Le gaz hilarant, pas si drôle - Echosciences chez RCF Isère

Publié par Echosciences Grenoble, le 9 septembre 2025   60

Depuis septembre 2019, RCF Isère offre du temps d'antenne à Echosciences Grenoble, toutes les semaines dans "l'Echo des médias" des "Midis RCF" présenté par Nicolas Boutry. Cette chronique se tient le mardi à 12h20 en direct. L'occasion de vous parler des derniers contenus intéressants partagés par les membres d'Echosciences. Retrouvez toutes les chroniques dans ce dossier ou sur le site de RCF-Isère !

Découvrez la chronique du 9 septembre 2025 par Agathe Julliard, en son et en texte ci-dessous :

Sur RCF Isère, c’est l’heure de l'Écho des médias. Aujourd’hui, nous retrouvons Agathe Julliard, chargée des partenariats chez Territoire de sciences. Bonjour Agathe !

Bonjour Nicolas !

C’est une chronique “santé et prévention” que vous nous proposez ce midi je crois, vous voulez nous parler de la consommation festive du protoxyde d’azote qui est en hausse depuis quelques années en France, et qui pose un réel problème sanitaire…

On en entend souvent parler sous le nom de gaz hilarant, mais ce n’est effectivement pas un sujet très rigolo... Pour le point histoire, le protoxyde d’azote a d’abord été découvert à la fin du XVIIIe siècle et popularisé pour ses effets euphorisants, notamment chez les élites anglaises qui organisaient alors des « air bag parties ». Aujourd’hui, il est surtout utilisé en milieu médical sous une forme diluée avec 50 % d’oxygène, notamment en pédiatrie, en obstétrique ou pour des soins douloureux rapides. Ses atouts : prix faible, action rapide, effet réversible.

Et quels usages sont rapportés en dehors du milieu médical ?

En dehors de l’hôpital, on utilise le protoxyde d’azote dans la cuisine (en s’aidant de siphons, comme pour faire de la chantilly) ou le tuning automobile. Et malheureusement, ces cartouches, faciles à trouver dans le commerce, sont souvent détournées : le gaz est inhalé via des ballons, ce qui provoque euphorie, fous rires et distorsion des perception pour 2 à 3 minutes d'effet. Ce qui incite d’ailleurs à répéter les prises de manière très rapprochée.

On imagine sans peine l’attrait de ce type d'amusement rapide et accessible… sauf qu’il y a des conséquences pour la santé ?

Tout à fait Nicolas, l’inhalation récréative de protoxyde d’azote est loin d’être anodine. Les conséquences peuvent être immédiates : on note des des brûlures par le froid au visage à cause du gaz libéré par la cartouche, une asphyxie due au manque d’oxygène, des pertes de connaissances et troubles de la vigilance ainsi que des repères spatio-temporels. En cas de consommation répétée ou de forte dose, les complications peuvent devenir sévères : atteintes neurologiques et neuromusculaires, qui se manifestent par des douleurs, des pertes de sensibilité ou de force au niveau des membres, des troubles de la marche ou encore de l’incontinence… sans parler de la dépendance, des tachycardies et des troubles de la fertilité.

Sur le long terme, la toxicité neurologique est majeure et devient irréversible : le protoxyde inactive la vitamine B12, essentielle à la santé nerveuse, sanguine et cérébrale, et on observe des amnésies, aphasies (troubles du langage), divers troubles psychiatriques dont des paranoïas et des hallucinations, ainsi que des problèmes cardiovasculaires allant jusqu’à l’AVC.

Et malheureusement, cette utilisation récréative semble s’amplifier : en 2022, 14% des 18-24 ans déclaraient avoir expérimenté le protoxyde d’azote dans l’année, et l’année suivante, en 2023, on recensait +30% de signalements dûs à sa consommation. Comment lutter contre ce phénomène ?

La vente de protoxyde d’azote est déjà interdite aux mineurs depuis le 1er janvier 2021, et l’Assemblée Nationale a adopté cet été une extension de cette interdiction à tous les particuliers qui sera mise en application à partir du 1er janvier 2026. En attendant, de nombreuses villes tentent d’endiguer sa consommation comme elles le peuvent, notamment avec des mesures d’interdiction contre la vente et l’abandon de bonbonnes sur la voie publique : c’est le cas, rien que dans ces derniers mois, de Grenoble, Lyon, Annemasse, Colmar, Clermont-Ferrand ou encore Châteauroux… on voit que la crise se généralise.

En attendant, il reste la sensibilisation : continuons à en parler autour de nous ! Merci Agathe pour cette prise de parole importante. Vous pouvez retrouver un article détaillé rédigé par Philippe Arvers, médecin addictologue et tabacologue de l’UGA, sur Echosciences-Grenoble.fr. A bientôt !

Au revoir Nicolas


Crédit photo : Christopher Fausten (@christopher_rcf)