Magali Kitzmann, de chargée de recherche au CNRS à chargée de médiation scientifique à Genopolys

Publié par Manon Herranz, le 26 novembre 2019   1.2k

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La recherche comme une évidence 

Après un parcours universitaire irréprochable à la fac des sciences de Montpellier en biochimie, biologie cellulaire et moléculaire, Magali Kitzmann commence tranquillement sa carrière de chercheuse et en 1999, après 4 ans de dur  labeur, elle obtient une thèse sur les cellules musculaires. Ayant obtenu une bourse internationale, elle s’installe ensuite à Chicago pour un post-doc de trois ans et étudie la maladie d’Alzheimer avec comme modèle animal, la souris 

En 2002, elle revient  en France et réussit du premier coup le concours de recrutement du CNRS. Elle intègre d’abord  le laboratoire où elle avait fait sa thèse en tant que chargée de recherche, puis se consacre à l’étude du diabète de type 2 chez l’Homme. Elle passe son habilitation à diriger les recherches en 2006. La tête dans la paillasse à flux tendu entre les démarches administratives, la recherche, l’encadrement d’étudiants, les congrès à travers le monde, les concours, les demandes de financement, des enfants en bas-âge…, elle laisse filer les années et certaines questions existentielles émergent comme : “Suis-je vraiment utile avec mes bidouilles de laboratoire hyper pointues que très peu de gens comprennent et avec une recherche laborieuse qui avance tellement lentement ?”

  

De chercheuse à responsable culture scientifique

En 2009, Magali entend parler d’un nouveau bâtiment, un lieu où l’ “on va parler science sans faire de recherche et qui appartient au CNRS : GENOPOLYS.”  Entre 2010 et 2013, elle prépare alors sa reconversion, tout en travaillant sur la réplication de l’ADN. 

Pour Magali avant Genopolys, la communication consistait à demander au CNRS de “mettre dans leur journal la dernière publication du labo et à écrire des résumés grand public”. Rien de bien passionnant… Pour la plupart des chercheurs la communication scientifique et le contact avec le public, c’est important, mais c’est forcément au détriment du reste de leur travail. Magali, s’est donc intéressée à la médiation scientifique et a décidé d’en faire son métier, à plein temps. D’une nature passionnée et perfectionniste, elle découvre alors un nouvel univers : “J’ai retrouvé la notion de plaisir et de jeux. Le plaisir de se faire plaisir et de faire plaisir. La science a retrouvé pour moi le côté amusant qui avait disparu au cours du temps. Le plaisir des enfants qui comprennent quelque chose de compliqué alors qu’ils ne pensaient pas en être capables. Le plaisir de pouvoir discuter avec du grand public. Je fais de belles rencontres, j’en ressors fatiguée, mais avec un sentiment d’utilité et un bien-être intérieur.”

Genopolys 

Unité Mixte de Service sous la tutelle du CNRS, de l’INSERM et de l'Université de Montpellier, Genopolys est un carrefour de rencontres scientifiques entre chercheurs, cliniciens, industriels et citoyens. Observer, expérimenter, discuter, Genopolys organise pour les scolaires des ateliers pratiques d'expérimentation. Cette année, un projet tient particulièrement à cœur à Magali, c’est « 10 classes, 4 sens », soit 40 journées d’animation, sur les sens, dans l’année. C’est un projet important, car il rassemble beaucoup d'acteurs. L’équipe de Genopolys ( Avec Marie Pequignot), l’association Medios, un auto entrepreneur : Enzo Blondeau et des enseignants d’écoles primaire et de collèges se regroupent pour animer ses journées. Les enseignants qui s’engagent, doivent initier à l’aide d’outils clés en main d’autres enseignants qui ne sont pas dans le projet. Mais ce qui est très important pour Magali, c’est de pouvoir évaluer si cette manière d’enseigner les sciences est efficace. Une étude est donc menée sur 20 classes (10 qui participent et 10 qui ne viendront pas à Genopolys) pour voir s'il y a vraiment une différence entre les connaissances retenues par les enfants qui sont venus à Genopolys et les autres. Magali explique que selon elle “ une évaluation carrée est nécessaire pour montrer que la médiation scientifique est concrètement utile. Je pense que le métier de médiateur scientifique est mal payé, car il n’y a pas assez de recherches montrant la nécessité d’enseigner les sciences de cette manière”.

Genopolys crée et participe à de plus en plus de projets. En effet, cette année encore, Genopolys coordonne le projet “Apprentis chercheurs”, avec l’implication de 11 équipes et 22 adolescents. Magali continue d’organiser les conférences grand public, mais avec un nouveau format. Ce n’est plus seulement un chercheur qui va parler de son sujet,   mais de véritables débats qui vont naître, des conférences « médecine-société », avec de vrais sujets portant à controverses.

Si aujourd’hui l’équipe de Genopolys travaille d'arrache-pied pour fournir des événements de qualité, une problématique persiste encore : “Genopolys se trouve au milieu des anciens « moi » : chercheurs pour qui tout ce qui est autre que de la recherche pure est du temps perdu.” explique Magali. Le prochain défi à relever pour cette chercheuse devenue responsable de culture scientifique sera donc de continuer à travailler main dans la main avec des chercheurs qui n’ont pas les mêmes priorités 

Manon Herranz