10 minutes de ciel clair et... une petite aurore

Publié par Mathieu Barthelemy, le 23 octobre 2016   1.5k

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Bonsoir ! Hier soir, vendredi 21 octobre, nous avons tenté de résoudre le problème thermique de l'instrument. Trop ou pas assez d'isolant : telle était la question. Bricolage dans la nuit sur la plateforme de l'observatoire, toujours ce sentiment incroyable d'avoir un bureau magnifique. La météo est changeante, douce mais ventée. Vers 22h, une étoile apparaît puis deux puis d'autres au sud. On voit une petite lueur au loin mouvante blanche au début puis verdâtre. C'est très faible mais dynamique. Une petite aurore boréale donc, bien faible. Au bout de 10 minutes, les nuages reviennent, puis plus rien... Ce sera sans doute la seule de la mission.

On fait quelques tests de pollution lumineuse dans différentes directions. Ce n'est pas fameux, il y a des lumières partout, mais ce n'est finalement pas si catastrophique que l'on pensait.

Le samedi, c'est le week-end, la base change de rythme. Brunch de 10h à 13h. Ayant mangé à 5h la veille, nous y sommes à 10h pile. Le temps est au brouillard mais sans pluie ni vent. Il fait plus frais, environ 0°C. On décide de faire une balade avec un responsable de l'IPEV, une collègue allemande de l'AWI (Institut Alfred Wegener) spécialiste de biologie marine et Jean (Lilensten).

Direction le Brøggerbreen, un glacier à quelques encâblures de la base. Avant de monter sur les moraines du glacier, il y a une piste carrossable sur 1 à 2 km. Nous décidons de nous raccourcir ce trajet peu intéressant en prenant les vélos. Avoir un fusil, des bâtons de ski, des crampons dans le sac et faire du vélo n'est pas tout à fait banal ! Nous arrivons au bout de la piste, on laisse les vélos sans antivol : le risque qu'un ours nous les chaparde est assez faible.

On attaque la marche sur une moraine assez accidentée. Le sol est détrempé, de temps en temps on craint de laisser sa chaussure dans le sol tellement il est mou. Le principal problème est d'éviter les rivières qui descendent du glacier qui, en ces temps assez chauds, coulent fortement. On passe et on prend pied sur le glacier en rive droite proche d'une très grande crevasse dans laquelle coule un torrent rougeâtre. La glace est vive, sans neige, parfois très transparente et dure. On monte environ 200 m de dénivelé avant d'atteindre une grosse crevasse due à la fonte. On monte encore, il se met à neiger. Arrivés à la limite du brouillard, on décide de redescendre. Superbe balade.

On rentre, il faut bosser un peu sur l'instrument. On ajuste l'isolation. On le remet sur son pied. Cette fois c'est la bonne, le PM (photomultiplicateur) est assez froid et la partie filtre avec le moteur du polariseur tournant n'est pas trop chaude.

On va pouvoir faire des mesures cet hiver. Il y a deux ans, les résultats que nous avions obtenus, nous ont permis d'identifier un lien entre la direction du champ magnétique et la polarisation (voir Lilensten et al. Journal of Geophysical Research, 2016). Avec cette nouvelle campagne, on espère pouvoir mieux comprendre ce lien, voir si ce dernier est simple ou si d'autres paramètres interviennent.

Et puis en géophysique, l'aspect monitoring est particulièrement important. Il faut beaucoup de données dans de nombreuses conditions (géomagnétiques pour notre cas). Nous prévoyons d'autres campagnes les années à venir.

Le samedi soir à Ny-Ålesund est particulier. Les tables sont mises avec nappes et serviettes. Il est expressément demandé de "venir sans vêtements de travail". Après avoir réglé l'instrument, on passe une chemise que nous avions prévue à cet effet. Il est également possible d'amener une bouteille de vin ou de bière à table. Nous mangeons plutôt bien. Étrange impression de voir sur leur "trente-et-un", des personnes qui étaient sur les vélos ou sur le glacier 3 h avant.

Ce soir, il est tombé 2 ou 3 cm de neige. Le village prend une tout autre ambiance. Rentrer de ce repas les pieds dans la neige est une très belle impression. Le petit "crouich" des chaussures dans la neige est toujours un très bon moment. Malheureusement, la météo prévoit un réchauffement dès dimanche matin et, tel le carrosse de Cendrillon en citrouille, la neige se transformera en pluie.

Lundi, c'est le départ... Si l'avion veut bien atterrir ! L'instrument est installé, nous pouvons espérer des données de bonnes qualités pour cet hiver. Mission accomplie !