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Science F(r)ictions

Cycle Space Opera #8 - Comment commencer son récit ?

Publié par Marion Sabourdy, le 12 avril 2018   760

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En 2017 et 2018, le Labo des Histoires Auvergne-Rhône-Alpes propose une saison intitulée "Raconte-moi le futur". Dans ce cadre et parmi d'autres ateliers et événements, le Labo s'est associé à La Casemate pour proposer un cycle "Space Opera", animé par l'auteure de science-fiction Li-Cam. Je vous propose de suivre ce cycle à travers une série d'articles publiés au fil de l'eau (compilés dans ce dossier). Aujourd'hui, on se lance dans l'écriture !

A trois séances de la fin du cycle, après avoir conçu leur univers, leurs personnages et une partie de leur intrigue, les participants sont fin prêts pour attaquer l'écriture de leur premier chapitre (en tout cas, du premier jet). Arrivent alors des questions assez pragmatiques...

Le narrateur, le temps, les dialogues

L'une d'entre elles - et non la moindre - est celle du choix du narrateur. Nous en parlions à la fin de la 7ème séance mais Li-Cam a souhaité y revenir, proposant aux écrivains en herbe de choisir soit un narrateur neutre et observateur (à la 3ème personne du singulier) ou bien un narrateur engagé et impliqué dans l’action (qui raconte ce qu'il a vécu, à la 1ère personne du singulier). Dans le deuxième cas, la narration sera alors contrainte par la personnalité du narrateur et sa présence dans telle ou telle partie de l'intrigue.

Mais d'autres questions se posent à nos écrivains : 

  • La narration doit-elle être linéaire ou éclatée ?
  • Quel temps choisir pour narrer son histoire ? Li-Cam indique qu'il existe souvent une différence d’utilisation du temps entre la littérature dite “blanche” ou "générale" et la littérature “de genres” (polar, science-fiction, fantasy, érotique…). Les auteurs utilisent - en moyenne - plus le temps présent en littérature blanche (pour donner une impression d’immédiateté, de fluidité) et plus le passé en science-fiction (avec un travail sur le temps long, comme l'a fait Laura avec sa planète peuplée de plantes et d'arbres qui vivent parfois plus de 3000 ans)
  • À quoi servent les dialogues ? A donner du rythme, de la vie aux personnages, à poser la personnalité, le ton de chacun, à dialoguer des explications un peu lourdes... En moyenne, les dialogues occupent de un tiers à la moitié d'un roman. Ne pas oublier de donner des registres de langage différents aux personnages (des personnages âgés ou plus jeunes, aux niveaux sociaux différents... parlent différemment !)


En résumé, Li-Cam souligne trois niveaux de narration : la description des lieux, la description des actions et la description des états d’âmes.

Enfin, avant de passer à la suite, Li-Cam nous fait un petit aparté au sujet de la littérature nommée “Young adult”, qui s'est développée assez récemment et qui a trouvé une place à part entière dans les librairies. Pour l'auteure, ce type de livres mettent en scène des préoccupations jugées plus proches de celles des adolescents, avec un vocabulaire un petit peu plus simple et un peu moins d’intrigues politiques (ou en tout cas, elles aussi simplifiées). Diane nous cite l'exemple de l'auteur américain Paolo Bacigalupi qui a écrit "La Fille automate" pour tous publics et "Ferrailleurs des mers" vendu plutôt aux ados.


Héros et antagonistes

Si la personnalité des personnages de nos histoires sont à peu près posées, il n'est pas aussi facile de les rendre vivants. Li-Cam nous apporte son aide : "Le lecteur a besoin de s’identifier à un personnage, qui soit un repère tangible. C’est pour cela qu’il faut présenter une de ses facettes les plus dynamiques. Le personnage peut ainsi être en déséquilibre : on s’y identifiera d’autant plus facilement".

A ceux qui se demandent combien de personnages principaux l'auteur peut faire intervenir dans une intrigue (simple), Li-Cam répond : "autant que d'amis dans la vie. Cinq personnages "principaux", c'est déjà très suffisant, mais il peut y avoir des personnages moins présents, qui n'interviennent pas directement tout en ayant de l'importance dans le récit, comme un empereur par exemple".

Et qui dit "héros", dit "méchant", "vilain", ou "antagoniste" : "l'antagoniste peut être personnifié ou bien faire partie de l'univers, comme les fils dans La Ballade de Pern, de Marion Zimmer Bradley. Dans tous les cas, cette notion est assez floue et le manichéisme passe de moins en moins bien. Il faut éviter un antagoniste uniquement méchant et sans profondeur. Le vrai défi, c'est de décrire par exemple deux civilisations qui s’affrontent mais qui ont chacune des raisons crédibles pour s'affronter". Et les auteurs d'êtres invités à réfléchir à différents moments cruciaux de l’histoire de l’humanité ou bien de l'éventuel choc qu'engendrerait la découverte de vie extraterrestre.

Retour sur le schéma narratif

Pour nous montrer comment imaginer une situation initiale et une scène d'ouverture, Li-Cam revient au schéma narratif conçu collectivement lors des séances précédentes, qui met en scène les personnages d'Alisson, Matt et "Bob" (S).

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Elle répond ensuite à des questions basiques :

  • Où ? Dans le vaisseau spatial / sur le pont
  • Qui ? Matt / La Capitaine Alisson et une partie de l’équipage
  • Quoi ? Répondre à un SOS en partie effacé provenant d’une planète proche ? Détourner le vaisseau de sa mission ?

Selon l'auteure, l'ambiance est plutôt au mystère et la dynamique entre les personnages au conflit. Voilà sa proposition - sur le ton de l'humour employé depuis le début avec les participants : "Hypnotique, le message intercepté la veille dans le vide intersidéral tournait en boucle, livrant à nos oreilles circonspectes une série de « cuicuis » et de « glouglous ». Malheureusement, la vidéo avait été altérée. En conséquence, l’écran de contrôle n’affichait que des ombres informes se découpant à peine sur un fond de lumière blanche. Le message se concluait par une phrase parfaitement intelligible. « AHHH L’AIDEUHHH ! GLOUGLOU ! ». Il s’agissait donc d’un SOS"

La première phrase

Lors de la 4ème séance, nous avions découvert le prologue de Lum'en, par Laurent Genefort, "l'un des plus beaux que j'ai lus" d'après Li-Cam, qui nous cite ensuite des incipits de livres (de science-fiction ou non), comme :

  • "Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J'ai reçu un télégramme de l'asile: «Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués.» Cela ne veut rien dire. C'était peut-être hier." - L'étranger, de Camus (1942)
  • "J’avais atteint l’âge de mille kilomètres." - Le monde inverti, de Christopher Priest (1974)
  • "Le ciel au-dessus du port avait la couleur d’une télé allumée sur une chaîne hors-service." - Neuromancien, de William Gibson (1984)
  • "Le roman commence dans une gare de chemin de fer, une locomotive souffle, un sifflement de piston couvre l'ouverture du chapitre, un nuage de fumée cache en partie le premier alinéa." - Si par une nuit d’hiver, un voyageur, d'Italo Calvino (1979)

Dessin de couverture du roman "Le Monde inverti", de Christopher Priest

Chacun nous dit quelque chose du personne, de son univers, parfois de son âge...

Et voici, non sans humour, sa proposition d'incipit pour l'histoire conçue collectivement : "Nous avions le choix. Deux trajectoires différentes s’offraient à nous. Deux futurs possibles. Bien distincts. C’est en tout cas, ce que nous pensions. Hypnotique, le message intercepté la veille dans le vide intersidéral tournait en boucle, livrant à nos oreilles circonspectes une série de de "cuicuis" et de "glouglous"."

>> Crédits : image du film Minority Report, pirate par violscraper (Flickr, licence cc)