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Jardins imaginaires en terres hospitalières

Publié par Echosciences Grenoble, le 29 novembre 2017   1.6k

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Un projet commun à 3 structures hospitalières et 2 structures culturelles en Isère...

Jardins imaginaires en terres hospitalières est un projet artistique de médiation culturelle construit sur trois ans. Il est destiné aux patients, au soignants mais aussi familles. Il se déroule simultanément sur trois hôpitaux isérois : le Centre hospitalier Alpes Isère de Saint-Egrève, le Centre médical Rocheplane de Saint-Martin d’Hères, et l’Etablissement de Santé Mentale des Portes de l’Isère de Bourgoin-Jallieu. Il est mené en partenariat avec deux structures culturelles : le Théâtre municipal de Grenoble et le Centre des Arts du Récit.

Cinq artistes d’horizons différents sont invités à mener un travail de création autour de la question de nos Jardins Imaginaires. Le processus artistique se nourrit des rencontres, et des ateliers proposés auprès des publics dans les différents hôpitaux.

Une idée a germé et s’est enracinée progressivement… celle de partir de différentes acceptations de la notion de culture, notamment cultiver son jardin, son potager mais aussi son jardin intérieur.

C’est autour de leurs jardins réels et imaginaires que 5 artistes venus de différentes disciplines ont commencé l’élaboration d’une œuvre commune.

Au démarrage, une résidence de création de 4 jours au Théâtre de Poche...

C’est en 2016 que ce projet a démarré, par une première résidence de création du 12 au 16 décembre 2016 avec Núria Alvarez Coll (architecte comédienne) du Collectif Terrón et Mathilde Beguin (architecte plasticienne), Emdé (dessinateur chez Voyagitudes) Raphaël Cordray (compositeur chez Microphone) et Jennifer Anderson (conteuse, Cie Ithéré)

1er jour : Le Théâtre de Poche les a accueillis, pour une journée de travail autour de la terre orchestrée par Nuria Alvarez Coll et Mathilde Beguin. Il s’agissait de faire découvrir aux autres artistes le matériau. Jeux de mouvements, d’empreintes, de traces des corps dans la matière ; explorations sensorielles… Cette journée a permis de créer les conditions de rencontre artistique entre les différents intervenants, de relier à la terre aux autres médiums, et d’ouvrir les possibles autour de la thématique des jardins imaginaires.

2ème jour : Sous le signe du crayon cette fois, a été orchestrée par EMDÉ. L’idée était de proposer aux autres artistes d’expérimenter des jeux autour du dessin, tels qu’ils pourraient être envisagés auprès des publics de l’hôpital de Saint-Egrève.

3ème jour : ce fut le tour de Raphaël Cordray (son) et Jennifer Anderson (récit) de proposer aux artistes d’explorer leurs domaines, dont l’écoute était le fil conducteur. Au programme : une ballade sonore urbaine et temps d’échange sur l’expérience vécue, d’une mise en mot pour chacun. 

4ème jour : ce fut la présentation du travail en cours, en présence de quelques patients de l’Hôpital de Saint-Egrève, ainsi que de quelques partenaires référents du projet. Cette restitution invitait le public à vivre et à partager avec les artistes un voyage, une expérience à la fois physique, sensorielle, poétique, et imaginaire. Ni véritablement un spectacle, ni un atelier de pratique, cet instant s’est construit autour des propositions artistiques, des pistes nées du temps d’échanges et d’exploration pendant la semaine, invitant tour à tour le public à être spectateur ou acteur. 

Les 5 artistes prêts pour la ballade sonore urbaine

L’artiste Emdé (dessinateur)

Dessiner son jardin imaginaire...

Lundi 6 mars 2017

Rencontre avec Emdé à la chapelle du CHAI. 30 patients et personnels du CHAI ainsi qu’une classe de CM2 de la commune de Saint-Egrève viennent découvrir le travail de l’artiste notamment ses carnets de voyages et de croquis.

Mardi 7, 14,21 et 28 mars 2017

Ateliers de croquis proposés aux patients et personnels du CHAI. Emdé propose d’abord des temps en salle pour s’échauffer les doigts, se laisser porter par des jeux ludiques autour du dessin : des portraits rapides des autres participants en moins d’une minute puis en quelques secondes, dessiner ce que l’on voit de la fenêtre… Lors d’une séance, les participants créent leur autoportrait «Jardins dans la tête » : en partant d’une photo, on dessine tout ce qui occupe nos pensées, nos états d’âmes, nos souvenirs, nos loisirs… Puis quand le temps le permet, on file dehors pour croquer la chapelle, les fleurs des jardins ou encore les chaussures des collègues ! Nous redécouvrons le paysage hospitalier derrière nos crayons, remarquons des détails auxquels nous n’avions jamais porté attention. C’est agréable, relaxant. Une très belle énergie circule dans le groupe constitué qui accueille de nouveaux dessinateurs en herbe chaque semaine car le bouche à oreilles fonctionne très bien… Emdé nous transmet sa joie de vivre, sa bonne humeur et sa quiétude.

Mardi 2 mai 2017

Emdé intervient auprès des élèves de Barbara Pouzet (CM2 de l’école de La Gare) pour leur proposer de réaliser à leur tour un autoportrait « Jardins dans la tête ». Une exposition commune des œuvres réalisées lors de ces différents ateliers est prévue à la Bibliothèque municipale Barnave de Saint-Egrève à l’automne.

Mardi 4 avril 2017

Pour le dernier atelier, nous choisissons de nous rendre aux jardins de la Poterne à Grenoble. Une matinée pour visiter et s’imprégner de l’ambiance singulière de ces jardins collectifs, en croquer les 1000 et 1 saveurs avec nos crayons et aquarelles. Nous échangeons avec les jardiniers présents puis partageons un repas pour clôturer cette belle aventure. Nombreux participants ont tellement pris goût à ces ateliers qu’ils se sont équipés (crayons, pinceaux avec réservoir d’eau et aquarelle) pour continuer à croquer ce qui les entoure, porter un nouveau regard sur leur environnement.

Atelier aquarelles au jardin de la Poterne à Grenoble

Les artistes Jennifer Anderson (conteuse) & Raphaël Cordray (compositeur)

Rêver son jardin imaginaire...

Lundi 3 avril 2017

Première journée pour Raphaël (Microphone, Portez la Parole) et moi. Le soleil était au rendez-vous pour notre plus grand plaisir ! Au menu, installation de notre QG dans l’ancienne cafétéria, rencontre avec les équipes, présentation du projet et ballade contée dans les jardins de l’hôpital avec casque sur les oreilles pour une immersion totale dans les sons et les récits... Un moment suspendu, plein de douceur et de rêve pour les résidents...un instant de plaisir pour tous !

Ballade contée dans les jardins

Mardi 2 mai 2017

Il pleut, impossible de faire les ballades sonores dans les jardins de l’hôpital. Qu’à cela ne tienne ! Nous-nous promènerons dans les unités de soin le matin, casques sur les oreilles, dans des jardins imaginaires au grès de contes et de textes choisis que je raconterais ou lirais. À 15h nous installons de grandes tables dans notre «repaire» sur lesquelles je dispose papiers, crayons, pinceaux. Un tour dans les unités pour chercher les personnes et la cafétéria se remplie, une soignante est même venue ! Je propose de petits jeux sur les notions de jardins et d’imaginaire et l’heure du goûter est déjà là ! «Pouvons-nous revenir après ?» on nous demande. Moins de 20 minutes plus tard, le petit groupe revient ! Cette fois nous dessinons nos jardins imaginaires tout en les racontant... Derrière les grandes baies vitrées, la pluie...

Mardi 23 mai 2017

Raphaël installe un haut parleur à l’entrée de la cafétéria. L’eau tranquille d’une rivière, un vent léger, des grillons, tour à tour peuplent les jardins de l’hôpital et nous entraînent dans des paysages décalés, poétiques. J’installe sur les tables mon petit matériel pour des jeux de récit(s). Les 30 minutes sont passées, les personnes reviennent. Parmi elles, des « habitués ». Nous sommes heureux de nous retrouver. C’est une journée de grosse chaleur. Raphaël écourtera les ballades sonores dans les jardins et c’est au frais dans la cafétéria que nous nous retrouvons. Les mots se bousculent, les images aussi. Tout va très vite et je n’arrive pas à tout noter ! Des duos alors se forment spontanément entre les résidents et tandis que l’un raconte, l’autre note. Je lis les écrits au fur et à mesure. Chacun écoute, surpris de sa « production » soudain révélée par une autre voix, une autre « lecture », interprétation. Les résidents se complimentent les uns les autres, admiratifs de ce qui vient de naître, ici, par eux. Les résidents repartent avec leurs écrits, leurs dessins.

Mardi 13 juin 2017

La première saison du projet "Jardins imaginaires en terres hospitalières" se termine avec mon complice Raphaël. Je regarde la vitrine remplie des textes nés ici, des paroles et contes échangés… Cette fois, chacun partira avec son petit sac de graines au choix : graines de tranquillité, de géants, de savoir, de bonheur, d’amour, de révolution, de rêves, d’écoute… Nos quatre journées à l'hôpital ont été riches de rencontres, d'expériences partagées. Je reviens chez moi avec les textes, d'émouvants récits, des poèmes collectés chaque fois dans les unités ou dans la cafétéria qui était notre camp de base. Je revois les espaces, les couloirs, la pelouse, les chemins de cailloux, les portes en sentinelles donnant sur les chambres, les vitres fumées depuis les jardins. Je revois les visages, j’entends leur voix, leur musicalité. J’entends aussi le tambour de Raphaël, les cloches légères. Installée à mon bureau, je prends alors papiers, crayons à mon tour et je compose mon premier VERBIER : une sorte de catalogue d'écrits (textes collectés ou récits racontés lors des ateliers) accompagnés de "planches". Merci à David, à Mathilde et Nuria qui certainement m'ont inspiré et décidé à triturer la matière, à me lancer dans la réalisation de mes Jardins Imaginaires sur des textes des résidents... 

Collectif TERRÓN : Nuria Alvarez (architecte comédienne) & Mathilde Béguin (architecte plasticienne)

Habiller une colonne de terre...

Nous avons amené de la terre dans l’hôpital de Rocheplane pour bâtir une installation éphémère. Nous avions imaginé qu’elle pouvait être vivante, évolutive et nous souhaitions fortement impliquer les patients dans notre démarche artistique. Pour cela nous leur avons fait partager toutes les étapes de notre création : de la fabrication et du séchage des briques, du montage de la colonne en terre jusqu’à la germination des plantes. De cette manière, nous créons une situation inédite et improbable dans un cadre hospitalier aux contraintes techniques et sanitaires importantes.

Création des briques pour l'installation éphémère

Les briques de terre, qui habillent une des colonnes de l’entrée de l’hôpital, créent un premier effet de surprise dans cet espace minéral et régulier. Ce dispositif tient compte de la vue depuis le bâtiment et le parc et entre en relation directe avec le jardin de Rocheplane. Par l’échelle de l’installation, un rapport particulier au corps et à la matière se produit. Le besoin de s’approcher, de regarder et bien sûr de toucher se fait ressentir. Ce choix de produire et construire in situ nous a permis d’échanger avec les patients. Eux-mêmes comprennent mieux la démarche créative et la notion de durée qu’elle implique. 

La germination promise, permet de faire naître des émotions et de réveiller le jardin intérieur enfouit en chacun de nous. Cette transformation souhaitée, de l’objet minéral en une sculpture organique, nécessitera l’attention des patients qui devront arroser les graines contenues entre les joints. Nous sommes tous des jardiniers quand le jardin vient à nous !

Les premières pousses apparaissent !

Projet des Jardins Imaginaires par le Collectif Terron et en collaboration avec l'Atelier Alba. Avec la participation des étudiantes du DSA architecture de terre du Laboratoire Craterre ENSAG de Grenoble : Emy Galliot, Rosie Paul, Alice Mortamet

>> Pour en savoir plus : consultez la page Facebook du projet

>> Source : document bilan de la première saison de "Jardins imaginaires en terres hospitalières"