i-Roader de Grenoble

Publié par Pierre-Louis Goirand / Phase3, le 23 mars 2016   4.1k

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L'i-Road est un concept-car (à 3 roues) de TOYOTA, en phase d'expérimentation uniquement dans un quartier de Tokyo et ici à Grenoble. J'ai la chance d'être un de ses 3 premiers ambassadeurs grenoblois (depuis octobre 2014). Utiliser cette drôle de petite machine électrique pour mes déplacements a modifié mes pratiques urbaines mais a aussi bouleversé ma vie en changeant mon regard sur les autres.

L'usage de la voiture dans les villes est polluant et égoïste puisqu'elle ne transporte, en général, qu'un seul passager. Des études montrent aussi sa lenteur puisque la vitesse moyenne d'une auto en ville ne dépasse guère les 20 km/h.

Gabegie énergétique, agression envers les plus faibles, hérésie sociale !

Bruits de la ville : Il y a longtemps, que je ne roule plus en voiture dans Grenoble. Pour me rendre au travail, sur la zone industrielle qu'ils ont pompeusement nommée Innovallée, j'utilise un scooter (125 cm ³ / 4 temps) . Pour ceux qui travaillent sur la Zirst de Meylan/Montbonnot, la première des souffrances de la journée ( RPS) est souvent liée aux accès aberrants par des routes qui n'en ont que le nom, à la desserte par les transports en commun, à peine digne du XXème siècle, ou aux parkings improbables et insuffisants. Le scooter est rapide et grisant mais dangereux, surtout le jour de pluie où les routes défoncées et mouillées deviennent glissantes à cause des scories du diesel. Même si je n'en ai pas modifié l'échappement, mon scooter fait quand même pas mal de raffut. Sur les véhicules électriques, si l'on omet le roulement ou le son de la jolie montée en puissance du moteur, l'absence de bruit est un vrai bonheur. (Silence is sexy !)

Avec le retour du " bruit des métiers ", les cris des gamins et même le chant des oiseaux, est-ce que l'électricité ramènera un peu de sérénité dans nos villes ?

Changer les repères hiérarchiques et sociétaux et muter vers une société où le faible devient prioritaire : lors de mes déplacements en i-Road, je m'efforce de toujours laisser passer les piétons et les vélos qui coupent ma trajectoire. (Cette inversion totale des "instincts automobilistiques primaires" peut être tenue comme un exercice cognitif de désapprentissage). Et avec un large sourire, c'est encore mieux ! (Le sourire déclenchant le sourire, je m'aperçois que celui de l'autre me fait du bien). Et si je gène l'automobiliste pressé qui me suit ? Tant pis ! Je ne fais que respecter le code de la route après tout.

La notion de "bien commun", qui se développe par l'Auto partage, doit nous faire nous demander si, tout simplement, nous supporterions les sévices ou les incivilités que nous infligeons aux autres.

Une qualification différente et apaisante de nos espaces urbains surpeuplés et pollués se pose comme indispensable. Entre Zen et Punk, une philosophie du " Vivre ensemble" verra rapidement le jour. Je l'ai déjà entrevue en pilotant l'i-Road. J'aimerai en modeste colibri y contribuer et aussi tout en la peaufinant, la décrire, non pas à la manière d'un ethnologue urbain avec des données chiffrées, mais plutôt de manière artistique sensible en transcrivant mes émotions.

Parce qu'ils nourrissent en nous des habilités de locomotion et des interactions qui, de jour en jour, deviennent de plus en plus positives et emphatiques envers les autres, les trajets en i-Road nous font peu à peu comprendre, qu'il y a bien longtemps, juste avant le Big Bang, nous étions tous le même tout petit point dans l'univers.

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