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Le Master CCST

La notion de non-public

Publié par Manon Venchiarutti, le 5 décembre 2018   96

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Dans le cadre d’une réflexion autour d’un projet traitant des publics et des non-publics de la culture scientifiques et techniques, j’ai été amener à me poser de nombreuses questions sur la notion de « non-public ». Ci-dessous, figure le fil de recherches et de réflexions autour de ce sujet.

 

C’est par l’étude du public que les différentes structures de cultures s’efforcent de sonder, comprendre et répondre aux attentes d’un public déjà présent, qu’on peut appeler public habitué. Mais quand est-il du public qui n’est pas là, qui est absent ou invisible ? Comment l’approcher s’il n’est pas présent ou manquant ? est-ce que ce public est juste absent par manque d’intérêt ? ou alors n’ose- t-il pas venir ? n’ose-t-il pas pénétré dans des institutions culturelles ?

Beaucoup de questions se posent autour de cette notion de « non-public » évoqué pour la première fois en 1972 dans le manifeste de Villeurbanne par Francis Jeanson :

« Il y a d’un côté le public, notre public et peu importe qu’il soit selon les cas actuel ou potentiel (c’est-à-dire susceptible d’être actualisé au prix de quelques efforts supplémentaires sur le prix des places ou sur le volume du budget publicitaire) ; et il y a de l’autre un non-public : une immensité humaine composée de tous ceux qui n’ont aucun accès ni aucune chance d’accéder prochainement au phénomène culturel. »

Depuis ce concept de « non-public » a notamment a été repris par les institutions culturelles pour définir les individus ou groupes de personnes qu’elles ont le sentiment d’avoir des difficultés à toucher ou qu’elles jugent relativement indifférents à l’offre culturelle. Ceux sont des cibles devenues très importantes pour certaines structures culturelles qui se veulent « grand public », ainsi que pour des associations et projets qui visent tous particulièrement des publics dit « sensible » ou plutôt qui ne serait pas sensible à la culture.

Mais la limite entre public et « non-public » et même l’existence de la notion de « non-public » est remise en question. On pourrait être à la fois public et non-public quand il s’agit d’objets culturels différents ou d’un même objet à des moments différents. Par exemple, vous pouvez être un jour public d’un musée d’art contemporain et ne plus jamais l’être, ou public d’opéra mais pas de bandes dessinées.

Selon Pascale Ancel et Alain Pessin, les non-publics « ne peuvent être considérés comme des oubliés de la culture, simplement écartés des dispositifs culturels » ils sont au contraire « produit par d’autres dispositifs qu’il convient d’examiner ».  En effet, le mot culture est large et ne se résume pas au champ délimité par les institutions culturelles tels que les musées, bibliothèques ou muséums. En effet, l’essentiel des pratiques culturelles, tel que la lecture, la consommation audiovisuelle ou la pratique amateur, se déroule généralement dans le cadre domestique ou privé.

 Jean-Pierre Esquenazi va même plus loin car pour lui : « le goût d’amateurs pour des objets d’abord illégitimes dans le champ de l’art [qui] a fini par conduire à une reconnaissance artistique tardive de ces objets ». Ici, il ne s’agit plus d’attirer les non-public dans les institutions et objets culturels légitime mais plutôt de légitimer certaines activités, structures et objets culturels que ce sont déjà approprier les non-publics.