In-PACTE Saison 2 : Les applications mobiles de traçage, un outil pour lutter contre la pandémie ?

Publié par Laboratoire Pacte, le 20 octobre 2021   190

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La saison 2 de In-PACTE est de retour ! Pour ce huitième épisode, nous avons invité Céline Cholez, qui travaille autour des enjeux de gestion des risques et vulnérabilités à l'échelle des citoyens, des salariés ou des populations pauvres des pays en développement. Elle s’est récemment intéressée aux applications de contact tracing et notamment à l'application TousAntiCovid.

Une évolution moderne de la recherche de cas contacts

En réalité, la recherche de cas contacts existe depuis le 19e siècle. Elle a été développée pour de nombreuses épidémies et se basait sur la mobilisation d’agents sanitaires chargés d'aller dans les foyers pour remonter les chaînes de contamination, mais aussi pour faire de la prévention et accompagner l'isolement. Bien sûr, à notre époque et dans le cas de la COVID-19, ce modèle de recherche « via l’humain » n’est pas viable en terme de capacité. C’est dans cette optique qu’il a été décidé de passer à des solutions technologiques digitales, comme les applications mobiles, afin d’automatiser le processus. Cependant, l’utilisation d’un tel outil soulève de grands questionnements en terme de protection de la vie privée, ainsi que de responsabilité individuelle des citoyens. Céline et son équipe se sont donc penchés sur ces enjeux en comparant les stratégies de plusieurs pays tels que les Etats-Unis, le Japon et la France.

 

Deux systèmes digitaux, deux choix de diffusion des données

Ces différents pays n’ont cependant pas mis en place des stratégies tout à fait identiques. Il existe ainsi deux types de systèmes : un système dit « centralisé » comme en France, et un autre dit « décentralisé » comme aux Etats-Unis et au Japon. La principale différence entre ces deux systèmes relève de la nature de la donnée et de la manière dont elle circule.

Dans les deux cas, le système est basé sur la déclaration individuelle des cas positifs via une application mobile. Ensuite, dans le système décentralisé porté notamment par Apple et Google, le mobile envoie le statut « positif » de l’utilisateur à un serveur global qui diffuse ensuite cette information sur les autres appareils qui vont calculer le risque d’exposition sur cette base.  A l’inverse, dans le système centralisé français, les informations remontées au serveur sont les derniers contacts enregistrés par l’application au moment où l’utilisateur se déclare positif. Le risque d’exposition est donc calculé par le serveur central et non par les appareils individuels. En résumé, le système décentralisé fait circuler la donnée « santé » là où le système centralisé diffuse la donnée « contact ». La France a dont fait le second choix afin de limiter au maximum la sensibilité de la donnée circulante.

 

Derrière le contact tracing, des hésitations stratégiques ?

Dans ce contexte, le premier enjeu de l’étude de Céline est de comprendre les politiques publiques et leur articulation autour du protocole « Tester – Tracer – Isoler ». En effet, le contact tracing en lui-même n’a de sens que s’il est accompagné d’une logique de test et d’isolement, principalement en termes de prise en charge et de dédommagement des salariés contraints de s’isoler chez eux. Pour la chercheure, il est ainsi primordial de comprendre les stratégies mises en places par les états pour favoriser la déclaration de positivité ainsi que les conséquences de cette déclaration, afin de pouvoir étudier l’utilisation des applications de contact tracing par les citoyens. Autrement dit, les travaux de Céline mettent en relation le citoyen et les politiques de santé publique : l'idée de déléguer à un particulier une grande partie de la décision entraîne une forte influence du contexte, de ses conditions de travail et ses conditions de vie, qui vont jouer énormément sur ses décisions.

 

Premiers résultats de l’étude

La première chose qu’a pu constater Céline est la difficulté à articuler les stratégies entre les domaines de la santé et de l’économie du travail ; les Etats ont procédé par tâtonnements pour accompagner au mieux les citoyens tout en favorisant l’utilisation de leur application de contact tracing. En France, cet accompagnement s’est avéré plus important qu’aux Etats Unis et au Japon, tous deux davantage ancrés dans une logique de soutien à l’économie que dans la protection des salariés.

Dans un second temps, la recherche a montré que les applications de traçage ont également mis en tension les gouvernements de façon interne, dans la mesure où l’objectif global n’était pas seulement d’arrêt l’épidémie mais aussi de comprendre sa diffusion. Une compréhension qui nécessite de collecter beaucoup de données, avec les problématiques de respect de vie privée que l’on connait. Ainsi, quel que soit la stratégie déployée, d’importantes tensions sont apparues, à la fois en termes de débats sociétaux mais aussi en termes de décisions politiques. Et, in fine, les trois pays mentionnés ont opté pour une prédominance de la protection de la vie privée au détriment de la collecte de donnée et donc d’une meilleure visibilité sur les processus de propagation.

Enfin, le dernier constat auquel Céline et son équipe ont abouti est peut-être le plus surprenant. En effet, l’utilisation d’une application mobile de contact tracing laisse présupposer que la majeure partie de ses utilisateurs sont des jeunes personnes, probablement des citadins plus à l’aise avec le digital. C’est pourtant tout le contraire qui a été observé : l’enquête a montré que la plupart des utilisateurs ayant téléchargé l’application TousAntiCovid avaient plus de 40, voir plus de 60 ans. En réalité, cela s’explique par une très forte corrélation entre le fait d’adopter ce type de solution et la perception de la pandémie comme d’un danger dont il faut se protéger. Autrement dit, les personnes qui ont téléchargé l’application sont celles qui ont l’habitude de développer des pratiques de protection dans leur quotidien, qui se déplacent moins, qui ont tendance à avoir beaucoup plus de vigilance vis-à-vis du risque pandémique. Ainsi, ce sont les personnes les plus inquiètes et qui s’exposent le moins qui constituent le cœur des utilisateurs de TousAntiCovid.

 

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