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Mémoires du Futur

De Freud à Lacan face aux autres écoles de pensée de l’aide et de l’accompagnement

Publié par Jean Claude Serres, le 30 novembre 2020   560

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A partir de plusieurs lectures, ces temps derniers, j’ai souhaité faire un point et ainsi actualiser ma pensée sur le questionnement thérapeutique.

Mon dernier point a été l’écriture de “Postures d’aidants” 2018

Voici les livres qui nourrissent mon nouveau questionnement :
Jean Baptiste Fages, Sociologue : “Comprendre Jacque Lacan” - 1971
Cynthia Fleury philosophe et psychanalyste :”Ci-Gît l’Amer” -  Sept 2020
J B Pontalis, psychanalyste : “Elles” 2007

Je n’ai jamais caché ma critique des pratiques psychanalytiques autant sur le plan de la pratique que des doctrines et théories Je fais d’ailleurs une grande différence entre les auteurs comme Freud, Lacan, Dolto ou encore Denis Vasse, inventeurs d’un côté, et leurs disciples qui appliquent de l’autre côté.

Ce qui m'intéresse aujourd’hui c’est de dépasser le simple rejet global du “psychanalytique” pour faire la part des choses : contributions, apports philosophiques et thérapeutiques, différences, rejets des idéologies, etc. afin d’accroître mon discernement.

A - Mes critiques initiales

Bien que centré sur la singularité de chaque patient, la dogmatique du psychanalyste s’appuie sur trois principes majeurs et critiquables à mon sens :

  • la posture de silence excessive qui rend mal à l’aise nombre de patients

  • l’approche très déterministe de la causalité issue de la petite enfance

  • le centrage excessif sur le poids de la sexualité dans les problématiques thérapeutiques

Ces trois principes sont vraisemblablement très utiles pour traiter de certaines pathologies dont certaines fortes névroses. Mais appliqués mal à propos dans d’autres pathologies dont l’autisme, ces principes ont conduit à la culpabilisation parentale et surtout maternelle sans effet notable sur le petit patient. 

D’autre part certains disciples (dont 2 de ma connaissance) du triplet “Freud - Lacan - Denis Vasse”, ce dernier d'obédience chrétienne ont réalisé un amalgame néfaste entre leur pratique thérapeutique et leur pratique spirituelle.

Cependant, les apports des ces contributeurs-inventeurs  à la psychanalyse restent riches et d’actualité bien que datés par rapport à l’évolution des connaissances scientifiques (Psychologie Cognitive, Neurosciences Epigénétique etc…)

Freud a fait advenir le questionnement sur la sexualité infantile et a inventé le concept d’inconscient ouvrant la porte à la pratique analytique. Ses apports induisent  aussi une évolution dans la pensée philosophique. Il a su s'appuyer sur les ressources naturelles de l’être humain en les conjuguant : la posture d’écoute, la posture méta, la pratique de l’hypnose (ressource très inégalement partagée), l’utilisation du transfert et du contre transfert.

Lacan a porté cette idée novatrice que l’inconscient serait structuré comme un langage. Il a introduit le questionnement et les apports du structuralisme, de la sémiotique et de la sémantique en se focalisant sur le langage.

Et pour finir je citerai de Françoise Dolto, deux de ses apports majeurs : la lecture des évangiles via la psychanalyse et surtout de considérer que dès la petite enfance c’est “un petit homme en développement" . Elle possède deux vertus : celle de la pédagogie et celle du pragmatisme.

Je dirai aujourd’hui “une petite personne en développement" avec cette idée majeure que l’on ne naît pas humain mais qu’on le devient. Ce qui met en veilleuse  le déterminisme biologique et sexuel de la petite enfance. Cela place aussi en veilleuse la “nature profonde” de l’être humain. Je préfère prendre en compte la tension dynamique et constructive entre la potentialité génétique et le vivre en société qui développe très singulièrement les potentialités initiales. 

Aujourd’hui les apports très récents de l'épigénétique amplifient cette tension multipolaire. Cela permet  aussi de tenir compte de la très grande variabilité dans l’espèce humaine des facteurs comme la puissance de la libido, la sensibilité à l’hypnose et les facteurs culturels familiaux comme extérieurs.

B - Réflexions à partir des apports de Jean Baptiste Fages, Sociologue

Structuralisme sémiotique sémantique langage et langue

Les moyens de communication s’appuient sur les différents langages dont dispose l‘être humain : la gestuelle du corps, les mouvements du visage et surtout des lèvres, si utiles pour les malentendants, les langages de signes pour les sourds et muets et bien entendu les langues parlées et écrites se réalisant grâce au vocabulaire et à la grammaire qui les structurent. Le structuralisme, la sémiotique et la sémantique traitent principalement de la langue parlée et écrite. 

Nous pouvons aussi ajouter les langages intérieurs : la parole intérieure, la visualisation mentale par “image”, “film” et schémas, et enfin le mixte de ces possibles. Hannah Arendt, je crois, pensait en allemand tout en pouvant écrire en anglais. La sémiotique englobe l’étude des signes et de leurs significations.

La sémantique traite du sens de ce qui est signifié. La syntaxe s’occupe des relations entre les signes (la forme) et la sémiotique du signifié ( le fond). La sémiotique traite des signes et des signifiants

A la différence sans doute des langages formels (mathématique, logique, langages informatiques) purement opératoires, les autres langages sont imprégnés de rhétorique et d’idéologie.  

Regards sur Freud

Stade du miroir : entre seize et dix huit mois l’enfant arrive à passer le stade du miroir, c'est à dire qu’il peut percevoir l’image reflétée non comme un autre qu’il pourrait saisir mais comme l’image de lui-même. 

Ce passage du stade du miroir n’est pas réservé aux seuls humains / des mammifères le passent ainsi que le petit poisson nettoyeur des aquariums.

Castration : la rencontre de la loi du père

Oedipe : c’est le rapport avec la différentiation sexuelle

La parole du patient adressée à l’analyste fonde la cure

Freud introduit entre le besoin et le désir, la notion de pulsion. Le besoin est focalisé sur les nécessitées organiques tels que l’air, l’eau , la nourriture. La pulsion introduit dans le simple besoin une qualification érotique, l’énergie de la satisfaction du besoin et du désir jamais comblé la pulsion est d’ordre biologique. Le désir met en mouvement l’appareil psychique.

Regards sur Lacan

Stade du miroir : Le “je” émerge ainsi dans sa conscience. Ce passage identitaire entre le corps et l’image reste dans l’ordre de l’imaginaire et non du du symbolique suivant Lacan. Une rupture peut se construire dans cette phase de la construction du sujet (psychose).

Castration : la rencontre de la loi du père validée par la mère va ouvrir la porte du symbolique. L’enfant dépasse ainsi la relation duelle avec la mère, ce qui lui permet d’accéder au langage et à l’identification au père.

Oedipe : chez Lacan, l’identification au père , l’identification au phallus, la métaphore symbolique ou paternelle ouvre la porte au langage. L’enfant va pouvoir nommer le père et la mère et comprendre ainsi les absences de la mère parce qu’elle est avec le père.

Langage : l’inconscient possède la structure radicale du langage. Accédant au langage, le sujet va être tout entier dominé et constitué par l’ordre symbolique. L’analyste est celui qui écoute et traduit. il joue le rôle de témoin. Toute parole exige une réponse. Le silence et la présence de l’analyste assure une forme de réponse. Par son silence et son refus d’identification personnelle, l’analyste frustre son patient et lui-même car il doit maintenir sa posture méta neutre sans émotion ni affect vis-à-vis du patient.

Besoin et demande. Pour Lacan le besoin est lié au manque, ce manque qui résulte de la perte du sein maternel (à la fois nourriture, chaleur sensuelle et amour maternel). Pour lui cela précède toute accession au langage, au symbolique. La pulsion est d’ordre érotique. le désir tant à compenser la faille, le manque maternel et la castration. Le désir se symbolise dans l’expression de la demande de l’ordre du langage et du symbolique. La demande ne peut jamais satisfaire ou combler le désir. La fente ou faille est la division du sujet entre son discours conscient et son psychisme le plus profond.

En entrant dans la parole et le symbolique, le patient perd de vue le signifiant premier qui se cache dans l’inconscient psychique. On désigne ainsi cela comme le refoulement de l'inconscient freudien. La cure a pour but de réassocier consciemment besoin, pulsion et désir dans son discours conscient. Le phallus est conscientisé.

Dans la cure, l’expression de l’inconscient va se produire via des métaphores (condensations) ou des métonymies (déplacements). Les lapsus et les mots d’esprit vont être révélateurs de ce qui se cache. Les fantasmes sont aussi une expression possible des désirs inconscients. Les fantasmes se placent entre le désir et la demande.

Une pensée forte de Lacan : le désir du désir de l’autre. Dans la déviance confessionnelle, l'autre devient le grand Autre ou l’idéal de Dieu. Et cela devient alors source de confusion, chez D Vasse peut être, mais , plus probablement, chez ses disciples.

C - Les apports de Cynthia Fleury philosophe et psychanalyste

Au début de Ci-Gît l’Amer CF précise dans la triple métaphore “ l’amer, la mère, la mer” ce qui ressort de l’amertume, du ressentiment et de la rumination sans fin de ce que je nommerai des pensées noires. En tant que psychanalyste, CF fait remonter la cause de l'amertume et surtout du ressentiment à la rupture castratrice de la première enfance.

Le ressentiment peut puiser son énergie dans la détestation de l’autre par l’envie ou la jalousie. La posture de jugement tend à dévaloriser l’autre. Le jugement renforce la boucle victimaire. “Je me sens frustré car je crois à mon dû, à mon droit”. La rancœur et sa rumination continue, le fait “d’en vouloir à”, se substituent à la volonté d’agir et conduisent à l’impuissance. A cela, s ‘ajoute une certaine jouissance à baigner dans ce jus. Il faut  dénigrer l’autre mais cela ne suffit pas, il est nécessaire de le mettre en accusation. La rancœur reste l’arme des faibles.

La démocratie valorisant ce droit à l'égalité engendre une frustration collective, un ressentiment partagé par un groupe, plus prompt à agir dans l’opposition systématique que de gouverner. C’est certes plus confortable. C’est le contraire de : “apprendre à se gouverner soi-même avant de vouloir gouverner les autres”. L’accompagnant ne peut aider l’autre que si ce dernier accepte de vouloir sortir de cette spirale vers l’impuissance et la jouissance de cette souffrance psychique. Le patient peut déployer toute son énergie à ne pas sortir de cette spirale. Seule la destruction de l’autre devient susceptible d’accroître cette jouissance.

Ces violences “gratuites” envers des tiers, individuellement ou collectivement  se nourrissent de traumatismes psychiques comme dans la prime enfance mais aussi par la confrontation aux autres et à tout âge. L’envie, la jalousie côtoient le trop de testostérone comme une libido exacerbée mais nous ne pouvons pas ramener tout cela à la maltraitance de la petite enfance.

A la différence des blessures corporelles : plaies qui se cicatrisent, ou des os qui se ressoudent etc., les blessures psychiques tout comme les fonctions cérébrales ne peuvent se réparer. Le cerveau s’adapte à la dysfonction, par la vicariance : il “trouve” un autre espace neuronal pour réarmer, réapprendre cette fonction défaillante.

La blessure psychique ne peut être réparée , ne peut se réparer. Il faut trouver un autre chemin, une transformation, une bifurcation et ce n’est pas donné d’avance. Il est souvent indispensable de chercher l’aide chez un analyste, un psychothérapeute ou un aidant en capacité d'écoute et de restitution objective autant que possible.

Posture de l’accompagnant 

L'écoute de l’analyse reste neutre et impassible face à la demande d’amour ou au rejet haineux que l’analysant porte à son analyste.

La reconnaissance du “bon travail” de l’analyste ne viendra pas de l’analysant, qui ne percevra cet apport que bien plus tard quand la racine aura germé, ou même ne reconnaîtra jamais l’apport de l’analyste.

Dérives de l'accompagnant 

L’analyste succombe à la situation dans un contre transfert mal adapté (amour haine de l’analysant ou encore demande de  reconnaissance).

D - L’évolution de ma posture

On ne devient pas analyste, psychothérapeute ou accompagnant, aidant, par hasard. C’est le résultat d’un chemin de vie et bien souvent d’une bifurcation, transformation  ou catastrophe -métamorphose qui ont produit en soi ce besoin ou désir d’aider les autres.

Chaque pratique, psychanalyse, psychothérapie, coaching, accompagnement et posture d’aidant et les différentes écoles et méthodologies qui caractérisent ces pratiques ont ou n’ont pas d’efficience, d’efficacité et de pertinence en fonction du contexte personnel de l’analyste comme de l’analysant, patient, client, ami, proche….

Je retiens des propos de Cynthia Fleury sa triple culture philosophique, psychanalytique et systémique (pensée de la complexité). Elle m’a permis de distinguer d’un côté les singularités des pratiques d'accompagnement dont la dynamique analytique dans leur forces, leurs limites et leurs fondations communes.

Les apports de Jean Baptiste Fages m’aident à distinguer la pratique (le commun et les singularités par rapport aux contextes) que je partage d’un côté. Avec la variabilité des termes qui les représente, il existe du commun : la posture d’écoute et ses conséquences, la force de la relation triangulaire : Réalité (/ réalité virtuelle) - l’Imaginaire - le Symbolique, la traversée des catastrophes, franchir la vallée du désespoir, etc. Toutes ces pratiques s’appuient sur des propriétés biologiques et psychiques humaines : transfert /contre transfert, techniques d’ancrage, postures hypnotiques, travail en posture méta, triangle relationnel dynamique (victime sauveur persécuteur, scénario de vie, programme interne, cartes du monde, bifurcations et travail de deuil, etc.)

Et de l’autre coté la théorisation ou idéologie de la suprématie systématique du focus sexuel et des causalités de la prime enfance qui en découlent auxquels je n’adhère pas, qui me semblent bien datés comme approche en 2020.

Je vais essayer d'expliciter ce désaccord systématique du rattachement de la fondation de la personne depuis sa prime jeunesse comme de la cure pour traiter des problématiques au facteur primordial sexuel.

Il n’existe pas un seul chemin et un seul contexte de développement. On sait aujourd’hui évaluer le poids des dérives sexuelles qui perturbent les prédateurs comme les victimes. Selon le sexe, entre dix pourcent des garçons et vingt pourcent des filles ont recu des maltraitances sexuelles dans leur enfance et parfois dans leur petite enfance. Il est fort possible que dans ce contexte l’usage de la théorisation freudienne et lacanienne a sa pertinence. Mais il y a bien d’autres chemins de croissance qui conduisent à du désordre psychique à l’âge adulte et pour lesquelles cette théorisation n’a pas sa place. Quant à l’efficacité (atteinte du but) ou à l’efficience (coût psychique et coût financier), la cure n’est pas forcément la mieux située.

Aux fondations de la construction psychique de la petite personne, il existe bien des chemins, des contextes différents et aussi des temporalités très variées. Les Neurosciences nous révèlent les fenêtres de temps pour l’organisation cognitive, affective, relationnelle et émotionnelle du cerveau. Aux premiers mois, bien avant le stade du miroir et de l'accès au symbolique, le bébé apprend ( essentiellement par mimétisme). Il peut mettre en œuvre un langage gestuel, pour se faire comprendre et satisfaire ses besoins.

Associer le phallus, l’instauration de la loi et la présence du mâle alpha dominant dans le rôle du “père” relève pour moi d’un machisme daté qui ne diffère en rien de la posture religieuse catholique. Aujourd’hui bien des bébés ou d’enfants ne connaissent pas la figure mâle : couples homosexuelles, femmes célibataires (20 % de familles monoparentales). Il existe des “pères ressources” et des “mères normatives”. L’identification au père ou à la mère par le bébé ou plus tard l’enfant n’est pas forcément lié à la question sexuelle.  Quand on prend en considération les féminicides intra conjugaux (150 par an) cela révèle la partie visible de l’iceberg, la violence machiste faite aux femmes. Cette violence ne peut pas être absente de la déformation psychique des bébés, enfants et adolescents qui en sont au mieux les témoins et parfois des victimes, en tout cas des victimes collatérales.

La libido ou pulsion sexuelle est une énergie biologique  qui va engendrer une attirance ou un rejet de l’autre personne qui peut être partagée ou non par l’autre partenaire. Ce partage peut être équilibré ou déséquilibré suivant d’autres critères que l’attirance sexuelle : attirance  sensuelle, physique, intellectuelle, sensible ou encore spirituelle, et le mixte pondéré de tout cela. 

L'attirance sexuelle peut être hétérosexuelle, homosexuelle, bisexuelle ou encore ambivalente ou enfin de pas exister. Cette attirance ou libido peut varier en fonction de l'âge et du niveau de puissance.

Un autre aspect à prendre en compte est le questionnement inné acquis  qui aujourd’hui, se nuance encore plus entre génétique, épigénétique et environnement culturel. Si l’attirance sexuelle (choix comme puissance) est essentiellement d’origine génétique et hormonale, un effet culturel n’est pas à négliger, soit contraignant, soit libératoire. Il est vraisemblable que l’attirance vers la bisexualité ou l’ambivalence est fortement réprimée par la culture européenne qui retarde ou supprime la face à cacher.

Dans la force de l’âge (18 à 40 ans pour fixer une idée), l’attirance sexuelle sera plus ou moins fondamentale dans le chemin de vie en fonction de la puissance de la libido. En vieillissant cette puissance pourra ou non s’altérer avec des enjeux psychiques conséquents.

En fonction de toute cette variété de postures parentales, il est vraisemblable que la structuration de la jeune personne, du stage du bébé, à l’enfance puis à l’adolescence correspondra vraiment, peu ou pas du tout au modèle sexuel (miroir, castration, oedipe) pris en compte par la théorie psychanalytique.

Au début de la vie des jeunes adultes le pôle sexuel pèse lourd dans pression de la libido mais aussi dans la confiance en soi et dans le fait d’être ou non désirant, relativement à d’autres pôles d'intérêt comme le métier, faire famille, l’engagement de sublimation sportive ou artistique. En prenant de l’âge, la personne peut rester dans ce type de posture ou au contraire développer d’autres pôles d’attractivité ou la spiritualité élargissent la quête d'équilibre, de vitalité et de sagesse, c'est-à- dire la quête sens, l’orientation et l’appétit de vivre.

Dans les récits de vie condensés en 10 pages ( expérience universitaire dans le cadre de la formation de formateurs pour adultes) 30 ou 60 ans peuvent se condenser en quelques pages. Par contre des expériences douloureuses à l’âge de 30, 40 ou 50 ans, et beaucoup autour des 20 ans vont demander des pages de rédaction précise. Le récit de deux heures de la vie peut prendre 5 pages.  C’est à tout âge qu’une catastrophe-métamorphose (ou sans métamorphose) va engendrer une bifurcation constructive ou destructrice. C’est souvent plus tard dans une phase de deuil qui se prolonge indéfiniment qu’il va être possible de demander de l’aide. Le traumatisme ne vient pas forcément de la petite enfance et ne correspond pas au cadre idéologique psychanalytique. Il peut y avoir besoin de paroles réciproques et non de silence ni de divan. 

De l’évolution des sciences à prendre en compte (entre autre neurosciences et épigénétiques

Le regard que je porte sur le fonctionnement cérébral nourrit autrement mon rapport à l’accompagnement comme à la psychothérapie dans l’ensemble des pratiques comme des  méthodes et idéologies racines qui les structures. Sans rentrer dans les détails, les points clés qui modifient le regard intègrent :

  1. “la chimie des sentiments” ou le poids des régulations hormonales et des neurotransmetteurs

  2. le mécanisme multipolaire de prise des décisions : Circuits de la récompense, structuration des processus cérébraux cognitifs et affectifs (le poids de l’intuition et des représentations holistiques) - cognition consciente et méta cognition - attention et perception des contextes interne comme externe

  3. les multiples facultés d’attention et leur développement 

  4. la place relative des processus cérébraux conscients très séquentiels par rapport aux processus non conscients massivement parallèles

  5. la place de l’épigénétique

  6. la place des cellules gliales dans le fonctionnement cérébral, l’organisation spatiale des neurones et la structuration des processus de mémorisation ou et remémorations à long terme

  7. la représentation systémique et complexe ( singularités) des déviances des fonctionnements cérébraux mettant à mal les approches de causalités directes ou causalités racines.

  8. la grande singularisation des processus cérébraux et leurs évolutions dans les temporalités de l’individu, des générations et des contextes extérieurs.

Et pour clore cet inventaire des possibles, afin de mieux comprendre comment agit l’humain, qu’il soit du côté de l’aide ou de la demande, nous disposerons bientôt d’aides numériques, d'intelligences machiniques qui apporteront un plus en terme d’outil et de méthode.

En guise de conclusion

Rappelons que ce qui contribue le plus dans l’aide thérapeutique ou d’accompagnement, provient principalement de la pertinence du praticien et pour beaucoup moins des méthodes et des outils. 

Du côté du client ou du patient, prendre en compte ses propres singularités psychique et biologique :

  • sa sensibilité à l’hypnose, aux transferts comme aux ancrages (PNL)

  • sa capacité à vivre un traitement long et à une écoute analytique sans retour

  • le type de souffrance et les racines ou symptômes décryptables de sa part : accidentel, chronique, mal-être indéfini, triste, douloureux, etc.

  • son énergie vitale, son appétit de vie ou au contraire son état dépressif, amorphe.

Cependant une relation de confiance doit s’établir rapidement. Ne pas hésiter à expérimenter différents possibles en terme de méthode et de praticien. Éviter, tout au contraire, de papillonner, de ne pas s’engager à fond et de rester strictement sur un plan intellectuel. Vouloir guérir, c'est-à dire ne pas chercher à se “réparer” ou se faire “réparer” mais accepter ce qui est, a été et a produit cet état comme un univers à quitter. Prendre l’engagement à se transformer, à devenir autre paraît essentiel au succès de la démarche.

L’appui d’un proche pour choisir une stratégie et un praticien peut apporter une ressource importante, des adresses surtout si l’on tourne en rond, si l’on ne sait pas décider. 

Toutes ces méthodes, ces outils et ces pratiques sont socialement complémentaires et très pertinentes, chacune dans leurs contextes. 

Chaque relation “aidant - aidé” est singulière dans un contexte donné. Ce n’est pas parce que la relation “aidant - aidé” a été efficace, efficiente et pertinente pour un proche ou une connaissance qu’elle le sera aussi pour soi-même.