Le Musée Champollion à Vif : Dans l’intimité des deux frères

Publié par Emilie Demeure, le 7 janvier 2021   380

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« Champollion a consumé sa vie à lire des hiéroglyphes » citation de Balzac, 1851 dans l’ouvrage Théorie de la démarche.

Comme le dit Balzac, il fut tellement consumé qu’on en a même retrouvé dans la maison de campagne de son grand frère Jacques-Joseph Champollion ! Dans la commune de Vif à moins de 30 minutes de Grenoble, le domaine est inscrit monument historique. Actuellement en rénovation, il rouvrira ses portes en 2021 sous la forme d'un musée. Parcourons l’histoire de ce lieu avec des acteurs de cette rénovation : Caroline Dugand, conservatrice du musée, agent du Département de l’Isère, Nicolas Castro, architecte du patrimoine de l’agence Archipat et Isabelle Monier, chargée de communication, agent du Département de l’Isère.


Les Champollion et Vif

Ça y est, nous sommes à Vif ! Nous rencontrons tout de suite Caroline Dugand pour présenter le lieu : “Le domaine des Champollion comprend un parc, un jardin, une maison de maître et des dépendances. Tout a été conservé par les descendants de Jacques-Joseph Champollion-Figeac. En 2001, le département de l’Isère rachète ce domaine à ses descendants à condition qu’à terme le domaine devienne un musée  valorisant la mémoire des frères Champollion.”

Le lien entre ce domaine et les Champollion remonte à 1807. Auparavant possédé par Pierre Berriat, notable Grenoblois, il est transmis à Jacques-Joseph et Zoé Berriat à la suite de leur mariage. Jacques-Joseph y accueillera plusieurs fois son petit frère Jean-François. Rempli de leurs affaires personnelles, le domaine contient également la trace de leur travail sur les hiéroglyphes qui ont été déchiffrés en 1822 par Jean-François. Caché dans l’ombre de son petit frère, Jacques-Joseph n’est pas en reste : “C’est un grand savant qui a fini sa carrière comme conservateur à la Bibliothèque nationale de France et au château de Fontainebleau.”(Caroline Dugand).





D'une mémoire familiale à un Monument Historique

La propriété est aujourd’hui inscrite comme monument historique. Cependant, ce n’est pas le département qui l’y fit inscrire. Mais alors qui ? Posons la question à la conservatrice : “C'est Mme Chateauminois, descendante de Jacques-Joseph, qui habitait dans cette maison, qui dans les années 90, a commencé à recevoir des égyptologues, des associations d'égyptologues intéressés  au sujet et elle a obtenu l'inscription au titre des monuments historiques.” Comme elle le précise : “Une demande d’inscription au titre des monuments historiques émane toujours d’une demande, soit du propriétaire, soit d’un tiers intéressé par le projet, soit de l’Etat lui-même.” La descendante a donc pris l’initiative et a fait une demande auprès de la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) pour y inscrire son domaine. “Il y a deux degrés de protection monument historique, le classement qui est le plus protecteur, puis l’inscription monument historique.”, précise Caroline Dugand. Ce domaine est inscrit au titre des monuments historiques. 

Mais qu’est-ce que c’est qu’un monument historique ? Le Ministère de la Culture le définit comme suit : « Un monument historique est un immeuble ou un objet mobilier recevant un statut juridique particulier destiné à le protéger, du fait de son intérêt historique, artistique, architectural mais aussi technique ou scientifique. » Dans le cas de la maison de campagne des Champollion, tout le domaine y est inscrit, c’est-à-dire le logis principal, les dépendances et les jardins mais pas que !  Caroline Dugand nous le dit: “ Mme Chateauminois a obtenu le classement comme archives historiques des lettres que les frères Champollion s’écrivaient.” Quelques objets et mobiliers sont également classés monuments historiques.

La protection  monuments historiques est juridique, elle permet au propriétaire d’avoir des aides financières et des accompagnements techniques et scientifiques pour la préservation du monument inscrit, mais elle est aussi la source de contraintes importantes dans la transformation des bâtiments, comme nous allons le voir.

Bientôt un Musée

En 2016, le projet de faire du domaine des Champollion un musée est lancé : “Ce sera le 11ème musée du département”, nous dit Caroline Dugand, avant d'ajouter : “Il s’agit d’une volonté politique forte car les départements n’ont pas comme compétence obligatoire de gérer un musée”.

La conservation de l’esprit intimiste des lieux est un élément important du projet pour Nicolas Castro : “Nous avons voulu vraiment conserver les bâtiments et cette atmosphère qui en découle”. Cette volonté, ajoutée à la prise en compte des contraintes du programme en font un projet de compromis. L’agence Archipat a pris le parti de ne pas construire de bâtiments supplémentaires. Il a fallu faire rentrer le musée "au chausse-pied" dans les bâtiments, c'est-à-dire y insérer les espaces d’exposition temporaire, permanente, sans compter la boutique et la zone d'accueil. Un vrai défi à relever !

Réaliser un musée dans un monument historique n’est en effet pas chose facile. “Toutes les rénovations, les transformations du lieu, doivent aller dans le sens du patrimoine et de sa conservation”, nous dit Nicolas Castro, avant de préciser que l’ensemble du domaine a fait l’objet d’un “diagnostic patrimonialʺ ce qui a permis de mesurer les possibilités de modifications en fonction de la valeur patrimoniale des différentes parties de l’édifice. Cette valeur patrimoniale s’évalue en prenant en compte un ensemble de critères dont l’architecture, l’histoire, la technicité, l’ancienneté et la rareté. Par exemple, au regard de leur architecture, les dépendances ont  une valeur moins importante que le logis. Ce dernier devra donc conserver un aspect “le plus authentique possible”, insiste l’architecte du patrimoine. Au vu de l’importance patrimoniale du logis, les modifications acceptables sont effectuées pour garantir la sécurité du public, l’accessibilité des lieux et permettre le fonctionnement du musée. “Il est nécessaire, dans la mesure du possible, que le monument historique soit accessible”, nous dit l’architecte tout en nous montrant la rénovation faite sur les marches d’un escalier creusées par plus de deux siècles d’utilisation (Cf photo). Mais les contraintes associées au monument historique sont toujours présentes et il est alors nécessaire de trouver une “pierre similaire, de la même dureté, de la même teinte que l’existant” afin de ne pas dénaturer les lieux.

Le musée ouvrira ses portes au début de l'année 2021, nous allons donc garder secret ce qu'il contiendra. Isabelle Monier, la chargée de communication explique qu’il faut “garder des surprises, il y a des choses que l’on ne peut pas dévoiler”. Pourquoi viendriez-vous si vous avez déjà tout vu sans venir ? “Dans un musée, il y a l’aspect rencontre avec le lieu et les œuvres, ce qu’on va voir et ce qu’on va vivre comme expérience”, nous vous laissons sur ces derniers mots d’Isabelle Monier.


Remerciements :

Nous souhaitons exprimer notre gratitude envers Nicolas Castro ainsi que Caroline Dugand et Isabelle Monier, toutes deux agents du Département de l’Isère, qui ont prit le temps de nous présenter le musée Champollion et de répondre à toutes nos questions afin de rédiger cette article.

 

Article co-écrit par Emilie Demeure, Hélène Bois, Lionel Favier et Sénaïda Le Moine

 

Crédits photos :

  • Image de couverture : « Vue de la maison des Champollion » : Maison Champollion© Département de l’Isère / Musée Champollion.
  • Portait de Jean-François Champollion : Madame de Rumilly (1789-1849), huile sur toile, après 1822 © Département de l’Isère / Musée Champollion
  • Portrait de Jacques-Joseph Champollion-Figeac : Madame de Rumilly (1789-1849), huile sur toile, après 1822 © Département de l’Isère / Musée Champollion
  • Escalier du logis avant rénovation

Webographie :