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Le Master CCST

Enquête au cœur des Alpes

Publié par Louise Pallandre, le 7 novembre 2021   530

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Mais qui a osé dégrader la mini-forêt ? A qui profite le crime ? Remontons une semaine en arrière pour retracer le fil de l’histoire...

Une demande de Flore Sentinelle

Notre enquête commence au cœur du manoir de l’Institut de la Communication et des Médias à Echirolles. De jeunes apprentis en Master 2 Communication et Culture Scientifiques et Techniques sont en pleine discussion. En effet, la mission qui leur a été confiée consiste à imaginer un dispositif de médiation scientifique autour de l'environnement alpin. Cela fait suite à un séminaire d’une semaine auprès d’acteurs du territoire des Ecrins que sont les membres de Flore Sentinelle, dans le cadre du projet CROSCUS (Communication, médiations socio-scientifiques et enjeux publics dans les territoires de montagne) porté par le Labex ITTEM.

Le réseau Flore Sentinelle est un des dispositifs du projet Sentinelle des Alpes. Il s’agit d’un projet commun créé pour la connaissance et la gestion de la flore à l’échelle des Alpes. Son objectif est de développer les échanges et de mutualiser les compétences et les connaissances des différents acteurs de la conservation de la flore à l’échelle du massif alpin. Ainsi, leur champ d’action s’étend sur sept départements français limitrophes.

Le Design thinking : une méthodologie de travail innovante

Encadrés par Laura Schlenker, nos trois jeunes apprentis répondent aux noms de Amel Boucherka, Louise Pallandre et Tancrède Ménard. C’est en usant de la méthode de travail innovante du design thinking que ces derniers ont élaboré leur projet. Cette méthodologie est composée de cinq étapes : empathie, définition, idéation, modélisation et test.

Découverte et rencontre sur le terrain

La première phase s’apparente à se rendre sur le terrain pour récolter des informations, dans le but de mieux connaître l’audience pour laquelle on conçoit le produit ou le service. C’est durant la semaine du lundi 27 septembre au vendredi 1er octobre 2021 que nous nous sommes rendus dans les Ecrins, afin de rencontrer les acteurs du territoire alpin qui se cachent derrière Flore Sentinelle.

En allant sur le terrain, nous sommes partis à la rencontre de professionnels responsables de ce dispositif, tels que des chargés de communication, des botanistes et des écologues, qui travaillent dans divers organismes et institutions.

Ainsi, nous nous sommes rendus au Conservatoire Botanique National Alpin (CBNA) et au Jardin du Lautaret situé juste à côté, ainsi que dans des parcs naturels protégés, comme le Parc National des Ecrins et le Parc Naturel Régional du Queyras.

L'objectif étant d'apprendre à mieux connaître Flore Sentinelle afin de répondre à leur problématique posée : comment sensibiliser un public à la conservation de la flore alpine ?

Ceci en vue d'élaborer des plans et des outils de communication qui seront exploités ensuite par Flore Sentinelle. Cette phase de terrain nous a ainsi permis d’identifier les besoins des demandeurs, par l’observation, l’écoute et l’interaction.

Conception : de l'idéation au prototypage 

La seconde phase réside dans l’analyse : cela consiste à définir un raisonnement d’après les éléments issus de l’étape précédente. Notre groupe a alors déterminé une problématique : comment faire découvrir de manière ludique les caractéristiques d’un écosystème alpin aux enfants des Alpes (sur temps scolaire) ? Les publics ciblés à qui cette problématique s’applique sont les enfants âgés entre 8 et 10 ans (cycle 3). Nous devons adapter notre discours en conséquence. 

Ainsi, l'objectif du projet est de faire découvrir  d'une façon ludique l'écosystème alpin aux écoliers. Par ailleurs, il met en relation des notions scientifiques avec le programme national du cycle 3 en science de la vie dont les axes sont  : Sciences et Technologie, Enseignement moral et civique, ainsi que Géographie. De ce fait, plusieurs notions seront abordées, telles que le fait d’adopter un comportement éthique et responsable, en relation avec des connaissances acquises en sciences à des questions d’environnement, l’interdépendance des différents êtres vivants dans un réseau trophique, ou encore nommer, localiser et caractériser des espaces avec un vocabulaire géographique.

La troisième phase permet de mettre en commun des idées et générer des solutions créatives par l’intelligence collective. Pour cela, nous avons exposé, partagé et échangé nos idées à l’aide de supports avec les dix-neuf étudiants du Master 2 CCST. 

La quatrième phase a pour nature la construction d’une représentation d’une ou plusieurs de nos idées exposées dans l’étape précédente. Nous avons donc sélectionné les idées suivantes écrites sur des post-it : “Cluedo thème Flore Sentinelle”, “Randonnée”, “Animation scientifique”, “Sortie scolaire en montagne” et “Faire des expériences”. Un temps de réflexion et de discussion a favorisé l’élaboration du projet. Nous avons condensé ces divers concepts en un unique projet : réaliser un Cluedo sur le thème des Alpes.

La cinquième et dernière phase a pour vocation d’échanger avec les autres groupes de designers et de tester les idées de chacun. Durant la soutenance, nous avons fait le choix de plonger l’audience en pleine immersion participative, comme une murder party. Les retours des autres groupes ont été très enrichissants en remarques pertinentes et constructives.

Un Cluedo revisité

Ce Cluedo Alpin a été pensé comme un moyen de transmettre des connaissances scientifiques autour d'un écosystème de montagne et de sensibiliser aux comportements spécifiques à adopter dans ce milieu. Il est réalisable en trois heures et conçu pour être effectué grandeur nature, dans le cadre d'une sortie scolaire sous forme de balade avec des animateurs extérieurs.

L’organisation de l’animation de ce jeu a été imaginée de la façon suivante. Accompagnée de Flore Sentinelle et d’encadrants adultes, la classe d’enfants débute l’atelier par une courte randonnée. Ces derniers partent à la découverte de la faune et de la flore alpines environnantes, telles que des plantes messicoles, des microsylves, des mini-forêts situées dans l’habitat naturel appelé combe à neige.

Parvenus à la moitié du parcours, le meneur de jeu informe le groupe d’une terrible nouvelle. La mini forêt observée plus tôt a été violemment dégradée, éparpillée autour de son emplacement d’origine. Mais qui a bien pu faire une chose pareille ? Dans quel environnement naturel ? Avec quelle arme ? Plusieurs suspects sont alors désignés :

  • un animal sauvage (bouquetin, marmotte, chamois), avec un.e spécialiste de la faune sauvage qui parlera en leur nom ;
  • un.e randonneur novice qui passait par là
  • un animal d’élevage (mouton, chèvre), avec un berger / éleveur qui parlera au nom des bêtes ;
  • un.e guide de montagne.

Une proposition de prototype a été conçu afin de rendre le scénario davantage concret, avec des fiches pour quatre personnages et son discours associé (fournis aux comédiens), ainsi que le graphisme des quatre environnements alpins choisis : la combe à neige, la rivière en tresses, les plantes messicoles et les moraines.

Chacun devra se défendre pour convaincre les enfants qu’il n’y est pour rien. Répartis sur le sentier, les suspects devront répondre aux questions des jeunes enquêteurs. La classe est divisée en quatre groupes de six personnes environ. Chaque groupe est accompagné par un adulte (parent accompagnateur ou enseignant.e) et interroge les suspects les uns après les autres - dans un ordre précis, de sorte qu’à tout moment à l’exception de la marche entre les suspects, il y ait un unique groupe par suspect.

Pour enrichir les échanges, chaque personnage est associé à un habitat et propose une petite activité scientifique. Chaque suspect, interrogé via diverses questions par le groupe, donnera son alibi en expliquant des aspects de l’écosystème alpin environnant (habitats, faune sauvage et son alimentation, pâturages, flore, etc.). Au travers de sa défense, il exposera des notions scientifiques, dont certaines sont au cœur du programme scolaire.

Ces dernières sont abordées à travers des activités scientifiques de pleine nature, telles que de l'observation à l'œil nu de la flore et du dessin dans leur carnet de croquis fourni au préalable. Voici l'exemple du discours du guide de haute montagne :

J'ai dormi dans un refuge la nuit dernière et je suis reparti à l'aube en direction de la moraine. Je n'ai pas croisé de microsylves sur mon chemin car on ne trouve que du trèfle des rochers dans les environs. De par mon métier, je respecte la biodiversité et connais tous les bons comportements à adopter en montagne, comme ne pas jeter de déchets dans la nature, piétiner les plantes ou allumer un feu. Cependant, il m’arrive parfois de marcher en dehors des sentiers pour gagner du temps mais ce n'était pas le cas aujourd'hui.

Anatole Granite, guide de haute montagne.

Une fois les quatre accusés interrogés, chaque groupe délibère pendant quelques minutes pour désigner celui ou celle qu’il pense être le.a coupable. Ceci fait, les enfants se rassemblent et les groupes exposent chacun leur tour les arguments fondant leur accusation. Une scénette de fin permet de dénouer l’histoire.

La présentation finale de notre projet devant Flore Sentinelle aura lieu le 23 novembre 2021 ; nous leur poserons ainsi la question suivante : alors, selon vous, qui est le coupable ?

Retrouvez le projet CROSCUS sur Twitter (#CROSCUSgre) et sur son site web. 

Article corédigé par Louise Pallandre, Amel Boucherka et Tancrède Ménard, étudiants en Master 2 Communication et Culture Scientifiques et Techniques à l'UGA.

Crédits photos : Louise Pallandre.