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Mémoires du Futur

Tant va la cruche à l'eau qu'elle se brise

Publié par Jean Claude Serres, le 19 avril 2022   1.1k

Je comprends le combat contre l'abstention et le partage. Je n'ai aucune difficulté car je pense que notre président a été l'homme de la situation malgré quelques erreurs. Il le sera encore demain.

Parmi ses erreurs, une me paraît fondamentale. Il n'a pas perçu à la bonne hauteur, dans le mouvement des gilets jaunes, l'implacable fracture sociale et territoriale de la nation. Comme l'ensemble des gouvernements et des partis de gouvernement qui ont animé la vie politique française depuis un demi-siècle, cette classe politique est issue des métropoles et a favorisé leur expansion économique et culturelle au détriment des territoires ruraux et périphériques (60% de la population et 40% du PIB). Dans ces territoires périphériques, il faut encore extraire, les retraités nantis (rurbains) et surtout les zones de tourisme industriel comme les grandes stations de ski et les espaces balnéaires.

La population locale, les jeunes surtout, ne peut vivre, s'installer et profiter des services publics éducatifs, de santé et culturels. C'est la France en jachère, celle d'un néocolonialisme qui ne dit pas son nom.

Cette France là est bien éloignée de la mondialisation, du tout numérique et de la suractivité urbaine. C'est la France tranquille, plus traditionnelle sans doute, plus singulière et diversifiée dans ses spécialités régionales.

Moi-même, de culture éminemment métropolitaine, numérique et cosmopolite, j'ai pu la découvrir de près dans mes voyages cyclotouristiques. En Lozère, dans l'Aubrac ou encore dans les Alpes de Haute Provence. J'ai été autant dépaysé et étonné que dans mes voyages à l'étranger comme le sud Maroc, l'Irlande ou la Norvège.

Comment rendre attractif ces territoires abandonnés ? Comment faire revenir une population économiquement active? Quelle différence d'occupation territoriale entre cette France et l'Allemagne ou l'Italie du centre. Comment ranimer la vitalité de ces territoires sans assistanat ou coercition.

Je comprends ainsi le choix de l' abstention pour l'extrême gauche. MLP a plus de probabilité de se trouver en cohabitation que Macron à l'issue des législatives ! Cela reste une stratégie bien dangereuse.

Notre constitution est bien fragile et le contournement possible des instances régulatrices parlement, sénat, conseil constitutionnel, face à une démocratie directe présente de grands périls démocratiques

Ce qui me parait très difficile est de réduire les multiples fractures qui rendent la France ingouvernable, quel que soit le gouvernement et le président :

  • La France rurale et périphérique versus la France des métropoles, du tout numérique et de la mondialisation.
  • La France souveraine ou province de l'Europe
  • La croissance démographique multi culturelle
  • La pollution des nourritures alimentaires et culturelles sans contrepoids gouvernemental
  • Les mutations familiales ( familles monoparentales, familles recomposées, transgenres, PMA,
  • La décomposition politique
  • …etc.

La dérégulation climatique, qui inquiète tant la population et les jeunes en particulier, semble si mal prise en compte par les mouvements écologiques. La "toute puissance" d'une possible régulation humaine me paraît irréaliste. L'enjeu est d'ordre planétaire et non hexagonal. Cependant, cela ne supprime pas la nécessité vitale de sobriété énergétique et aussi consumériste. Seulement le discours écologiste, trop souvent culpabilisateur, évacue des impensés collectifs des effets collatéraux.

Oh combien les guerres omniprésentes et la production d'armement participent à cette dérégulation ? 

D'autre part, nous ne mesurons pas l'effet d'inertie de cette dérégulation. Il me paraît essentiel d' apprendre à vivre avec cette dérégulation à croissance exponentielle, tant sur le plan local qu'international.

Les flux migratoires déjà importants vont croître de façon aussi exponentielle. Comment installer ces migrants dans nos territoires désertés et pourtant si propices à une vie aisée à inventer.

Une société tant déstabilisée ne peut pas avancer en ligne droite et la violence ordinaire reprend ses droits.

Notre cartographie politique linéaire de l' extrême gauche à l' autre extrême n'a plus de sens. Elle date des siècles précédents, tout autant que de l'idéologie démocratique d'une gauche en déconfiture. Tout cela a vécu.

 Ces multiples fractures sociales 

traversent chacun des partis politiques de droite comme de gauche. Les extrêmes surfent sur cette vague de déstabilisation sans apporter de vision nouvelle et adaptée à la situation.

L'idéal démocratique devra se traduire dans une mise en œuvre, plus résiliente et plus agile. L'innovation sociale doit prendre le pas sur une innovation technologique dépourvue de boussole humaniste. Combien de combats, combien de régressions et de valses hésitations pour en arriver là ?  Combien de générations doivent œuvrer pour bâtir un nouvel imaginaire politique, social, économique et humaniste ?

Pessimisme ou lucidité, je ne sais….