Cindy DE AMARAL - « Trois minutes pour donner la parole aux élèves »

Publié par Anna-Marie Reytier, le 25 mars 2019   590

Xl img 7164bis2

« Écrire au lycée professionnel : obstacles et dispositifs de réapprentissage »


L’interview commence et « Dans la peau d’un thug »* apparaît dans sa main.

Le livre représente l’ensemble de l’esprit du travail de Cindy. Parce qu’elle travaille avec des élèves de lycées professionnels et s’intéresse à leurs pratiques de lecture, qui sont souvent envisagées comme inexistantes par leurs enseignants : « comme un vide culturel ». Et ce sont ces lycéens qui lui ont proposé cet ouvrage, complètement hors de sa zone de confort de lecture habituelle. Lire un livre conseillé par les élèves, cela induit un renversement de l’injonction professeur-élève.

« Ça inverse la tendance »

Et, il y a aussi un aspect plus personnel à son choix. Les livres ont beaucoup marqué son enfance et sa trajectoire : ils font parti de son vécu.

«  Mon père détestait que je lise, du coup, je lisais en cachette la nuit sous ma couette »

Plus intéressant encore, ce choix révèle un aspect de sa thèse qu’elle n’avait pas envisagé.

Elle s’inscrit dans une initiative plus large, luttant contre les inégalités scolaires. En commençant, elle n’avait pas réalisé que, finalement, elle pouvait s’identifier à ses élèves avec « son parcours pas trop raté ». Son expérience lui permet de devenir comme une interface entre le monde de l’école, qui se révèle difficile à intégrer, et leur monde d’origine.

Le message essentiel, à travers son travail de thèse, selon elle, est de « donner de la légitimité aux pratiques de ces adolescents ; leur dire que ce qu’ils font ça vaut quelque chose

Et sa participation à MT180 dans tout ça ? Quand elle doit monter sur scène pour délivrer sa performance, c’est une question qui lui revient en tête : « Quelle drôle d’idée, qu’est-ce-qui m’est passé par la tête ? »

Époustouflée après avoir découvert le concours il y a quelques années, la jeune femme décide de s’inscrire, premièrement car elle apprécie l’idée de vulgarisation, étant donné qu’elle fait de la recherche en didactique. Et deuxièmement, MT180 est une « vitrine » pour parler de ses élèves : pour parler, non seulement de leurs difficultés mais surtout mettre en avant leurs potentiels. C’est une manière détournée de leur donner la parole.

Peu importe si la compétition s’arrête le 28 mars, Cindy a déjà gagné son pari.

« Pendant trois minutes, ces élèves auront été sur le devant de la scène »

*de Nargesse Bibimoune

Crédit photo : © Communauté Université Grenoble Alpes - Cindy Shalaby