Léonard de Vinci sous les rayons X

Publié par Esrf Synchrotron, le 3 mai 2019   650

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500 ans après sa disparition, Léonard de Vinci fascine toujours autant. Si, la  Joconde n'a pas encore livré tous ses mystères, en revanche, celui qui planait autour du "sfumato" a été levé en 2010 par une équipe de scientifiques du CNRS, du Laboratoire du centre de recherche et de restauration des musées de France C2RMF, et du Synchrotron Européen de Grenoble, l'ESRF.

Le sfumato est l'une des quatre méthodes de peinture qui caractérise l'art de la Renaissance, avec le cangiante, le chiaroscuro et l'unione. De Vinci lui-même a décrit cette technique comme une fumée, où les lignes sont estompées, adoucies et masquées pour créer un effet brumeux de profondeur et d'ombre.

Dans le passé, des observations détaillées, des mesures optiques et des reconstitutions avaient permis de comprendre comment la technique était appliquée. Les résultats étaient néanmoins limités par le fait que les tests nécessitent souvent le prélèvement d'échantillons. En 2010,  les scientifiques ont utilisé la spectroscopie de fluorescence X, une technique d'analyse non-invasive, pour examiner les couches de peinture des sept oeuvres ainsi que leur composition chimique (les experts se sont surtout intéressés aux visages, où le sfumato est le plus évident). La spectrométrie de fluorescence X consiste à bombarder la matière que l'on veut étudier avec des rayons X pour mesurer ceux qu'elle réémet en fonction des éléments qui la composent. On peut ainsi caractériser la composition en pigments d'un tableau, et également obtenir des informations sur les couches successives qui le composent.

Parmi les oeuvres étudiées : La Joconde, L' Annonciation, La Vierge aux rochers, La Belle Ferronnière, Saint Anne, la Vierge et l'Enfant, Saint Jean-Baptiste, Bacchus. Ces oeuvres ont été étudiées au Musée du Louvre, grâce à un appareil de spectrométrie de fluorescence X portable et analysées grâce à un logiciel de simulation et d'analyse quantitative des tableaux développé par Armando Solé, chercheur au synchrotron de Grenoble (ESRF).

Dans cette étude publiée dans la revue "Angewandte Chemie International", les scientifiques ont démontré que l'art du Sfumato était obtenu par application d'un glacis composé d'une superposition de couches très fines de 1 à 2 microns. Pour  donner cette impression de volume et d'évanescence, Léonard de Vinci pouvait appliquer jusqu'à 30 couches de vernis, l'épaisseur totale de matière ne dépassant pas 30 à 40 microns, soit la moitié de l'épaisseur d'un cheveu humain.

Référence scientifique : Viguerie L. et al, Revealing the sfumato technique of Leonardo da Vinci by X-ray  Fluorescence Spectroscopy, Angewandte Chemie International Edition, 2010, 49, DOI: 10.1002/anie.201001116.

Lien vers l'article publié sur le site de l'ESRF