In-PACTE saison 2 : Confinement et violences conjugales

Publié par Laboratoire Pacte, le 8 décembre 2021   250

Ce dernier épisode d’In-PACTE met le focus sur deux sujets d’actualité, en donnant la parole à Marion Tillous, maitresse de conférences en géographie et études de genre. En effet, Marion a mené une recherche sur les violences conjugales lors du confinement, retenue par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) pour recevoir un financement de la Fondation de France. 

 Au-delà du conflit, quand la hiérarchie s’installe

 Il est courant d’observer des conflits dans les couples, en particulier au moment des divorces, mais ils sont à distinguer des violences conjugales. En effet, les violences reposent sur une hiérarchie qui s’établit entre les deux individus : un rapport de domination de l’un sur l’autre. On parle de contrôle coercitif pour décrire ce rapport de hiérarchie inter-individuel. Ce type de contrôle se traduit progressivement par une emprise complète sur tous les aspects de la vie de la victime, à tel point que la rupture devient impossible et inenvisageable. Un des éléments sur lequel repose ce contrôle, c'est la dimension de genre. Autrement dit, dans la majorité des cas, c'est un homme qui exerce de la violence sur une femme, parce qu'il va exploiter la différence de genre pour assigner la femme à son rôle au sein du couple, par exemple celui de faire la cuisine, de s'occuper des enfants, du ménage… En lui imposant sa conduite, il la renvoie à un rôle sur lequel il fait peser un très grand nombre d'injonctions qui sont, par ailleurs, souvent contradictoires.

 

Une étude ancrée dans la crise sanitaire

Pour étudier les violences conjugales, Marion a fixé son cadre de recherche sur deux départements : la Haute-Garonne et l’Isère. Un choix motivé par la différence géographique des deux territoires, tout autant que par leurs points communs en terme de dynamique de prise en charge des violences conjugales, notamment au travers d’un riche réseau associatif. En outre, le projet de recherche reposait sur trois axes. Dans un premier temps, une analyse des effets du confinement et de la pandémie sur les pratiques des victimes a été conduite, sous forme d’entretiens semi-directifs. Ensuite, un examen des politiques publiques, mises en place en réponse aux violences conjugales dans ce contexte de crise sanitaire, a été réalisé en appliquant la même méthode. Enfin, c’est l’impact de cette crise sur la mobilité qui a été examiné au travers, cette fois, d’une démarche quantitative grâce à des questionnaires.

 

Un « confinement sans fin »

Les premiers résultats de l’étude confirment l’exercice d’un contrôle spatial strict sur les victimes, qui peut être direct (interdiction de fréquenter certains endroits ou de s’absenter plus d’un certain temps), mais également indirect, notamment en privant la victime de ses liens avec ses proches. De plus, le cumul du dénigrement et des insultes qu’elle subit lui font, à terme, perdre confiance en elle au point qu’elle ne cherche plus à se déplacer pas ses propres moyens. En ce sens, le confinement a donc été renforcé par la stratégie de l’Etat pour lutter contre la crise sanitaire, en réduisant les déplacements hors de la sphère privée, en imposant de décliner les motifs de son déplacement… Des directives qui sont entrées en résonance avec les logiques des agresseurs, tandis que les victimes se sont trouvées sans coulisses, c'est à dire sans possibilité d'échapper au regard d’un agresseur qui se trouvait en permanence au domicile. De fait, l'emprise spatiale à l'intérieur du logement des agresseurs s'est elle aussi étendue.

 Par ailleurs, l'arrêt du travail et la fermeture des lieux publics des écoles a privé les victimes d'un regard extérieur salutaire. Moins de témoins des violences ou de leurs séquelles physiques, mais aussi moins de personnes qui reconnaissent la victime comme un sujet autonome sans la réduire à un corps. La fermeture des écoles et la présence de la famille en permanence à la maison ont aussi occasionné une hausse du travail domestique que les femmes ont dû assumer ; autant de facteurs à prendre en considération dans les stratégies de lutte contre les violences domestiques à l’heure ou le confinement est, pour le moment, derrière nous.

 

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