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Le Master CCST

Dévoiler les astres lointains - retour sur la séance #1 du séminaire #SFMgre

Publié par Léna Gauthier, le 20 avril 2021   310

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Un article écrit par Léna Gauthier, Maïa Sallier, Amel Boucherka, Nevenig Robert, Tancrède Ménard et Thomas Pellissier.

Dans le cadre de notre UE « Partager les Sciences par la fiction », au sein du Master Communication et culture scientifiques et techniques (CCST) de Grenoble, nous avons eu l’occasion de participer, de préparer et co-animer le séminaire en live sur YouTube, « Science, fiction, médiation », sur le thème 2021 "Origine de la vie & exomondes". Celui-ci est porté par le laboratoire du Gresec, le CDP « Origine of life » et est soutenu par la MSH Alpes. Chaque session réunissait un.e scientifique et un.e auteur.rice de science-fiction. Ainsi, le 16 mars 2021, a eu lieu la première session intitulée "Dévoiler des astres lointains", avec comme invités Laurence Suhner et Xavier Delfosse.

Retrouvez la captation de la séance dans la vidéo ci-dessous :


Deux invités au carrefour des sciences et de la fiction 

Laurence Suhner est, entre autres, autrice de science-fiction. Outre le cycle QuanTika, elle est l’autrice de la nouvelle Le Terminateur, publiée dans la revue Nature. Il s’agit d’une création visant à rendre accessible à un public de non-initié.e.s la découverte des sept exoplanètes du système TRAPPIST-1. Véritable succès, la nouvelle a été référencée sur le site internet de la NASA. 

De son côté, Xavier Delfosse est astronome à l’Institut de planétologie et d’astrophysique de Grenoble (IPAG). Après une formation universitaire à Grenoble, il effectue sa thèse sur les naines brunes et les étoiles de très faible masse. Il passe ensuite une année à l’Observatoire de Genève, où il travaille dans l’équipe de Michel Mayor et y découvre sa première exoplanète. En 2012, il co-signe, avec Xavier Bonfils, deux publications présentant une estimation du nombre de planètes potentiellement habitables dans la Voie lactée.

Cette séance de séminaire, découpée en deux temps, d’abord 45 minutes d’échanges entre les intervenant.e.s, puis 45 minutes d’échanges avec le public, se proposait de revenir sur les thèmes de l'imaginaire autour des exoplanètes et de la vie extrasolaire sous l’angle de la médiation scientifique. 

 

Premier thème : l’imaginaire autour des exoplanètes

La première partie portait sur l’imaginaire autour des exoplanètes. Ces dernières suscitent la fascination, depuis de nombreuses années, et leurs représentations, merveilleuses ou au contraire très hostiles, ne sont pas sans rappeler la quête d’exotisme dans les représentations du monde colonial. Ces mondes lointains sont source de fantasmes et d’interrogations quant à la place et le devenir de l’Humanité sur Terre et dans l’Univers. Nos deux intervenant.e.s ont donc pu questionner certains de ces imaginaires et les réflexions qui les entourent.

Laurence Suhner a forgé ses créations basées sur les exoplanètes à partir de ses lectures de jeunesse et des représentations dessinées de celles-ci. La documentation scientifique et les collaborations avec des scientifiques lui ont également permis de nourrir son imagination ; une manière d’ajouter du réalisme à sa vision d’artiste. 

Pour Xavier Delfosse, spécialiste de la question, la connaissance sur les exoplanètes commence à s’étoffer de plus en plus. La première exoplanète a été découverte il y a près de 26 ans maintenant, et depuis, les astronomes sont en possession de davantage de données sur leur nombre et leur constitution, mais certains imaginaires restent tenaces.

 

Second thème : l’imaginaire autour de la vie extrasolaire

Après les exoplanètes, Xavier Delfosse et Laurence Suhner se sont penchés sur les imaginaires de la vie extrasolaire. Une question existentielle vient alors rapidement en tête « sommes-nous seuls dans l’Univers ? ». Si, du côté de la science, la question ne paraissait pas très sérieuse il y a encore quelques années et parfois encore aujourd’hui, dans certaines disciplines, des recherches ont vu le jour pour estimer les possibilités d’une vie extrasolaire. Les scientifiques tentent notamment d’apporter des éléments de réponse à cette question, par l’identification et l’observation d’exoplanètes. Xavier Delfosse, ainsi que d’autres astronomes et chercheur.e.s en exobiologie, essaie d’identifier des biomarqueurs et des facteurs prédictifs de l’apparition et du développement d’une forme de vie extrasolaire. Dans un autre registre, il y a également le programme américain SETI (Search for Extra-Terrestrial Intelligence) qui, lui, est essentiellement tourné vers la recherche de civilisations intelligentes et technologiques extraterrestres. 


La question de la vie extrasolaire suscite donc des fantasmes depuis des années, des siècles. Elle est au cœur des univers de science-fiction : dans la littérature, les séries ou le cinéma, de nombreuses œuvres traitent de la rencontre avec une vie extraterrestre/extrasolaire, mais « comment ne pas tomber dans l’éternel cliché des petits hommes vert ou des vies alien hostiles à l’espèce humaine ? ». Pour Laurence Suhner, tout part d’une idée : la création de la vie extrasolaire/de l’alien dans la fiction a pour vocation principale de servir une histoire. 

Inversement, si les imaginaires de la vie extrasolaire peuvent paraître dangereux quant à l’objectivité des observations des astronomes et des chercheurs en exobiologie, Xavier Delfosse n’est pas totalement d’accord. Pour lui, l’impressionnant n’est pas toujours où on le croit. L’extrêmement petit peut aussi avoir des conséquences considérables pour une planète. Ainsi, la recherche de vie extrasolaire passe aussi par la quête d’anormalité par rapport aux référentiels terrestres. Mais tout cela s’inscrit sur le temps long. En attendant, la fiction nous laisse rêveur.euse.s et nourrit nos imaginaires quant à la place et l’avenir de l’Humanité sur Terre et dans l’Univers.

Quelque part entre Sciences et Imaginaires

Si la CST interroge les liens entre sciences et sociétés, la science-fiction, elle, questionne les frontières entre sciences et imaginaires. Comme l’a souligné Laurence Suhner en conclusion de cette session, les scientifiques ne doivent (en théorie) pas transmettre d’information erronée, alors que les auteurs.rices de science-fiction sont plus libres, ils ou elles peuvent se jouer de la réalité : « l’auteur.rice raconte une histoire et le scientifique raconte des faits. Cette limite ne peut être dépassée que par l’extrapolation ».


Un séminaire à retrouver en Live-Tweet 

L'introduction @MaiaSallier

Le premier thème avec @nevenig 

Le second thème avec @pellisst


Quelques liens à propos de nos invités

Concernant Laurence Suhner :

Son site web

Sa page Wikipédia ;

Portrait de Laurence Suhner dans le temps ;

Le site de son cycle Quantika

→ Nouvelle "Le Terminateur", publié dans Nature en 2017 : la version anglaise, la version française.

Concernant Xavier Delfosse :

Page de Xavier Delfosse sur le site de l'Osug ;

Des superterres par millards : une interview de Xavier Delfosse (Futura sciences, 2012) ;

Xavier Delfosse : un parcours, un métier (Ferme des étoiles).


Quelques références en lien avec la session

Livres : 

→ Bernard Le Bouyer de Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes (1686) ; H. G. Wells, La Guerre des Mondes (1898), Camille Flammarion, La pluralité des mondes habités (1864). 

→ Arthur C. Clarke, Les Enfants d’Icare (1953) et 2001 : L'Odyssée de l'espace (1968).

Films : 

Contact de Robert Zemeckis (1997) ; 

District 9 de Neill Blomkamp (2009) ; 

Premier Contact de Denis Villeneuve (2015).


Autour du séminaire


>> Illustrations : sergeitokmakov, fausse affiche publicitaire pour la visite d'une planète du système TRAPPIST par NASA/JPL-CALTECH, vue d'artiste de la surface d'une planète du système TRAPPIST par M.Kornmesser/ESO, vue d'artiste du corps interstellaire Oumuamua soupçonné d'être un objet envoyé par les extraterrestres par M.Kornmesser/ESO