Des scientifiques développent une alternative plus saine à vos tickets de caisse
Publié par Manon Nicolaï, le 6 janvier 2026 75
Le papier thermique est devenu indispensable dans notre quotidien. Vous ne vous en êtes peut-être pas rendu compte, mais les tickets de caisse, les tickets de transports, les étiquettes ou encore les reçus bancaires en sont de véritables preuves. Toutefois, sa composition présente des risques pour ses consommateurs et pour l'environnement. Des chercheurs de l'école polytechnique fédérale de Lausanne ont cherché une solution pour limiter ces risques.
Sous l'effet de la chaleur, une réaction entre un colorant incolore et un révélateur a lieu, produisant un texte foncé aux endroits chauffés du papier. Jusqu'à maintenant, les révélateurs les plus courants étaient le bisphénol A (BPA) et le bisphénol S (BPS). Ces substances font l'objet de restrictions et, dans certains cas, d'interdictions car elles “sont considérées comme des perturbateurs endocriniens”, comme le précise le ministère de la santé (1). Pour tenter de mieux respecter les réglementations sanitaires, une équipe de l’EPFL a travaillé sur une formulation plus propre, à base de biomasse végétale terrestre.
Ces travaux, publiés en janvier 2026 dans la revue Science Advances (2), présentent un revêtement de papier thermique à base de lignine associé à un révélateur dérivé du xylane. Ces deux biomolécules sont naturellement présentes dans le bois et participent à la rigidité et à la structure des plantes. Grâce à une méthode d'extraction chimique, les chercheurs ont synthétisé des polymères de lignine clairs. Ceux-ci sont capables de réagir à la chaleur, pour produire une coloration visible en présence d'un sensibilisateur à base de sucres “peu toxiques et biodégradables”.
Après avoir démontré l'efficacité de cette nouvelle recette de papier thermique, les chercheurs ont voulu vérifier que sa coloration était durable. Des échantillons placés près d'une fenêtre pendant 6 mois, n’ont présenté qu'une variation négligeable de densité de couleur, assurant la lisibilité de l'impression après plusieurs mois. Concernant les évaluations toxicologiques, les agents de développement de la lignine présentaient une activité œstrogénique deux à quatre fois inférieure à celle du BPA. Le sensibilisateur à base de sucre n’a montré aucun profil œstrogénique ni de toxicité dans les conditions testées, assurant le respect des normes de sécurité.
Bien que le contraste de l'image soit encore inférieur à celui d'un papier commercial parfaitement optimisé, les performances étaient équivalentes à celles liées à l'utilisation de BPA. Cette étude suggère qu'avec quelques efforts supplémentaires pour optimiser la qualité d'impression et augmenter la production, il sera possible de fabriquer des papiers thermiques à partir de matière organique, sans avoir recours à des produits chimiques dangereux.
Article rédigé par Manon Nicolaï
Sources :
(1) Ministère de la Santé, Bisphénols , site sante.gouv.fr, mis à jour le 25 février 2025. Disponible sur : https://sante.gouv.fr/sante-et-environnement/risques-microbiologiques-physiques-et-chimiques/article/bisphenols
(2) EPFL, Sustainable thermal paper formulation using lignocellulosic biomass fractions, Science Advances, janvier 2026. Disponible sur : https://doi.org/10.1126/sciadv.adw9912
