale, en font également partie !

Alors, quels genres de recherches ont lieu en ce moment au sein de l’axe neurosciences du CHU Grenoble - Alpes ?

Alors beaucoup de projets de recherche et d’essais cliniques ont lieu en ce moment. Mon préféré est le projet BRAINI, financé par l’Union Européenne à hauteur de 750 millions d'euros sur un an, et en partenariat avec l’industriel bioMérieux. 

Actuellement, lorsqu’un patient est reçu aux urgences avec un traumatisme crânien léger, un scanner est fait quasi-systématiquement pour s’assurer que son cerveau ne présente pas de lésion. Seulement, dans plus de 90% des cas, le patient n’en présente pas et le scan s’avère complètement inutile ! Pas terrible pour une opération très coûteuse, qui de plus, expose le patient à des fortes doses de rayons X.

Le projet BRAINI vise à étudier la présence et le taux de 2 protéines caractéristiques du système nerveux, via des analyses de sang des patients, appelées biomarqueurs, connues pour être sécrétées après un traumatisme crânien, et de voir dans quelle mesure elle est corrélée – ou non - avec la présence de lésions dans le cerveau. La récolte des échantillons se fait actuellement dans les urgences de nombreux CHU français et espagnols, dont le CHU de Grenoble. Si les résultats s’avéraient concluants, ils ouvriraient la voie à des soins beaucoup plus rapides et personnalisés aux patients atteints de traumatismes crâniens légers.

Et bien écoutez on attend que vous reveniez nous en parler quand les résultats seront publiés ! Merci beaucoup Tancrède de nous avoir parlé de cet axe Neuroscience au CHU Grenoble-Alpes. 

Le reportage de Maïa : Visite de l'exposition "Cousu Main, du scalpel au robot" au musée grenoblois des Sciences médicales

Sylvie Bretagnon, Responsable du musée grenoblois des sciences médicales

L’exposition “Cousu main, du scalpel au robot”, proposée par le Musée des Sciences médicales, nous rappelle l’histoire de la chirurgie grenobloise. Le Centre hospitalier universitaire Grenoble Alpes inaugure son nouveau plateau interventionnel de 7000 m². Le chantier comprend notamment la rénovation complète du plateau de blocs opératoires qui sera désormais à la pointe de la technologie. 

Je suis maintenant avec Sylvie Bretagnon, responsable du musée grenoblois des Sciences médicales, Sylvie Bretagnon, Bonjour ! 

Bonjour ! 

Pour commencer, est-ce que vous pourriez nous dire en quelques mots : De quoi parle cette exposition ? 

Cette exposition elle retrace l'évolution et la place de la chirurgie ici, à l'hôpital de Grenoble. On le voit à travers des plans où on voit les espaces réservés à la chirurgie, comment ces espaces se sont affirmés, développés et technicisés. On le voit à travers des objets.

Qu’est ce qu’on peut y trouver justement de singulier, d’atypique comme objet  ? 

Dans l'exposition, on a mis en scène des aiguilles qui étaient utilisées au XVIIIe-XIXe siècle par exemple pour opérer de la cataracte. On a reconstitué une salle d'opération des années 30. Et puis on a quelques vitrines avec notamment une vitrine qui présente toutes les prothèses qu'on a pu développer au XXe siècle pour par exemple réparer les hanches. 

Plus largement, quel est le rôle du musée des Sciences médicales ? 

Alors le musée il existe depuis 1992, les premières expositions datent de 1996. Son rôle c'est vraiment conserver et valoriser le patrimoine de la santé, garder trace de cette histoire hospitalière. 

J’ai vu que en ce moment l’équipe du musée était en train de faire un travail d’inventaire, est-ce que vous pourriez nous en dire un peu plus ? 

Quand le musée a été créé, des dons ont été fait au musée. L'idée c'est de, comme tout musée, de pouvoir retrouver ces objets dans les réserves. On s'est équipé d'un outils qui a été développé par l'association ACONIT, qui est une base de donnée qui nous permet de mieux gérer nos réserves, nos objets. Donc au quotidien c'est un gros travail : il faut photographier des objets, leur attribuer un numéro, les décrire, les replacer dans leur contexte. On va traiter de nombreux objets, on a à peu près 4000 objets je crois. Soit des objets professionnels, des prototypes soit des objets caractéristiques. Par exemple dans l'exposition on a les lunettes de chirurgien de Monsieur Joseph Barillet, qui a été chirurgien ici à l'hôpital. Des meubles, des tableaux qui ont aussi appartenu à l'hôpital et qui sont déposés dans nos réserves. 

Qu’est ce que vous voudriez dire aux futurs visiteurs qui hésitent encore à aller voir cette très belle exposition ? 

Eh bien que ceux qui ne connaissent pas seront assez surpris par cette espace insolite, qui est une chapelle. Et puis découvrir des choses que l'on imagine pas, percevoir la chirurgie autrement que par ce qu'on peut voir dans les séries télévisées. Là on est vraiment dans une réalité hospitalière. 

Le temps d'une minute, retournons quelques années en arrière pour découvrir le quotidien des chirurgiens grenoblois. 

Alors ici voilà, on a reconstitué une salle d'opération pour ne pas dire un bloc opératoire. On est encore sur la salle d'opération avec la table 1930, celle que l'on trouve dans les catalogues Collin, le scialytique. Malgré tout derrière, on a cette reconstitution que moi j'appelle le ciel ouvert. Jusque dans les années 20-30, l'idée c'est d'opérer de jour, d'utiliser la lumière du jour dans la salle d'opération. Et puis progressivement l'électricité envahie les hôpitaux. On a plus besoin de la lumière du jour, on va utiliser le scialytique et du coup on va aussi pouvoir opérer de jour comme de nuit. Donc dans les années 60-70, c'est vraiment là que le nombre d'opération va fortement augmenter. Dessous le masque d'Ombredanne, qui est vraiment le masque typique que l'on retrouve pour pratiquer l'anesthésie. L'appareil de Lucas Championnière, qui permet de diffuser les produits pour désinfecter. Cela était autrefois utilisé jusque dans les années 40-50. Des vitrines avec du matériel, des catalogues, des ouvrages...

Merci beaucoup Sylvie Bretagnon, je rappelle que vous êtes responsable du musée grenoblois des Sciences médicales. 

Merci à vous ! 

Si vous souhaitez vous inscrire à une visite, rendez-vous sur le site internet  musée-sciences-médicales.fr

L'interview de Cyril Boyault, porteur de la future startup “Reckonect” de Grenoble, lauréate du trophée R2B Onco 2021, décerné par le cancéropôle CLARA

Cyril Boyault

Je suis maintenant avec Cyril Boyault, chercheur au CNRS en biologie de la signalisation et porteur de la future startup “Reckonect” de Grenoble qui est également lauréate du trophée R2B Onco 2021. 

Cyril Boyault, bonjour et bienvenue ! 

Bonjour Maïa !

Alors pour débuter, quelques mots de présentation sur votre parcours : Vous avez suivi des études à l’université de Biologie de Grenoble, jusqu’en thèse, puis vous êtes ensuite passé à la prestigieuse université Harvard, puis  vous travaillez depuis une dizaine d’années à l’IAB, l’Institut pour l’Avancée des Biosciences, donc un institut dans la recherche biomédicale fondamentale et translationnelle basé à Grenoble, au sein de l’équipe ALBIGES. 

Donc la recherche biomédicale translationnelle, qu’est-ce que c’est et quel est votre travail au sein de l'équipe ? 

D'abord je souhaiterais remercier l'équipe de Corinne Albiges avec des personnalités qui m'ont permis de faire fleurir ce projet et c'était pas facile au début mais j'ai eu beaucoup de soutien. Il y a eu Manu, Eva et d'une certaine manière aussi Olivier qui m'ont permis vraiment de pousser le projet avec Anne-Pascale. En quoi cela consiste ? Cela consiste à récupérer tout un tas de données sur internet et puis dans des bases de données aussi. Notamment dans la littérature scientifique, de pouvoir agréger tout ça, toute cette somme de connaissance, de pourvoir y accéder. Et puis de faire avancer la recherche notamment sur des maladies terribles comme le cancer du sein triple négatif ou la médecine régénérative.  

Merci, on arrive déjà à y voir un peu plus claire dans ce champ de recherche ! 

Donc le Cancéropole CLARA, basé à Lyon, dans le cadre de son Forum de la Recherche en cancérologie a récompensé 2 entreprises pépites, incubés par Pulsalys et Linksium pour le développement de produits, outils et services innovants en oncologie, donc une spécialité médicale d’étude, de diagnostic et de traitement des cancers. Votre future startup Reckonect a reçu le trophée R2B ONCO, Félicitations ! Qu’est-ce que ça représente pour vous et votre future entreprise ?

C'est une super nouvelle qu'on a eu, on est vraiment très contents parce que c'est une prise de risque qui a été faite il y a quelques années de ça, quasiment trois ans, quatre ans. On a monté une équipe autour de ce projet. Et finalement le CLARA et le trophée R2B ONCO, c'est la reconnaissance de tout le gros boulot qui a été fait, toute la prise de risque qui a été fait. On l'a pris comme pour nous dire merci d'avoir bossé collectivement, d'avoir su faire émerger un projet très ambitieux, certains diraient un peu fou. Donc on est vraiment contents de ça. 

Et concrètement, qu'est-ce qu'elle propose cette entreprise ? 

Alors l'entreprise elle fait face à la diversité des données qui sont publiés de typologie complètement différentes. De la littérature scientifique première, des essais, des tests in vitro, in vivo, des essais cliniques, des brevets qui sont publiés. Nous ce qu'on fait, on a pas inventé la poudre, on agrège tout ça ensemble en une énorme base de connaissance qui va mettre toutes ces données en lien, et puis ce qu'on va proposer à nos clients, c'est un accès à la connaissance, un peu comme une sorte de Google en recherche de science de la vie, en général, dont les aspects biomédicaux pour aller proposer des nouvelles applications comme la recherche de nouvelles thérapeutiques, la recherche de mécanismes d'actions, la prédiction d'effets secondaires, ce genre de choses. 

Et avec qui travaillez vous sur ce projet de startup justement ?

Il n'y a pas d'homme providentiel, je suis pas tout seul ! Je dirai que je me définirai comme le gardien de cirque. J'ai deux, voir trois personnalités super importantes. Il y a Johann Poignant qui sera le futur CTO de la startup et Jibril Frej, qui gèrent tous les deux la mise en place de la base de connaissance, la recherche d'information, la modélisation par l'Intelligence artificielle des prédictions des effets secondaires notamment. Et puis Mathilde Proponnet, qui est chercheuse en biologie des réseaux et qui nous aide là-dedans. Donc c'est à plusieurs.

Est-ce que vous auriez une situation concrète d’utilisation à nous raconter, des exemples d’application, un chercheur qui prend votre logiciel, qu'est-ce qu'il en fait ? 

Alors on a pas mal de choses. Il y en a une malheureusement qui est aigu en ce moment, c'est la crise de la Covid-19, et pour laquelle on a mis en place tout un process grâce à notre base de connaissance, pour aller récupérer l'intégralité des manuscrits, de la littérature scientifique, des essais cliniques qui sont fait sur de nouveaux traitement thérapeutiques contre la Covid. 

On a réussi à agréger tout ça et puis on a fait ce qu'on appelle une carte de connaissance, un peu comme une carte routière, une carte de réseau. Et grâce à ça, on a pu faire des prédictions pour retrouver des nouvelles thérapeutiques, grâce à des thérapeutiques qui sont déjà vendues en pharmacie : On appelle ça le repositionnement d'indication. Cela c'est un boulot qui a été fait par une étudiante brillante et prometteuse qui s'appelle Cindy Mahalatchimy, et bien sûr tout le labo a contribué à ça. 

On a un deuxième cas, c'est sur des fibroses hépathiques, type NASH. Et là c'est Michel Mubalama qui est aussi étudiant avec nous, qui a pu utiliser nos outils qu'on a développé et notamment pour suggérer l'existence de nouvelles thérapeutiques contre la NASH, l'existence de biomarqueurs contre ça. 

On peut dire que vous avez une double casquette, une casquette de chercheur et une autre de porteur de votre startup Reckonect, qu’est-ce que vous aimeriez dire aux jeunes qui nous écoutent qui aimeraient faire de la recherche en biologie ou encore aux personnes qui aimeraient se lancer dans un projet d’entreprenariat ? 

Je dirai qu'il faut rien lâcher et vous faire confiance, pour aller chercher, même des choses complètement farfelues, des choses très ambitieuses, même si on vous dit que c'est impossible. Eloignez-vous des gens toxiques, éloignez-vous des gens qui n'y croient pas, éloignez-vous des gens qui patiemment vont essayer de vous savonner la planche ou de vous saper le travail. Et retrouvez les copains. Il y a pleins de copains que vous ne connaissez pas encore, qui ont des compétences très complémentaires à ce que vous faites, et partez ensemble, parce que c'est d'abord une aventure humaine !

Merci beaucoup Cyril Boyault, rappelons que vous êtes chercheur au CNRS en biologie de la signalisation et porteur de la future startup “Reckonect” de Grenoble qui est lauréate du trophée R2B Onco 2021.

Monsieur Cyril Boyault remercie chaleureusement le GEFLUC Isère, la fondation MSD Avenir, l’IRGA de l’UGA, et bien évidemment la SATT Linskium et le CNRS pour leur soutien au quotidien.

Liens utiles : 

Un article rédigé par Maïa SALLIER, stagiaire en communication scientifique chez RCF Isère et réalisatrice du Magazine des sciences.