Atelier de la CST 10 : Concevoir une animation scientifique à destination des scolaires pour la Fête de la Science 2020

Publié par Destination Culture - Université Grenoble Alpes, le 9 mars 2020   490

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Comment bien préparer son animation pour la Fête de la Science ? Comment intéresser un jeune public dit “captif” ? Quelles contraintes peut-on rencontrer et comment y remédier ? Qu’est-ce-que vulgariser, communiquer, animer ou encore faire de la médiation ?

Pour marquer notre 10ème atelier de la CST et lancer les préparatifs de la Fête de la science 2020, nous avons eu envie de proposer cette année aux personnels des laboratoires de l'Université Grenoble Alpes (chercheurs, enseignants-chercheurs, doctorants, chargés de communication...) un cycle de 3 ateliers pour les aider à concevoir les animations scientifiques qu'ils présenteront en octobre prochain au Village du campus Nuances de Sciences

Et afin de les accompagner dans leurs projets d'animation, nous accueillons pour ce cycle d'ateliers Annalisa Plaitano (site web / Twitter), médiatrice scientifique et professeure à la Sorbonne !

Introduction : quelques éléments de langage

En guise d'introduction et afin de partir d'une base commune, Annalisa Plaitano a proposé aux participants de revenir sur quelques éléments de vocabulaire couramment utilisés en culture scientifique : vulgarisation, communication, médiation et animation. Comment définir ces activités ? Quels sont leurs points communs et leur différences ? 

Des questions qui avaient déjà été abordées lors de notre précédent atelier de la CST et qui avaient soulevé quelques débats ! En effet, l'utilisation de l'un ou l'autre de ces termes peut parfois diviser. Entre autre, le terme de vulgarisation est parfois associé à une connotation négative, comme l'a exprimé l'un des participants : "vulgariser est souvent vu comme “rabaisser le peuple” considéré comme “non sachant"..."

S'il est difficile d'aboutir à un consensus dans les définitions de ces quatre termes, voici les éléments retenus lors de la discussion animée par Annalisa Plaitano pour la suite :

  • La vulgarisation : rend accessibles les connaissances scientifiques aux “non experts” dans un contexte d’éducation non formelle. Elle n'inclut pas forcément le retour du public ;
  • La communication : peut indiquer l’ensemble des pratiques de diffusion des sciences, mais aussi la communication institutionnelle d’un Centre de Recherche ou d’une Université ;
  • La médiation : construit un dialogue avec le public en prenant en compte son point de vue et vise donc à rapprocher la science et la société ;
  • L’animation : c’est une activité principalement adressée aux enfants (mais pas que !) et souvent déclinée sous forme d’atelier très ludique.

La recette d'une communication réussie

 Bien que les quatre activités décrites précédemment présentent des différences, elles reposent toutes sur un schéma de communication impliquant un émetteur, un récepteur et un message à transmettre !

L’émetteur : motivations et posture

Commençons par l'émetteur : quelles sont ses motivations à communiquer avec le public ? Après un tour de table, des témoignages forts et personnels ressortent des participants de l'atelier, qui ont pour la plupart des motivations communes.

Que ce soit par passion des sciences ou sentiment d’être redevable, il semble essentiel pour eux de “montrer au public ce que l’on fait dans la recherche” et de rappeler que c’est notamment grâce aux financements publics (et donc les impôts !) qu’il est possible de réaliser ces travaux. Autre source de motivation : faire tomber les mythes liés à leurs domaines de recherche, parfois victime de préjugés. Non, la “chimie n’est pas forcément quelque chose de dangereux” et “on peut faire de jolies choses même si c’est estampillé mathématiques ou informatique”.

Par ailleurs, les événements tels que la Fête de la Science donnent l'occasion de montrer que tout le monde peut comprendre et mettre en œuvre une démarche scientifique, que l’on peut "être acteur même si on n’a pas de bagage scientifique”. En particulier, cela permet aussi de rappeler que les scientifiques n'ont pas réponse à tout, et que l'inconnu fait partie du travail de recherche !

Je travaille sur des questions sans réponse car c’est la démarche même du scientifique, il ne trouve pas souvent de réponses. Il faut répondre que c’est normal et qu’il ne faut pas s’inquiéter.

Enfin, l'opportunité d’avoir un public qui n’est pas issu de la communauté scientifique et de rencontrer des personnes curieuses, intéressées et qui ont souvent plein de questions à poser est aussi un levier d'engagement !

Maintenant que les principales sources de motivations des participants sont identifiées, une nouvelle question se pose : comment communiquer ? quel style adopter ?  Et bien tout dépend de l'émetteur ! Il peut choisir de raconter une histoire, d'utiliser un ton humoristique, ou encore de jouer un personnage. L’essentiel est que celui-ci se reconnaisse dans son style et s’y sente à l’aise, tout en prenant garde à ce que cela reste adapté au public et au thème de l’atelier.


Le récepteur : zoom sur le public scolaire

Pour concevoir une animation et adapter le choix des contenus, il est essentiel de connaître son public et notamment ses connaissances, son rythme et ses besoins. Dans le cadre de l'atelier, nous nous concentrerons ici uniquement sur le public scolaire.

Les connaissances : pour les scolaires, il est relativement facile (bien que cela demande du temps) de se renseigner sur les programmes, en fonction du niveau des groupes accueillis. Si vous en avez la possibilité, n’hésitez pas à vous renseigner directement auprès des enseignants des classes concernées !

Le rythme : chez les enfants, la question du rythme et de l’attention est primordiale. Il faut en effet avoir en tête : qu'ils seront plus attentifs au début de l’atelier qu'à la fin ; qu'ils pourront difficilement réaliser une activité continue de plus de 15-30 minutes selon l’âge ; et qu'ils n’ont pas le rythme de concentration d’un adulte.

Annalisa Plaitano souligne cependant qu’avec une « pédagogie active » (démonstrations, questions, manipulations) nous pouvons augmenter la durée de l’attention. Plus le public participe, plus il se sent concerné et reste attentif !

Les besoins : le public scolaire est spécifique car il est “captif”, c’est-à-dire qu’il est présent dans le cadre de sa scolarité et il n’est donc pas forcement volontaire. En outre l'activité est encadrée par un enseignant qui peut avoir des attentes spécifiques d'un point de vue de contenus. D'où l'intérêt de pouvoir se renseigner en amont sur les programmes ou de prendre contact avec l'enseignant !


Le Message

La construction du message est une étape indispensable pour une animation réussie ! Cela implique nécessairement de faire des choix (même si cela génère souvent de la frustration !), et de distinguer l'utile de l'accessoire : quelles sont les informations clés que l'on veut transmettre ? Qu'est-ce qui est indispensable à la compréhension de ces informations ? Et qu'est-ce qui ne l'est pas ?

Le choix des mots est également important : pour les termes techniques, il faudra parfois trouver des synonymes ou des métaphores, tout en essayant de rester le plus juste possible scientifiquement. C'est un équilibre à trouver ! L'un des participants ajoute même “qu’en mathématique ne pas utiliser le vocabulaire spécifique permet de s’affranchir des aprioris liés à la discipline et de ne  pas bloquer les gens”. Et parfois, il faut aussi s'accorder quelques approximations : il faut simplement le mentionner clairement au public et rester transparent.

Pour étayer le discours, il ne faut pas hésiter à s'appuyer sur des supports visuels : le public, et notamment les jeunes apprécient particulièrement les photos, vidéos, dessins, BD... Pour enrichir une animation, on peut aussi utiliser les sens, faire participer le public, le faire manipuler, lui poser des questions... faire preuve de créativité est la clé !

Ce qu’il faut retenir

S'il fallait résumer cette séance, voici  les point essentiels à retenir lorsque l'on conçoit une animation scientifique :

  • Identifier ses motivations en tant qu'animateur (car cela orientera notre message) et trouver un style / un format qui nous correspond ;

  • S'informer pour connaître son public et adapter les contenus, mais aussi l'espace, les supports ou la durée de l'activité. En particulier avec les enfants, l'utilisation de l’espace et de leur mobilité physique est importante pour canaliser leur énergie, et les activités doivent être variées pour maintenir leur attention ;

  • Choisir le message à faire passer et trouver comment l'exprimer (langage).

Cap sur la Fête de la science 2020 !

Ce premier atelier a permis d’installer un cadre commun, de partager les expériences de chacun et de (re)donner quelques bases pratiques pour concevoir une animation scientifique cohérente et pertinente.

Il est maintenant temps pour les participants de passer à la pratique ! Après avoir dressé un bilan des animations qu'ils avaient pu réaliser par le passé, il doivent à présent définir leurs envies et objectifs pour la Fête de la Science 2020, en s'appuyant sur l'existant ou partant sur quelque chose de nouveau. Lors des prochaines séances (24 mars et 15 avril), ils pourront s'appuyer sur l'accompagnement personnalisé d'Annalisa Plaitano pour faire aboutir leurs projets !


Pour aller + loin

Vous pouvez consulter et télécharger le Carnet de route de l'animateur scientifique, très complet et réalisé par Latitudesciences.

Pour être tenu au courant des prochains "ateliers de la CST", n'hésitez pas à consulter régulièrement le site de la Direction de la culture et de la culture scientifique de l'Université Grenoble Alpes et à nous suivre sur les réseaux sociaux à travers le hashtag #AtelierCSTUGA !

Vous pouvez également retrouver les résumés et fiches pratiques des précédents ateliers sur le dossier Echosciences dédié.


Cet article a été co-rédigé par Mélanie Guillemont, étudiante en Master 2 Communication et culture scientifiques et techniques et Sandy Aupetit, chargée de médiation scientifique à l'Université Grenoble Alpes.